Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Un camelot à la foire de Gençay (Vienne)

    (Article de Michel Valière, paru dans Aguiaine, Bulletin de la Société d'Ethnologie et de Folklore du Centre Ouest.)


    Dans le cadre de diverses missions (CNRS, Phonothèque nationale), promenant mes micros sur les champs de foire et marchés agricoles les plus divers tels que Gençay, L’Isle-Jourdain (Vienne), Lezay ou Parthenay (Deux-Sèvres), Saint-Chély-d’Apcher (Lozère), Barcelos (Nord-Portugal), Debrecen (comitat Hajdú-Bihar, Hongrie), Neufchâteau (province de Luxembourg, Belgique), il m’a été donné à maintes reprises d’enregistrer du bruit, des sons, des paroles, tout un univers sonore particulier dans lequel baignent autant les populations locales, que celles nomades ou de passage.
    À partir de 1972, en tant que membre de l’Équipe de recherche associée (ERA 352 — CNRS), dirigée et animée par le Professeur Jean-Louis Fossat, j’ai eu l’occasion de collaborer régulièrement aux travaux de l’Institut d’Études méridionales à l’Université de Toulouse II — Le Mirail. C’est dans ce cadre-là, qu’éleveurs, marchands de bestiaux et de volaille, étalonniers, mais aussi artisans, commerçants, ont été tantôt écoutés, observés et « croqués sur le vif », tantôt sollicités à partir de questionnaires spécifiques pour enregistrer in situ leurs savoirs techniques et professionnels dans une perspective sociolinguistique . Il en a résulté un ensemble de phonogrammes déposés, selon les circonstances, à la Phonothèque nationale, à Paris, à l’Université de Toulouse II — Le Mirail, à la Bibliothèque universitaire de Poitiers et, dans certains cas, au Centre culturel la Marchoise, à Gençay (Vienne). Si quelques-uns ont donné lieu à des études, présentations ou publications, d’autres, en revanche, demeurent encore à l’état de friche, constituant une réserve d’archives sonores en attente d’exégètes ou plus simplement d’usagers .
    Parmi celles-ci, figure la « performance » au sens linguistique, d’un habile et facétieux camelot, rencontré un jeudi de printemps 1972, sur le champ de foire de Gençay — qui m’est le plus familier de tous et dont je propose ici une translittération.
    Ce « marchand de chaussettes » s’était installé à l’angle de la Route de Civray et de la Rue du 8 mai, devant la Maison familiale rurale. Me trouvant en « pays de connaissance », une interaction rapide s’établit rapidement entre lui et moi, et, par-delà, avec les clients et badauds attroupés.
    Écoutons-le attentivement :

    […] « Tiens, dites-donc les amis !
    C’est moi le roi de la chausse. Le roi de la chaussette, c’est moi.
    Eh bien, écoutez : une paire... Parlez, i m’enregistre. Ah, moi, ça, terminé ! I va me faire rougir. Tiens, la deuxième paire... Je suis un timide, moi. La troisième paire, j’en fais cadeau. Tiens... la quatrième, c’est un supplément.
    Eh bien, écoutez Monsieur, parce que je suis là, je vous fais des prix cadeaux, des prix d’amis. La cinquième, c’est pour la fête des pères. Donnez-moi mille balles !
    Ça intéresse-t-y quelqu’un ? Je parle pour vous, là, hein, je parle pour vous, je fais... je fais ça pour vous.
    Tiens, maman, ça vous intéresse au fait ? Ben j’arrête. Terminé, coupez !
    Tiens les amis. (Le camelot frappe alors dans ses mains)
    La deuxième paire, Monsieur, c’est un prix cadeau, un prix d’ami. Tenez, Monsieur, parce que je suis là pour faire plaisir à toutes et à toutes. Pour la fête des pères, Monsieur, faut en profiter. Venez voir, non mais, j’insiste, Monsieur... Monsieur, mais venez, j’insiste, Monsieur.
    Tenez, la troisième paire, Messieurs dames, j’ai dit que j’en ferai cadeau. La quatrième, c’est par-dessus le marché...
    Tenez, les amis, j’ai bien dit : vous êtes tous des amis... on est tous des copains, on est tous des frères ! La cinquième, c’est pour la fête des pères, donnez-moi mille balles ! Tenez, mille balles pour la poignée, ça intéresse-t-y quelqu’un ? Tè, voyez-vous, ça intéresse plus personne maintenant !
    Ho ! Messieurs...Mons.mais, dites Monsieur, non, venez voir, j’insiste, non mais, j’insiste, parce que tous les hommes maint...(brouhaha de voix de femmes), les hommes, les hommes, les hommes ont le droit de choisir quand même ce qu’ils veulent et ce qu’ils désirent (brouhaha de voix). Je vous fais un prix d’ami. Je vous fais une paire, tiens, deux paires, la troisième, je vous en fais cadeau. Tiens, écoutez hein, prenez ce que vous voulez, moi, j’insiste pas. La quatrième (bruit de moteur), c’est à vous de décider. Pour vous décider, j’ai bien dit : pour vous décider, donnez-moi, disons cinq.p, donnez-moi mille francs pour les cinq paires
    ( court syntagme inaudible).
    Venez voir quand j’étais petit comme j’étais beau. Je suis là, dans le centre. Venez voir le relief, le cinémascope, le grand écran. J’a bien dit : la télévision chez vous pour pas cher ! Vous n’userez plus de courant, maintenant, ma petite dame. Terminé, maintenant la première, la deuxième, la troisième chaîne.
    Tiens, Madame, une paire... Mais, dites donc, vous, c’est à vous, que je fasse une affaire avec vous, maintenant, hein ! »

