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Bio-Bibliographies

  • PROGRAMME HORAIRE/ 2-5 OCTOBRE 2014 DOMAINE FORGET À SAINT-IRÉNÉE, QUÉBEC (CANADA)

     

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    En 1914, l’anthropologue Marius Barbeau (1883-1969), jusqu’alors voué à l’étude des autochtones de l’est du Canada, commence à s’intéresser aux traditions orales des populations françaises du Québec et du Canada. La région de Charlevoix constitue un des premiers lieux d’enquête sur le terrain du chercheur. Ce tournant devait s’avérer marquant pour l’institution des études en ethnologie du Canada français. Aussi, le colloque, qui se tiendra au Domaine Forget de Saint-Irénée, au cœur même de la région de Charlevoix, est-il l’occasion de souligner ce centenaire et de mesurer le chemin parcouru par ce pionnier. L’impact qu’il eut sur l’évolution de ce champ de recherche, notamment sur les régions privilégiées et sa reconnaissance en milieu universitaire, est aussi à l’ordre du jour.

     

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     LE JEUDI 2 OCTOBRE 2014

    18h00-19h00: Accueil 19h-20h: Mot de bienvenue
    Orientations du colloque (30e Société d’histoire de Charlevoix, exposition) Allocution d’ouverture Serge Gauthier Marius Barbeau. Été 1916 Vins et fromages
    LE VENDREDI 3 OCTOBRE 2014
    8h30-10h00: PREMIÈRE SÉANCE : TERRAIN ET TERRITOIRE – LE PAYS DES GOURGANES
    Serge Gauthier Charlevoix est-il un pays enchanté pour Marius Barbeau ? Christian Harvey Cartographie des terrains et méthode d’enquête de Marius Barbeau dans Charlevoix (1916-1940). Jean-Benoît Guérin-Dubé Des porteurs de tradition orale : les Morneau de Baie-des- Rochers
    10h00-10h30: Pause 10h30-12h00: DEUXIÈME SÉANCE : TERRAIN ET TERRITOIRE – BARBEAU ET L’ORALITÉ
    Aurélien Boivin Le Saguenay légendaire : un hommage aux humbles habitants Bertrand Bergeron Territoire et terrain Amelia Elena Apetrei Barbeau et les contes: une perspective littéraire Ronald Labelle «Une fois, il y avait un jeune ethnologue...»
    12h00-13h00: Dîner en commun 13h00-14h30 : TROISIÈME SÉANCE : BARBEAU ET L’ORALITÉ: LA CHANSON
    Marcel Bénéteau Marius Barbeau et la chanson traditionnelle française Louis-Martin Savard Joseph-Thomas LeBlanc et le « romancero acadien » Jean-Pierre Pichette Le Romancero du Canada : une synthèse à la croisée des chemins
    14h30-15h00 : Pause

