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Portrait d’une écrivaine des femmes: Isabelle Soulard

Elle donne des racines aux Poitevins
Une femme engagée

Tout sourire l’Isabelle ! Et battante. Tirée à quatre épingles, corsage blanc, foulard, veste, impeccable. Ses détracteurs, parce qu’une femme d’un tel talent a nécessairement des détracteurs, la disent avec ironie BCBG : Bon chic bon genre ! Disons élégante plutôt, en toutes circonstances. Un air de prof, bien sûr ; de prof d’histoire, en sus (et de géographie, l’inséparable discipline). Certes, il y a déjà quelques années qu’elle ne pratique plus, mais c’est un métier qui marque son personnage, d’autant que l’histoire, si elle ne l’enseigne plus, elle vous la raconte, comme une conteuse. Mieux encore, quasiment comme un témoin direct. Elle vit dans l’histoire ; elle est l’histoire. Mais depuis 1994 elle se consacre à sa famille, à l’écriture et anime des émissions culturelles sur diverses radios locales qui ne manquent pas de la solliciter. Véritable militante du Devoir de mémoire, elle donne de nombreuses conférences et participe à des tables rondes ou des colloques sur le thème de la Deuxième Guerre mondiale où elle défend la place des femmes dans la Résistance et la Déportation.
Elle fréquente aussi de multiples salons du livre (Colombiers, Montaigu, Montmorillon, Poitiers, Saint-Hilaire-La-Palud, Thènezay, Vivonne, etc.), encourage les séances de dédicaces d’auteurs dans les librairies, les salles de fête ou autres lieux culturels. Elle a même contribué à mettre sur pied, avec quelques amis, poètes, romanciers, ethnologues, historiens qui ont tous « avec cette région un lien de cœur et de plume », la dynamique Société des auteurs de Poitou-Charentes dont elle a été la première Présidente le 12 janvier 2002. Elle aura à cœur de n’exclure aucun genre et déclarera que « défendre la poésie, trop souvent considérée comme le parent pauvre de la littérature, est un cheval de bataille de l’association ». Pour mener à bien son entreprise elle saura s’attirer l’appui, la sympathie et l’aimable complicité de marraines comme les romancières Régine Desforges, Michelle Clément-Mainard, ou encore Madeleine Chapsal. C’est encore elle qui initiera le Salon du livre de Poitiers, comme celui des Dames du Marais, dans le département des Deux-Sèvres.
On aura compris que sa « cause », c’est celle des femmes pour laquelle elle développe tant d’énergie. Ainsi elle défend l’idée des femmes au foyer, leur image et leurs droits, jusque sur les plateaux de télévision. Elle s’intéresse au travers de conférences aux femmes qui exercent des métiers d’hommes. Elle s’engage pour l’aide aux jeunes femmes mères célibataires, ou encore pour l’aide aux femmes afghanes qui ont été prises dans la tourmente et qui ont trouvé refuge en Poitou. Enfin, la « cause » de Poitiers la motive, notamment dans le dessein de rendre la ville plus colorée et plus agréable à vivre pour les mamans de jeunes enfants.
Enthousiaste et, de son propre aveu, parfois utopique, Isabelle n’a pas froid aux yeux.

Une historienne du Moyen-Âge

Née à Poitiers en 1954, Isabelle SOULARD, diplômée d’études approfondies en histoire médiévale est une passionnée d’histoire régionale et de généalogie. C’est une authentique Poitevine, et le revendique. Son arbre généalogique parle pour elle, puisqu’elle compte dans son ascendance un maire de Poitiers au Moyen-Âge, et un maire de Fontaine-le-Comte au XIXe siècle. Jean-Charles de La Faye, au rang de ses ancêtres, participa à l’installation des Acadiens au XVIIIe siècle. Comme elle se reconnaît des cousins au Canada, ne sera-t-on pas étonné d’apprendre sa contribution significative à l’organisation de cousinades, manifestations d’ordre généalogique rassemblant le plus grand nombre de personnes et de familles unies par un lien de parenté établi.
Cette femme, épouse et mère de trois enfants, est devenue la référence sur la vie des femmes dans le Poitou au Moyen-Âge. Ainsi a-t-elle parcouru les grandes lignes de la condition féminine qui était loin d’être tendre, pour une période qui s’étale de l’an 500 à l’aube de la Renaissance, à l’issue de la Guerre de Cent ans. Elle retrace les moments incontournables de la vie quotidienne et de la vie d’une femme du berceau à la tombe : aimer, enfanter, naître et mourir. Et mourir dans ces temps lointains, c’était vers la trentaine ! La vie des femmes était plutôt courte.
Du Moyen-Âge en Poitou, on se souvient de Radegonde, Reine de France, et d’Aliénor d’Aquitaine, femme énergique, hors du commun, devenue emblématique de la Région. Mais Isabelle Soulard s’est surtout intéressée aux sans grade, à celles qui n’ont quasiment pas laissé de traces dans les « papiers » historiques, et dont même les prénoms ont disparu pour entrer parfois dans le langage courant.
Isabelle, c’est l’écrivaine qui a pris en charge de multiples inconnues dénommées entre autres Adaltrude, Audéarde, Ignitburge, Ildegarde, Lecberge ou Perronnelle, c’est-à-dire par un simple prénom :