    — « Mais non, mon mari porte que des chaussettes de laine. »
    — « Mais i s’en sert comme bonnet de nuit ? »
    — « Mais oui... »
    Tiens, la troisième, si ça vous intéresse, Madame, je vous en ferai cadeau. Tiens,il y en a presque plus,mais ça fait rien ; ça gagne pas, ça débarrasse. La quatrième, c’est par-dessus le marché, et la cinquième, voyez, eh bien ce sera pour la fête des pères, donnez-moi mille francs.
    Tiens, touchez ce que c’est : talon renforcé cent pour cent, résiste à tous les pieds, regardez. Mais c’est pour le mari, Madame, c’est pas pour vous, bien entendu. Oui, mais non, regardez, non, mais, plus franchement, voyez, j’insiste, hein. C’est une qualité supérieure, c’est pas une qualité inférieure, ça...
    Tiens ! Dites donc les amis, on voulait faire une affaire avec moi ? V.voulez gagner ? voulez gagner de l’argent, ou gagner des chaussettes ?Comme vous voulez. Tenez, la deuxième, la troisième, Monsieur, la troisième, je vous en ferai cadeau, Madame, parce que vous êtes ravissante ; n’est-ce pas, Monsieur ? La cinquième, c’est par-dessus le marché. Et puis, tiens ! Aujourd’hui, on fait des prix d’amis. J’en mets encore une paire, ça fera encore toujours cinq paires. Donnez-moi mille francs ! Pour les cinq paires ça intéresse-t-y quelqu’un ?
    Messieurs dames... Dites, Madame, venez voir pour le mari, ou pour le jeune homme. Profitez-en, tenez, regardez : polyamide cent pour cent, talons renforcés au fil et coton ... ou alors, fil d’Écosse, comme vous voulez, ou bien pour les enfants. Tenez, regardez ce que je fais. Ça vous intéresse pas, ça fait rien. Une paire, deux paires, tiens, la troisième, je vous en ferai cadeau ! »