    15h00-16h30: QUATRIÈME SÉANCE : BARBEAU, PROMOTEUR DE LA TRADITION
    Diane Joly La correspondance Édouard-ZotiqueMassicotte – Marius Barbeau : un dialogue dynamique autour du folklore Danielle Martineau La collaboration entre Adélard Lambert et Marius Barbeau Pierre Chartrand Marius Barbeau et la danse
    16h30-18h00: CINQUIÈME SÉANCE : TABLE RONDE I – NOS TRADITIONS À L’UNIVER- SITÉ
    Participants : Jean-Pierre Pichette («Nos traditions à l’Université», Université Sainte- Anne), Marcel Bénéteau (Les quarante ans du programme d’ethnologie, Université de Sudbury), Laurier Turgeon (L’enseignement de l’ethnologie à l’Université Laval de Bar- beau à aujourd’hui), Philippe Dubois (L’ethnologie à l’Université Laval : une tradition d’innovation en constante évolution), Jean-François Simon (L’ethnologie au Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Brest)
    19h00: Barbecue aux Écuries du Domaine Forget Présentation du film: Jean Simard Marius Barbeau et le folklore canadien-français (ONF, 1959)
    LE SAMEDI 4 OCTOBRE 2014
    8h30-10h00 SIXIÈME SÉANCE : MUSÉES, MUSÉOLOGIE, ARCHIVES
    Marilie Labonté De la sauvegarde du patrimoine à la muséologie : Marius Barbeau Vanessa Ferey Les travaux de Marius Barbeau au sein du Musée de l’Homme de Paris Louise Lalonger Dévoiler la couleur : rencontre de la tradition orale et de l'analyse scientifique
    Benoît Thériault Les archives de Marius Barbeau, une richesse à découvrir ou à redé-
    couvrir
    10h00-10h30 : Pause 10h30-12h00 SEPTIÈME SÉANCE : FORMATION ET STATUT DU CHERCHEUR
    Jocelyn Gadbois Marius Barbeau chez les évolutionnistes (1907-1914) Marlène Belly Marius Barbeau, Patrice Coirault : de démarches pionnières en voies/voix de maîtres Fañch Postic et Jean-François Simon Du folklore à l’ethnologie : « Traditions populaires » et projet universitaire en Bretagne ; (Michel Valière et) Michèle Gardré-Valière : Marius Barbeau, Le Rossignol y chante, et nous, et nous...
    12h00-13h00: Dîner en commun 13h00-14h30: HUITIÈME SÉANCE : TABLE RONDE II – L’APPORT DE BARBEAU AUX ARTS RELIGIEUX ET POPULAIRES
    Participants : Jean Simard (Depuis l’île d’Orléans, Marius Barbeau découvre l’art reli- gieux du Québec), Anne-Marie Poulin (Le « boutonné » de Charlevoix : pertinence d’une découverte), Richard Dubé (Recherche ethnographique d’aujourd’hui, méthodes et défis) et Jean-François Blanchette (Marius Barbeau et l’authenticité de la tradition en art populaire)

    14h30-15h00: Pause 15h00-16h00: NEUVIÈME SÉANCE : INFLUENCES DIVERSES
    Virgil Benoit La conception du bonheur dans la diaspora québécoise Marc-André Fortin La traduction de « The Downfall of Temlaham » : retours transculturels Laurier Turgeon L’inventorisation du patrimoine immatériel au Québec de Marius Bar- beau à nos jours
    16h00-17h30: DIXIÈME SÉANCE : TABLE RONDE III – BARBEAU ET LE TERRAIN : UN EXEMPLE POUR DEMAIN ? QU’EN PENSENT LES CHERCHEURS D’AUJOURD’HUI?
    Participants : Benoît Thériault, Christian Harvey, Jocelyn Gadbois, Pascal Huot 19h00-19h30: Lancement d’ouvrages en ethnologie et sur Charlevoix 19h30- 21h30: Banquet
    Repas du terroir de Charlevoix: Au pays des gourganes Allocution de clôture Jean-Pierre Pichette Barbeau : au-delà du souvenir Animation
    Chansons de tradition orale: Danielle Martineau et Guillaume Savard
    LE DIMANCHE 5 OCTOBRE 2014
    10h00-14h00: Excursion sur le traces des enquêtes de Marius Barbeau (Repas inclus au Relais des Hautes-Gorges ) 14h00 : Retour et fin du colloque
    Du 2 au 5 octobre 2014 Domaine Forget de Charlevoix, Saint-Irénée (Québec)
    FICHE D’INSCRIPTION
    NOM:__________________________________________________________________ ADRESSE: ______________________________________________________________ VILLE:______________________________CODE POSTAL:______________________ TÉLÉPHONE: (    )______________________________________________________ COURRIEL:______________________________________________________________
    INSCRIPTION COMPLÈTE (125$)
    Toutes les séances, repas du midi (3-4 octobre) et excursion-repas (5 octobre)
    INSCRIPTION SANS EXCURSION (100$)
    DEUX MODES DE PAIEMENT:
    1) Par chèque: à l’ordre de Société d’histoire de Charlevoix 156, de l’Église La Malbaie (Québec) G5A 1R4 2) Directement en ligne: www.shistoirecharlevoix.com (onglet colloque)
    POUR PLUS D’INFORMATIONS:
    Téléphone: (418) 665-8159 Courriel: shdc@sympatico.ca Site Web: www.shistoirecharlevoix.com

  • Antiquaires et folkloristes : essais ethnographiques en Centre- Ouest du début du XIXe aux premières années du XXIe siècle

    Par Michel Valière.


