09.11.2007
Du soin au rite dans l'enfance, aux éditions Erès
Vient de paraître aux éditions Erès, sous la direction de Doris Bonnet et Laurence Pourchez (préface de Geneviève Delaisi de Parseval) : "Du soin au rite dans l'enfance"
Réunissant les travaux d'anthropologues, de psychologues et d'historiens de la petite enfance, cet ouvrage aborde la question des modèles parentaux en matière de soins et de rites entourant la naissance et la prime enfance dans différentes régions du monde. L'observation des soins aux jeunes enfants (allaitement, sevrage, toilette quotidienne, etc.) et des rites qui accompagnent leur croissance permet de mieux aiguiser notre regard sur la diversité des normes sociales et culturelles en matière de puériculture et d'adapter les modes d'intervention des acteurs médico-sociaux ou éducatifs au sein d'une famille ou d'une communauté.
L'étude des sciences sociales et humaines sur la petite enfance s’inscrit aujourd’hui dans une réflexion sur l’évolution de la famille et les nouvelles formes de parenté, quelles que soient les régions du monde. Les techniques de soins et les rites associés à la petite enfance suivent la trace de ces recompositions familiales et identitaires...
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25.08.2006
Sur quatre prières de conjuration de Charente limousine
Communiquées par Pierre Boulanger, les quatre prières que nous présentons ci-dessous sont destinées à conjurer des maux d’origines diverses. Nous les reproduisons en respectant la graphie du document retrouvé à Abzac (Charente). Il s’agit d’un « livre de comptes », de petit format, auquel il manque plusieurs pages (blanches ou arrachées) et dont les données concernent, pour la période 1898 à 1908, la louée de « domestiques », les achats, les ventes d’animaux et de semences...
En fait, ces textes ont été rédigés sur l’envers du carnet.
1 – Pour tréter la corfoulure
On fait le signe de la croi pour comenser, et puis on fait la crois sur la partie malade, après dis : Barbarin, je te conjure de tranjeture et de gorfoulure çinq fois dafilès surs ses çind dois. Et puis on refait la crois sure la partie malade après.
Et puis, on comense sure ses cind doit sure le pouse : Notre Père ; sure le suivant : Salumarie ; sur le trosième : Notre père ; sure le quatrième : Salumarie ; sure le çinquième : Notre Père.
On refet la crois avec son doit sur la partie malade. E puis on recomense an reboure sure le petit doit qu’on a finit l’autre fois, en disan : Salumarie sur le premier ; après on continu, sur le deuxième : Notre Père ; sur le troisième : Salumarie : sur le quatrième : Notre Père ; et le çinquième : Salumarie ; et on fait le signe de la croi comme au comensent andisant : Aux non du Père et Fils et du Saint-Esprit. A Saint Soitile. »
2 – Pour tréter la gonflure des bêtes
On fait le signe de la crois andisan : Au non du Père et du Fils et Saint-Esprit.
On nome le nom de la bêtes an disan : je la recomende au aux bon saint-Luc, Saint-Matihieu et Saint-Marc et Saint-Jean.
On le répète 3 fois sure ses doits pour ne pas se tromper. »
3 - Pour tréter tote épesse de male, soit furoncle, soit apçée, soit brûlure.
On nome le non du male an disan : apçès, je te conjure aux non du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et on dit : Notre [père] et Salumari. On le repète trois fois et on fait le signe de la crois dessus andisant: Au non du père et du fils et du Saint-Espri, a saint soitile. »
4 - Pour tréter les fis.
On fai le signe de la crois an disan : Au non du Père et du Fils et du Saint-Esprit, a Saint Soitile, avec une pointe de couteau on fait la crois sure le fis. En faisant la crois ondi : Fis, je te conjure aux non du Père et du fil et du Saint-Esprit, a Saint Soitile ; et on dit Notre Père et Salumarie et répète ça çinq fois dafilès. »
Une première remarque s’impose à propos du système orthographique. Le lecteur aura vite remarqué la faible maîtrise de l’orthographe du français académique. Nous sommes en présence de documents oraux que le tenant du savoir avait souhaité mettre par écrit, dans une intention de mémorisation, de peur de les oublier, et certainement pas dans un esprit « patrimonial », et donc anachronique, comme celui qui nous anime et avec nous une partie de la population d’aujourd’hui. Une didascalie du type « pour ne pas se tromper », à la fin du second texte, ne peut que nous conforter dans cette idée.
Compte tenu du caractère généralement « secret » de ce type de prières (Cf. C. Robert, 1985, multicopié), l’auteur de ces lignes manuscrites n’aurait certainement pas osé en faire redresser l’orthographe par l’une des rares figures de lettrés que l’on pouvait trouver, à l’époque, dans les petites communes. En effet, ces textes auraient pu indisposer et contrarier tout aussi bien l’instituteur en raison de sa laïcité, le curé, parce qu’il s’agit là de prières hétérodoxes, le médecin, parce que ces prières dites de guérison ne pouvaient que heurter le scientifique, fût-il le plus ouvert et le plus bienveillant des hommes.
Aussi, la lecture de ces textes devrait-elle se faire à haute voix pour « entendre » plutôt que « déchiffrer » ces phrases et les différents syntagmes qui les composent. En effet, l’œil se heurte à des cacographies de base, telles que « comenser » pour « commencer », « la crois » pour « la croix », « apçés » pour « abcès » etc., mais aussi à des erreurs de segmentation de l’énoncé, à l’exemple de « dafilès » pour « d’affilée », « épesse » pour « espèce », « ondi », pour « on dit », « salumarie » pour « Je vous salue Marie », « a saint soitile » pour « ainsi soit-il » ou encore les multiples avatars de « en disant ».