« La nouvelle épousée, jusque-là sous l’autorité paternelle, passe sous la coupe de son mari. Cette soumission transparaît tout d’abord dans la façon de désigner la jeune femme. Avant son mariage, celle-ci est appelée soit par son seul prénom dans un contexte qui indique clairement sa filiation, soit par une formule de type Maxence, fille de Pierre de Bueil. Elle peut aussi être dite, en l’absence du père, Raisende, sœur de Guillaume, fils de Salomon. Après ses épousailles, la Poitevine devient Marie, femme de Pierre Agoret. Puis, lors de son veuvage, elle est présentée ainsi : Dame Totenue, femme de feu Aimeri de Dercé, Bonne Foupière, veuve d’Odon, fils de Létard.
La femme poitevine n’a donc d’existence que par rapport à son père, à ses frères où à son mari, qu’ils soient morts ou vifs. L’élément mâle de la famille demeure la référence tout au long du Moyen-Âge. Il arrive même que la femme soit désignée ainsi : Clarisse, mère d’Ascelin Porcher. C’est alors son fils qui sert de référence.
Une évolution peut être décelée à partir du XIIIe siècle dans l’aristocratie. Les « grandes dames » apparaissent seules dans certains actes accompagnées de leur simple titre : Agnès, dame de la Vergne, Béatrice, dame de La Roche-sur-Yon ».

Cela se passait avant la création des Registres de baptême (sous le règne de François Premier), puis de l’état-civil, fruit de la Révolution française de 1789. Nos contemporaines mesureront le chemin parcouru, lesquelles peuvent désormais transmettre leur propre patronyme à l’ensemble de la famille...

La chroniqueuse des femmes

Mais le Moyen-Âge n’est pas la seule période où les femmes se sont distinguées et qui ait motivé et retenu l’attention de l’écrivaine poitevine. Ainsi dans l’ouvrage Les femmes dans la Guerre de Vendée (Geste éditions, 2006), Isabelle Soulard retrace sans a priori la vie quotidienne des Femmes d'Anjou, de Vendée, du Sud de la Loire-Atlantique et des Deux-Sèvres insurgés, en 1793. Le rôle des femmes dans cette « guerre de géants » est minutieusement analysé. Qu’elles soient Blanches ou Bleues, royalistes ou républicaines, ces femmes ne restent pas passives. Combattantes, espionnes, amazones mais aussi victimes, elles tentent de survivre, la peur au ventre, pour leurs enfants, pour leurs époux, paysans, tisserands ou vignerons. Des tranches de vie surgissent ainsi au gré des pages perrnettant aux lecteurs de.vivre de l'intérieur et avec émotion les heures terribles de la guerre de Vendée.

Très remarqué peut-être parce que plus proche dans le temps, son ouvrage Poitevines et Vendéennes sous l’Occupation, trouve son origine à partir de l’atelier « Histoire » qu’elle anima au sein du foyer René Crozet, à l’invitation de sa directrice Madame Catherine Baudy. Il est « dédié à toutes les femmes du Grand-Ouest qui ont payé de leur vie notre liberté ». Des témoignages, préalablement enregistrés, constituent la trame principale de ce livre. Et avec ses Femmes de l’Ouest sous l’Occupation, ce sont plus de deux cent cinquante femmes, de l’estuaire de la Seine à celui de la Garonne, qui ont ainsi accepté d’évoquer leur existence pendant la guerre. Parmi elles, certaines, très courageuses, eurent un rôle très actif comme agents de liaison au service la Résistance ; mais, au retour des hommes de captivité, des maquis ou des combats pour la Libération, on les a fort peu écoutées. L’auteur justifiera ces deux ouvrages qui ont partie liée en ces termes :

« Lors des séances de dédicaces, j’ai tellement rencontré de femmes qui, spontanément, me disaient ce qu’elles avaient vécu pendant la guerre que j’ai eu envie de faire un nouvel ouvrage, plus riche, plus vaste, afin de rendre hommage à toutes ces femmes... Elles ont témoigné dans le but de transmettre aux jeunes ce qu’elles avaient vécu. Toutes, elles avaient envie de parler, de se livrer. Au lendemain de la guerre, elles se sont tues et se sont remises aux fourneaux. C’étaient une joie pour elles d’avoir la possibilité de s’exprimer.»