    Fondée en 1814, la Société royale des Antiquaires de France prolonge pendant quelque temps encore les activités de l’Académie celtique défunte. Elle publie ses premiers Mémoires en 1817 mais connaît la désaffection et le désintérêt de ses acteurs, peu enclins à s’engager trop avant sur des pistes où la celtomanie régnait en maître. Elle cesse ses activités vers 1830, non sans avoir produit, pendant ce laps de temps d’existence, nombre de travaux de collecte de traditions populaires1 ou des notes sur les parlers régionaux (dialectes)2 qui lui étaient parvenus par diverses voies. Elle ouvre la route aux folkloristes et ethnographes regroupés dans des sociétés savantes qui réaliseront de longues et patientes recherches, souvent très fructueuses, avant d’être marginalisés eux-mêmes à leur tour et certainement pour longtemps.
    Une « société savante » du Centre-Ouest
    Parmi les sociétés savantes dans les régions, dont la Société des Archives historiques du Poitou, citons pour l’exemple la Société des antiquaires de l’Ouest fondée à Poitiers au cours de l’année 1834 et qui est autorisée par décision ministérielle en 1835. Elle s’est donné pour objectif « la recherche, la conservation, l’étude, la description et la publication des monuments historiques entre la Loire et la Dordogne ». Son premier président, Charles Mangon de la Lande, alors directeur de l’enregistrement et des domaines, devait entretenir entre ses membres une émulation humaniste. Lors de la réunion inaugurale du 13 août 1834, il définit en ces termes le sens des recherches à entreprendre :
    « L’archéologie a tant de branches à exploiter ; c’est elle qui va fouiller dans la poussière des peuples primitifs ; c’est à elle qu’il appartient de tracer l’histoire de leurs monuments, de leurs croyances, de leurs mœurs, d’approfondir les traditions, d’étudier avec une critique raisonnée les vieilles annales, les chroniques presqu’effacées ; de comparer entr’eux les Codes et les Lois qui se sont succédé de siècle en siècle ; par la numismatique nous retrouvons les noms, les titres des différentes magistratures, les formes judiciaires, les usages civils, religieux et militaires, les instruments domestiques et aratoires, et souvent jusqu’à la figure des plantes et d’animaux qu’on ignorait, dont on niait l’existence et qu’on a retrouvés depuis [...] C’est au fond des choses [...] qu’il faut aller fouiller et que nous devons le faire sans apparat, sans bruit et modestement, dans l’intention unique d’être utile à la Science et de faire sortir de l’oubli tant de matériaux précieux qui se rattacheront nécessairement à l’histoire d’un Pays3 [...] ».
    Chacun sait ici qu’à cette époque-là le terme d’« archéologie » portait une tout autre charge sémantique qu’aujourd’hui. Il englobait plusieurs disciplines telles que l’histoire,

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    1. À l’exemple de la contribution du Tourangeau A.-M. Guer[r]y (« Note sur les usages et les traditions du Poitou », Mémoire de la Société des Antiquaires de France, t. VIII, 1829, p. 451-464). Il fut l’un des modestes pionniers (oublié) des collectes « ethnomusicologiques » en Poitou auquel Arnold Van Gennep consacre le numéro n° 1306 de sa bibliographie avec cette mention : « excellent mémoire, expressément donné par l’auteur comme complément aux mémoires de Dupin et de La Revellière-Lépeaux ; souvent démarqué sans indicat[ion] bibliogr[aphique »]. Sur cet auteur, voir encore l’article de Michael Friendly, « Un Tourangeau trop discret : André-Michel Guerry (1802-1866), Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, vol. XXI, 2008, p. 213-231.
    2. Voir dans le tome 3 des Mémoires de l’Académie celtique (1809), la contribution du Vendéen Louis-Marie La Révellière-Lépeaux qui, outre un important lexique, compte trois chansons dialectales, accompagnées d’une traduction.