Une seconde remarque concerne la neutralisation des consonnes « c » et « g » qui est tout à fait courante aujourd’hui encore dans le sud de la Vienne et le nord de la Charente. Un bon exemple nous est fourni par le doublon : « corfoulure » / « gorfoulure ». Ce terme énigmatique est cependant bien connu de nous quoique assez mal identifié. En effet, nous avons déjà recueilli, de notre côté, à Poitiers, le 14 octobre 1986, une prière de guérison des brûlures où figure ce terme dans les syntagmes : « Bonsoir, gorfoulure ! » et « Bonjour, gorfoulure ! ». La détentrice de ce « secret » n’attribuait aucun sens particulier à ce mot pour lequel justement elle nous avait contactés en notre qualité d’ethnologue et linguiste dialectologue (Cf. Michel Valière," Journal d’ethnographe", cahier manuscrit, 1986, pp. 2-3; inédit).
On se convaincra sans peine qu’il suffit d’une lecture ou deux pour « redresser », dans des normes acceptables, et donc compréhensibles de tous, cette projection d’informations « ethnographiques » qui ont été mises à l’écrit. De toute évidence, cette inscription dans un banal carnet de comptes quotidiens (livre de raison, ou brouillard) n’était destinée qu’à être le support de la mémoire pour accompagner des actes relevant d’une oralité rituelle.
Du point de vue formel, chaque texte d’oraison comporte :
- une indication d’ordre thérapeutique qui mentionne la ou les affections à traiter : « corfoulure » (sic), la « gonflure des bêtes », autrement dit, la météorisation des animaux, mais aussi les abcès, les brûlures, les « fis » c’est-à-dire les verrues, les furoncles et la « tranjeture » (?) ;
- la description d’un rite manuel avec sa gestualité et l’ordre des opérations à accomplir ;
- l’énoncé des paroles rituelles, prières empruntées, pour l’essentiel, à l’Église catholique romaine, avec une référence affichée aux quatre Évangélistes : Jean, Luc, Marc et Matthieu.
Quant au terme d’adresse « Barbarin », dans le premier texte, il résiste momentanément à notre interprétation, comme, d’ailleurs « tranjeture » qu’une première intuition nous ferait rattacher au terme, aujourd’hui vieilli, de « tranchée » qui désigne une colique. On trouve en d’ailleurs mention dans différents syntagmes dans plusieurs textes de conjurations qui ont, pour certains, déjà été publiés en Poitou (Cf. Chevrier et Valière, 1977, p. 28).
Catherine ROBERT et Michel VALIÈRE,
ethnologues (ARPE)
(Publié dans "Les Amis du vieux Confolentais: archéologie, ethnologie, histoire du Confolentais", n° 87, juin 2004, p. 4 à 6).
Bibliographie :
CHEVRIER Jean-Jacques, VALIÈRE Michel (1977), Un cahier d’oraisons populaires, de recettes médicales et de conjurations, recueilli en Poitou, Gençay, UPCP - Centre culturel-La Marchoise.
DELARUE Georges et MILLIEN Achille (2002), « Prières », dans Chansons populaires du Nivernais et du Morvan, t.7, Grenoble, Centre Alpin et Rhodanien d’Ethnologie, pp. 51-137.
GAGNON Camille (1968), « Prières », dans Le Folklore bourbonnais, Moulins, Imp. Pottier, pp. 9-47.
ROBERT Catherine (1985), La Prière hétérodoxe en Poitou : étude ethnologique, Paris, Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales.
ROBERT Catherine et VALIÈRE Michel (2000), « Prier, c’est guérir », dans WALLON Philippe (dir.), Guérir l’âme et le corps : au-delà des médecines habituelles, Paris, Albin Michel.
VALIÈRE Michel (1996), « Faire son voyage en Charente limousine : à propos de rituels de guérison », dans L’Évolution psychiatrique, t. 61 - 3, juil.-sept. 1996, pp. 613-620.
VALIÈRE Michel (2002), Ethnographie de la France : histoire et enjeux contemporains des approches du patrimoine ethnologique, Paris, Armand Colin.
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11.02.2006
Invariants culturels et sexuels des couples
Argument de la communication de Michel Valière (ethnologue à Poitiers) présentée lors du Congrès de la SFSC les 21-22 Octobre à Paris. ( à paraître dans le numéro 24 du périodique "Sexologos", n° 24, Mars 2006, consultable aussi en ligne:www.sfscsexo.com). " Soit deux femmes, soit deux hommes, soit un homme et une femme, soit une femme et un homme ; ajoutons à cela une part de hasard et l’efficacité symbolique d’une formulette incantatoire du type « Je te plais ? / Tu me plais ! », et voilà « inventé », mis en scène, le couple. Terme polynomique, « couple » se décline en vocables comme amis, concubins, copains, époux, pacsés, partenaires, etc. Ainsi le langage tentera-t-il de désigner la situation duelle qui a pour corollaire, ou effet collatéral, l’union amoureuse, parfois même, l’amour : amour absolu, en abîme, durable, partagé, décalé, éphémère, évanescent, vache, jetable... Entité complexe, le couple, du point de vue anthropologique, n’est pas un donné (une marque du Destin apposée), mais un objet culturellement construit, qu’il soit le produit d’une formation aléatoire ou socialement déterminé."
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