Ainsi des tranches de vie surgiront des mémoires, une véritable « libération » de la parole, mêlant tout à la fois, l’anxiété, les peurs, les angoisses, les privations, les espoirs, les faits de résistance, mais aussi les trahisons, les règlements de compte, les dénonciations et jusqu’à la captation de propriétés.
Une belle et extraordinaire leçon de vie.

Dans le maquis de l’état-civil : suivez la guide !

Mais c’est le Poitou historique (et plus largement, le Grand-Ouest) qui est en fait l’objet de son regard d’historienne. Aussi trouve-t-on sous sa plume alerte et cursive un ouvrage consacré au Pays des Olonnes, et aux Sables en particulier évoquant tour à tour corsaires et flibustiers courant les mers et les océans, et jusqu’au prestigieux Vendée Globe qui donne toute sa dimension à cette cité atlantique qui n’est pas seulement un station balnéaire de renom, mais une ville des plus dynamiques de la côte.
Cette plongée dans le Bas-Poitou lui donnera l’occasion de nouer des liens avec l’Association des maires du département de la Vendée qui honorera d’une édition son étude dont on veut bien reconnaître qu’elle est en même temps un véritable hommage aux 2434 maires qui ont administré leur commune au cours du XXe siècle. Autant dire que tout ce qui concerne la vie de nos communes ne lui est pas étranger ! Aussi deviendra-t-elle pour la Grande région d’Ouest, certainement la meilleure guide à travers les arcanes et les dédales des salles d’archives communales et départementales et surtout dans le maquis des registres d’état-civil qui n’ont plus de secrets pour cette chercheuse impénitente, véritable détective du passé qui a su mettre à la portée de chacun son Guide de généalogie, ouvrage concis et exhaustif qui permet au généalogiste en herbe « d’aller à l’essentiel ».
Ainsi, mieux que quiconque, Isabelle est-elle celle qui s’avère la plus à même d’aider ses contemporains à regarder vivre ses ascendants et ses propres ancêtres où se cache peut-être quelque personnage illustre, mais plus certainement une véritable armée d’artisans, de commerçants, et par-dessus tout, de paysans, ceux-là même qui peuplaient la France de l’époque pré-industrielle, avec leurs qualités, mais aussi leurs faiblesses, leurs difficultés à vivre, à survivre.
Isabelle est une véritable humaniste qui aime sa région, son pays, sa ville, les hommes et les femmes qui s’y sont succédé et en ont fait les territoires qui nous accueillent aujourd’hui.
Merci, Isabelle !

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Ouvrages d’Isabelle Soulard :
l Les Femmes du Poitou au Moyen-Âge, La Crèche, Geste éditions, 1996.
l Poitevines et Vendéennes sous l’Occupation, La Crèche, Geste éditions, 1999.
l Guide de généalogie en Anjou, Poitou, Charentes et Vendée, La Crèche, Geste éditions, 2001.
l Maires et communes de Vendée au XXe siècle, Assoc. des Maires, Siloë, 2002.
l Les Femmes de l’Ouest sous l’Occupation, La Crèche, Geste éditions, 2002.
l Petite histoire des Sables d’Olonne, La Crèche, Geste éditions, 2004.
l Et quelques articles dans la Revue de la Société des Antiquaires de l'Ouest et dans La
Bouillaie des Ancêtres.
Elle a participé, avec vingt-cinq autres auteurs à l’ouvrage collectif : Poitou-Charentes terre de mémoire : témoignages et récits, Saint-Cur-sur-Loire, Éd. Alan Sutton, 2005.
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Ses ouvrages lui ont valu reconnaissance, prix et distinctions :
Prix de la Société des Écrivains de Vendée ;
Prix de la Ville de Thouars ;
Mention spéciale de la Villes des Sables d’Olonne en 1997 pour "Les Femmes du Poitou au Moyen-Âge".

(Michèle Gardré-Valière et Michel Valière, dans "L'Almanach du Poitevin, 2007, Romorantin, CPE éditions)

Commentaires

  • Madame,
    Je rentre de thalasso aux Sables d'Olonnes. A la boutique, j'avais acheté:"Les femmes dans la guerre de Vendée". J'ai aimé cet ouvrage habilement conté. Merci. CJV

  • souvenir de notre rencontre de dimanche

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