    — « J’en veux pour un petit, moi aussi ! »
    — « Un petit ? Bon, alors on fait un petit mélange. Quel âge a-t-il ? »
    — « Ah ben, il a six ans. »
    — « Bon, tiens, c’est pas ici. Mais, si vous voulez, moi, je vous fais un panaché. »
    — « Mélangé ?»
    — « On fait un panaché, oui ? On en donne cinq paires pour mille francs. Alors, six ans,vous avez dit ?Quelles couleurs on lui met ? Des rouges, des petites rouges, rouges avec une petite torsade bleue ? »
    — « Oh, elles vont être trop petites ! »
    — « Ah non ! »
    — « Il a un grand pied, hein, je vous assure. »
    — « Oh ben, il a un grand pied. »
    — « Oui. »
    — « Y a pas ? Il a du vingt-cinq, vingt -six, ça suffit quand même ! »
    — « Je sais pas, j’en ai un, j’en ai une, mais elle est trop petite. »
    — « Faites voir. Ah oui. Mais, dites, oui, mais c’est, c’est, c’est de la polyamide, comme moi. Permettez ! Non, voyez-vous, moi, ça va. »
    — « Oui, mais c’est qu’elles y sont trop petites alors. »
    — « Vous voulez plus grand que ça ? Moi, je veux regarder de plus grandes. Je voudrais pas qu’elles soient trop grandes, c’est pour ça, hein, je vous dis carrément. Autrement, je vous le dirais pas. »
    — « Dans ces rouges, là. »
    — « Dans ces rouges-là ? Des rouges, y en a plus je crois bien. Des blanches, ça vous, ça vous, ça vous tente pas ? »
    — « Non, c’est pour tous les jours, hein. »
    — « C’est pour tous les jours ? Mais ça de toute façon, ça ira, de toute façon. »
    — « Oui, mais si a i vont pas ? »
    — « Si ça i va pas, vous me les rapporterez ! »
    — « Oui, mais non, vous n’êtes pas là toutes les fois ? »
    — « Non, non, non, mais non. Vous habitez ici ? »
    — « Non, j’habite pas Gençay... » (bruit de moteur sur la route).
    — « C’est polyamide cent pour cent. Combien il fait de mari votre pied ? (sic !) Quarante-deux ? Quarante-trois ? Il vous faut en prendre une standard polyamide. Prenez la couleur et la taille que vous désirez. Tenez, vous avez pas d’autres enfants ? Vous en avez d’autres ? »
    — « Mais non, j’ai que çui-la ! »
    — « Alors, prenez le reste pour deux ! »
    — « Mais elles sont trop petites ! »
    — « Non... »
    — « La prochaine fois ! »
    — « Bon, alors, je vais vous en donner des plus grandes... faut, faut en faire ! Vous voulez ? Tiens, des comme ça, ça va-t-y des comme ça ? »
    — « Ah bè, je veux pas cette couleur ! »
    — « Ah, mon Dieu, je sais pas moi. Dites, si je vous donnais des blanches ? C’est joli, le... le blanc ! Alors, là, j’ai là, j’ai toutes les tailles. Alors, là, heu, dites, ça marche par âge, dix, onze, douze. Ça marche ? » […]

    Il en fut ainsi, ce jour-là, de neuf heures du matin, jusque vers treize heures où s’arrêtèrent à peu près les transactions de cette foire bimensuelle qui se tient les deuxième et dernier jeudi de chaque mois.
    Rompu à la routine des ruraux qui fréquentent généralement les foires, il proposa avec ruse qu’on puisse lui ramener les objets qui n’auraient pas donné satisfaction . Ce camelot, en fait, n’était pas un habitué des foires de Gençay, et l’on peut émettre l’hypothèse qu’il n’est certainement jamais revenu sur cette place de marché. Il écoulait un stock de chaussettes quasiment toutes de la même taille. J’en achetai d’ailleurs cinq paires moi-même, qui ne durèrent pas plus d’une semaine ; mon épouse pourrait en témoigner. Elle ne m’épargna pas ses sarcasmes, et se moque encore de moi à chaque évocation de ce camelot qui avait d’abord retenu mon attention par cette phrase curieuse (hors enregistrement) que j’aime rappeler, par auto-dérision :

    « Même avec un vilebrequin, votre mari ne pourrait pas les trouer ! »

    Je n’eus absolument pas le temps d’acquérir un tel instrument, familier des bricoleurs, pour exercer mon sens critique dans le dessein de controuver cette assertion lapidaire ; elles se percèrent d’elles-mêmes, chaque fois, juste à les enfiler au pied !