    3. Registre Mangon de la Lande, archives départementales de la Vienne.
    68    Bulletin n°14

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    l’histoire de l’art, la préhistoire, des sciences auxiliaires comme l’épigraphie, la numismatique, la sigillographie, mais aussi le folklore et l’ethnographie, l’ethnologie, enfin l’anthropologie qui confinait à l’anatomie et par-delà, à la médecine. Il correspondait plutôt à l’actuel concept protéiforme de « patrimoine » qui a été mis en exergue à partir de 1980, notamment par le ministère
    de la Culture et de la Communication et qui fait florès aujourd’hui encore à travers tout le pays. Par la suite, il fut demandé à chaque membre titulaire, honoraire ou même correspondant, de s’engager à offrir, dans le mois de son admission, soit « quelque objet d’antiquité soit quelque livre ou quelque document manuscrit relatif à l’histoire des provinces de l’Ouest », initiant ainsi l’activité muséographique de la Société. C’est ainsi qu’en date du 19 mai 1836 a été enregistré sous le numéro 57 le premier don d’objet à caractère ethnographique, offert par M. de la Lande, à savoir une « plaque de garde- forestier4 de la 9e conservation, Poitiers, 1822 » qui figure toujours sur l’inventaire du musée de la ville de Poitiers et de la Société des antiquaires de l’Ouest.
    D’un autre point de vue, il était spécifié que chaque membre résidant devait, « sous peine d’être réputé démissionnaire », lire ou offrir, dans les trois mois de son admission, « un mémoire ou toute autre composition», ce qui instituait une dynamique à la fois intellectuelle et éditoriale qui se consolidera au fil des années.
    L’examen des publications, Bulletins et Mémoires, donne un aperçu des préoccupations d’alors. Ainsi les Bulletins des années 1856-58 intéressent-ils l’ethnographie de l’Europe. On y relève sous la plume de M. Fleury, proviseur du lycée de Douai, la contribution suivante : « Étude des diverses races qui peuplent l’Europe... Leur origine, leur caractère, leur développement ou leur décadence, les principaux traits de leur passé, les probabilités de leur avenir ». Sur les « mœurs et coutumes », on peut y noter en 1838, des notices sur les «feux de la Saint-Jean en Poitou» qui seront suivies d’articles et communications aussi bien sur les « coutumes des jours des Rois », sur les « fêtes et usages de la Pentecôte », sur les pèlerinages et les fontaines de dévotion, et autres « chroniques populaires ». Des comptes rendus et notices bibliographiques informeront les lecteurs sur l’actualité des travaux accomplis par des sociétés poursuivant des activités similaires, notamment quelques années plus tard, sur ceux publiés dans la Revue des traditions populaires.
    Des contributions concernant l’Ouest et le Centre de la France, le Pays basque et d’autres territoires depuis les rives de la mer du Nord jusqu’au Maghreb, en gros l’arc atlantique, ont trouvé place dans les travaux de cette importante société (dont l’archéologie industrielle5 ; l’ethno-histoire6 etc.). Elle poursuit ses recherches aujourd’hui, orientées davantage encore vers la préhistoire et l’histoire sous toutes leurs déclinaisons, beaucoup moins vers l’ethnographie, même si une approche anthropologique peut se percevoir à travers l’une des premières communications dans les Mémoires de 1835, répertoriée sous une rubrique de «géographie humaine». Nous la devons à Armand-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré qui traite des « Recherches sur les peuples qui habitaient le Nord de l’ancien Poitou7 ».
    Ainsi, Louis Rédet traite de halles, de foires et marchés8 tant du point de vue de la mémoire, que de leur inauguration9, tandis qu’Alexis de Chasteigner propose son « Essai sur les lanternes des morts10 », travail qui fera autorité en la matière pendant un siècle et demi. Les Mémoires des années 1858-1859, inaugurent, sous la plume de Jules Levieil de La Marsonnière, une première étude11 sur les « Poésies nationales du Poitou », conférence brillante et mondaine sur un texte en langage poitevin, La gente Poitevin’rie. Le sociétaire y

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    4. Bulletin du 1er mai au 1er août 1836, p. 256.

    5. Par exemple Louis Redet, « De quelques établissements industriels fondés à Poitiers au XVe siècle », Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1842, p. 349-367.

    6. Voir les études sur le chant populaire par Geneviève Massignon, l’auteur principal des enquêtes pour l’Atlas linguistique et ethnographique du Centre-Ouest, Paris, CNRS, vol. I, 1971, vol. II, 1974, vol. III, 1983.

    7. Mémoires, 1835, p. 75-111, avec des illustrations.

    8. Mémoires, 1845, p. 61-97.

    9. Mémoires, 1853, p. 147-162.

    10. Mémoires, 1843, p. 275-304, ill.

    11. Mémoires, 1858-1859, p. 301-323.

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    développe, sur une métaphore culinaire et gustative, le thème du « goût du terroir ». Léo Desaivre, entre autres, écrit sur Mélusine (1884), Paul Rambaud s’intéresse au « rôle des femmes » dans l’assistance publique à Poitiers (1909). Enfin je voudrais terminer ce rapide tour d’horizon en citant la magistrale thèse de Nicole Pellegrin, publiée dans les Mémoires de 1979-1982 : « Les bachelleries : organisations et fêtes de la jeunesse dans le Centre-Ouest, XVe-XVIIIe siècles », thème qui trouva un écho contemporain et notamment dans le Mellois.
    Le groupe de travail réuni pour le 150e anniversaire de la Société a établi un certain nombre de rubriques dont quelques-unes seulement, une portion congrue, ressortissent aux pratiques de l’ethnologie pour classer les articles dans le Bulletin, ainsi que les Mémoires12 :
    - Liturgie - Musées, collections privées, expositions - Objets mobiliers - Philologie, étymologie, toponymie -Usages et croyances populaires13.
    Autant dire qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des contributions traite d’histoire, d’histoire de l’art, d’archéologie et de numismatique. J’ajouterai toutefois qu’il ne tiendrait qu’aux ethnologues de faire des propositions de communication susceptibles de prendre place dans la nouvelle Revue historique du Centre-Ouest, qui a succédé au Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, remis au goût du jour.
    Le régionalisme en action avec la Société du costume poitevin (1907-1958)
    À la fin du XIXe siècle, le mouvement régionaliste impulsé en France par Jean Charles- Brun, et qui avait pour ambition la volonté décentralisatrice dans le dessein d’une revitalisation de la France provinciale économique, sociale qui serait en même temps intellectuelle (culturelle)14, trouve naturellement un écho sur les terres du Centre-Ouest. Parmi les érudits et intellectuels niortais qui revendiquaient leur action comme une forme de patriotisme local, Gustave Boucher, avait quitté sa ville pour la capitale où il exerçait la fonction de bouquiniste sur un quai de la Seine. Rénovateur modéré du folklore et agent convaincu de la prise de conscience régionaliste, c’est lui qui met sur pied le Congrès de Niort de 1896.
    Pour ce faire, il avait, dès 1893, créé la Société du costume poitevin en s’appuyant notamment sur l’homme de lettres Henri Clouzot et sur le conservateur du musée Henri Gelin qui considérait que la coiffe féminine était «un signe de haute valeur ethnographique15 ». Il donne à ses activités une ouverture beaucoup plus large que ne le suggérait le titre de la société. Puis en 1895 il exposa à la Sorbonne, sous l’égide de Gaston Paris, le programme de la Société nationale d’ethnographie et d’art populaire, dont le comité comptait des noms tels que l’académicien André Theuriet, Vincent d’Indy, Paul Sébillot, Puvis de Chavannes et d’autres personnalités du monde des arts et des lettres.
    Le Congrès, qui se déroula du 22 mars au 28 juin 1896 à Niort, parrainé par autant d’intellectuels, ne manqua pas d’intéresser aussi bien le clergé (n’avait-il pas songé à restaurer tout l’art religieux !) et la bourgeoisie que les familles aristocratiques, les artisans, artistes et commerçants. Avec peu de moyens (c’est peu dire puisqu’il laisse un certain déficit), Gustave Boucher assura le montage d’une exposition et le déroulement des manifestations. Si l’on en croit Henri Clouzot, ce fut un « magnifique programme »

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    12. Voir la contribution de Marie-Paule Dupuy, Maryse Redien-Alessio, Hélène Richard, « Table des bulletins et des mémoires (1834-1984), dans Cent cinquantenaire de la Société des antiquaires de l’Ouest, Mémoires de la la Société des antiquaires de l’Ouest, t. XVII, 1983-1984, Supplément au Bulletin, 4e trim. 1983, p. 31-380.

    13. Citons pour l’exemple, dans les Mémoires de 1845, la contribution de Gérasime Lecointre-Dupont: « Mémoire sur le miracle des clefs et sur la procession du Lundi de Pâques », (p. 209-256).
    14. Jean Charles-Brun, Le Régionalisme, Paris, CTHS, 2004 (1re éd. 1911).