    NOTES

    Cf. : FOSSAT Jean-Louis et VALIÈRE Michel, Histoire de la vie rurale en Poitou : récits d’un étalonnier, Toulouse, univ. Le Mirail, 1977, 114 p. Ou encore :
    JAGUENEAU Liliane et VALIÈRE Michel, L’Ega blanca (T.1631 A) e autres racontes de maquinhons reculhits a Badalhac, Lespinhan e Beissenac, Poitiers, Institut d’Études occitanes (documents sonores), 1978, 108 p.
    Cf., par exemple, le cahier : « Les parlers populaires au Nord du Portugal : enregistrements réalisés par Michel et Pierre Valière pour le compte de la Phonothèque nationale, mars-avril 1970. Commentaires et analyses de Pierre Valière », Nantes, P. Valière, 1970, 54 p., multicopié.
    Ainsi, sur la proposition de Michèle Gardré-Valière (professeur de lettres-latin), cette « performance » a été également utilisée comme saynète lors de la fête scolaire de fin d’année du Collège de Gençay, le 28 juin 1979, par des élèves qui avaient choisi pour thème d’expression La foire. Auparavant, en automne 1978, ce petit texte avait fait l’objet, de ma part, d’une utilisation pédagogique en classe de français au Collège Pierre et Marie Curie à Niort (où j’étais alors en poste), pour sensibiliser les élèves de quatrième à l’opposition langue écrite/langue orale.
    Il ne demanderait qu’à être « reviré » en poitevin-saintongeais pour des usages similaires !
    Mille balles : soit mille centimes, ou dix francs « lourds » de 1961, équivalent environ à un euro cinquante de la monnaie européenne actuelle.
    Cette pratique est couramment utilisée, les acheteurs pouvant aller échanger (ou rendre) le produit en question sur ce même marché, ou sur tout autre où s’installe périodiquement le commerçant ambulant. Elle implique une confiance mutuelle entre marchand et client fidèle qui repose sur une parfaite connaissance commune des territoires de chacun.

  • Un souvenir acoustique

    Installation Acoustique d'Erik SAMAKH: Exposition à Niort, juillet-août 1989
    Type de document : texte imprimé
    Auteurs : Samakh Erik, Auteur; Michel Valière, Auteur; Corbou Michel, Auteur; Surget Eric, Auteur; Terradillos Jean-Luc, Auteur
    Editeur : Ville de Niort
    Date de publication : 1989
    Nombre de pages : 24 p.
    Ill. : ill. en noir
    Dimensions : 21 x 25 cm
    Langue : Français
     
    Note de contenu : "Un chasse-marie au pays des huttiers ou l'histoire d'un homme qui avait eu le bruit" : Michel Valière
    "Donner à voir" : Liliana Albertazzi
    "Les fradets du marais" : Jean-Luc Terradillos
    "Les détours du réel" : Michel Cordou

    Référence bibliographique:
    Installation Acoustique d'Erik SAMAKH [texte imprimé] : Exposition à Niort, juillet-août 1989 / Samakh Erik, Auteur; Michel Valière, Auteur; Corbou Michel, Auteur; Surget Eric, Auteur; Terradillos Jean-Luc, Auteur . - [S.l.] : Ville de Niort, 1989 . - 24 p. : ill. en noir ; 21 x 25 cm.
     

     













    .

  • L'EXPANSION 706 /MARS 2006/ UN NUMERO SPECIAL SUR POITIERS

    Un numéro spécial sur Poitiers (N° 706/ Mars/2006) d'un grand magazine sur l'économie, L'EXPANSION, ce n'est pas banal, et cela seul méritait d'être cité. Si nous le signalons ici, c'est pour y saluer la présence, de Jean-Christophe Valière, acousticien, mécanicien du fluide, actuel directeur du Centre d'Études aérodynamiques et thermiques (CEAT) en la bonne ville de POITIERS qui nous tient tant à cœur. Il figure au rang des 10 chercheurs qui "dopent l'industrie"... On y parle aussi, entre autres, et c'est inévitable, de l'Ancien Premier Ministre, de l'Ancienne Présidente de la Région, d'un éditeur de renom, Gilles Aubin, de Ligugé, de Nicolas Jules, "le drôle de chanteur-guitariste" que nous avait signalé Séverin (cf. Laradiodemonpote...), et, the last but non the least: Ségolène Royal, qui donne de la sueur à ses amis en politique. Procurez-vous assez rapidement dans les maisons de la Presse du département de la Vienne ce numéro spécial de L'EXPANSION: c'est déjà un "collector" !

  • Musiques anciennes à découvrir avec un expert

    Un site pour la musique médiévale et de la Renaissance:

    http://virga.org/zarlino/index.html

  • Invariants culturels et sexuels des couples

    Argument de la communication de Michel Valière (ethnologue à Poitiers) présentée lors du Congrès de la SFSC les 21-22 Octobre à Paris. ( à paraître dans le numéro 24 du périodique "Sexologos", n° 24, Mars 2006, consultable aussi en ligne:www.sfscsexo.com). " Soit deux femmes, soit deux hommes, soit un homme et une femme, soit une femme et un homme ; ajoutons à cela une part de hasard et l’efficacité symbolique d’une formulette incantatoire du type « Je te plais ? / Tu me plais ! », et voilà « inventé », mis en scène, le couple. Terme polynomique, « couple » se décline en vocables comme amis, concubins, copains, époux, pacsés, partenaires, etc. Ainsi le langage tentera-t-il de désigner la situation duelle qui a pour corollaire, ou effet collatéral, l’union amoureuse, parfois même, l’amour : amour absolu, en abîme, durable, partagé, décalé, éphémère, évanescent, vache, jetable... Entité complexe, le couple, du point de vue anthropologique, n’est pas un donné (une marque du Destin apposée), mais un objet culturellement construit, qu’il soit le produit d’une formation aléatoire ou socialement déterminé."

  • Réactualisation d'un ancien disque

    Philippe, le chargé de mission pour les cultures orales du Pays civraisien, est passé voir comment nous pourrions rééditer, sous forme de cd, le disque Anthologie de chants et danses du Haut-Poitou, réalisé par UPCOOP en 1977. Projet envisageable.
    Michèle se propose de récrire le livret d'accompagnement.
    Pour ce qui est des transcriptions musicales, elles paraissent un peu lourdes, justement à cause d'une recherche de précision. En effet l'ethnomusicologue de l'époque, Louise, les avait réalisées avec un grand soin.
    Le moment venu, je préciserai les références de ce disque devenu désormais un "classique" ethnomusicologique, hier vinyl, bientôt numérique.

    Pour plus de renseignements: nous contacter.

  • Réflexion critique sur un exemple de "tradition religieuse"

    Maître de conférences en Ethnologie à l' Université Paris-I et Directrice de recherches à l' E.P.H.E., J. Favret-Saada a publié :

    -Le Christianisme et ses Juifs, avec Josée Contreras, Paris, Seuil, 2005.


    Chaque décennie depuis 1634 dans un village de la Bavière catholique, Oberammergau, les habitants jouent un Mystère de la Passion du Christ. Cette histoire locale se déploie dans le cadre d’une autre scène : européenne puis euro-américaine et évoque les relations des Eglises chrétiennes avec les juifs ; comment les ont ils perçus, pensés et traités au cours du lent processus de leur émancipation politique (1771-1871) ? La culture anti-juive du christianisme et plus particulièrement du catholicisme, y apparaît sous ses divers aspects : théologique, politique, social et esthétique.
    De Vatican II à l'an 2000, les mutations de l'Eglise catholique dans ses relations avec le judaïsme ont connu une révolution théologique et donné lieu à un repentir sincère, mais sans la moindre assomption de son histoire vis-à-vis des juifs.
    Les Oberammergau profiteront de ces ambiguïtés pour maintenir vaille que vaille l'esprit anti-juif de leur Passion, au nom de la tradition.

    Du même auteur, un ouvrage devenu aujourd'hui un classique et qui expose, mieux que tout la question de la sorcellerie dans le Bocage de l'Ouest:: Les mots la mort, les sorts. La sorcellerie dans le Bocage. Gallimard, Paris, 332p., 1977.

  • Moulin à Huile

    J'ai été sollicité ce matin par Philippe B. du charmant village médiéval de Château-Larcher (Vienne), qu'il faudrait avoir visité au moins une fois dans sa vie, avec son château, sa poterne, son église, sa lanterne des morts, unique, mais aussi ses sites et paysages...
    Il y est question d'un projet muséographique (modeste) autour d'une ancienne huilerie, d'un atelier de charron et d'autres collections achetées par la commune ou qui lui ont été offertes.
    Les difficultés sont devant: quel projet scientifique et culturel cette petite commune pourra-t-elle mettre en place, avec quelle équipe, quelle "conservation", et quel devenir pour ces objets patrimoniaux si représentatifs du monde rural d'une autre époque. Un film sur cet huilier a été réalisé dans les années 70-80 ? il pourrait restituer l'ambiance spécifique de cette huilerie tout à fait artisanale.