    15. Natacha Mémeteau, Histoire des recherches liées au folklore dans les Deux-Sèvres, de la fin du XIXe siècle aux années 1940, Poitiers, université de Poitiers (Faculté des sciences humaines, département d’histoire), 1991, p. 12.

     

    Antiquaires et folkloristes    69
    70    Bulletin n°14

     

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    exécuté par le patient et érudit folkloriste Henri Gelin16, fin connaisseur des costumes et parures et en particulier des coiffes d’entre Loire et Gironde. La carte qu’il en établit fait toujours référence dans ce domaine. La Société nationale d’ethnographie et d’art populaire en assure l’édition grâce à la relation confiante entre Gustave Boucher et le Père Bluté, alors directeur de l’imprimerie des moines bénédictins de Ligugé (Vienne), un important volume illustré de 479 pages réédité par les éditions Danièle Brissaud à Poitiers en 1977. Ce premier congrès fut suivi de deux autres, l’un en 1897, à Saint-Jean-de-Luz, au Pays basque, riche d’un volume tout aussi copieux, également imprimé à Ligugé, l’autre en 1898, à Honfleur, en Normandie, présidé par Boucher.
    On doit encore à Boucher (qui préparait son oblature à Ligugé), grâce au mécénat bénédictin, seize numéros de la revue régionaliste Le Pays Poitevin qui entraînent pour ses promoteurs une déroute financière.
    Une régionaliste, folkloriste inspirée : Francine Poitevin
    Mais d’abord, qui se cache derrière le pseudonyme de Francine Poitevin17 ? Celui-ci traduit, on le devine sans peine, le désir profond d’une femme d’affirmer une double appartenance : nationale par le prénom hypocoristique et régionale par le patronyme. Il s’agit en fait, du point de vue de l’état-civil, de Marie-Blanche Paillé, née le 10 avril 1869, à Chaunay (Vienne), un pays de « terres rouges à châtaigniers », fille de François Paillé, distributeur des postes du lieu et de Zoë Airault. Elle épouse Émile Gilot, son aîné (1861- 1923), également instituteur, décède à Poitiers le 17 août 1946 et repose au cimetière de Chilvert, à Poitiers.
    Plutôt « spécialisée » dans les cours préparatoires de l’enseignement élémentaire, sa carrière professionnelle d’institutrice la fait voyager de poste en poste du sud du département de la Vienne, au nord et nord-est18, vraisemblablement occupant des postes de remplacement, du moins au début ; et ce n’est qu’au cours de sa retraite, à partir des années 1920, qu’elle se consacre , et ce jusqu’à la fin de sa vie, à la recherche de « son passé », dans un esprit et avec le flair et la passion d’une collectionneuse.
    Pour les folkloristes et les ethnographes de la France, en tout cas au moins pour ceux du Poitou-Charentes et des Pays de la Loire, ce n’est pas tout à fait une inconnue. En effet, elle correspondait avec Georges-Henri Rivière qui la saluait du titre amical de « princesse de l’âtre », et l’un de ses ouvrages (1938) fut préfacé par Jean Charles-Brun, alors président de la Fédération régionaliste française en des termes affectueux et élogieux :
    « Il court, à travers le livre de Madame Francine Poitevin, comme un souffle de tendresse. C’est pieusement qu’elle a travaillé19 ».
    Elle est l’auteure de plusieurs plaquettes et ouvrages littéraires ou ethnographiques, certes peu répandus, mais l’un d’entre eux, Arts et traditions populaires (s.d. [ca 1932], Poitiers, Imp. de l’Union), catalogue permanent du musée régional, au musée de l’Hôtel de Ville, à Poitiers, ouvrage de mélanges inspiré autant par les ouvrages du recteur Léon Pineau, de Jérôme Bujeaud, sur la chanson que par les plasticiens (peintres et graveurs : dont A. Bessé, et le photographe et sculpteur Jules Robuchon) a longtemps servi de référence quasiment unique dans ce domaine, en prolongement de l’ouvrage auquel elle se réfère à l’évidence, La Tradition en Poitou et Charentes (1897).
    Plusieurs travaux lui ont déjà été consacrés :
    - le catalogue d’accompagnement d’une exposition réalisée conjointement par le musée Sainte-Croix (Poitiers) en 1986, par Marie-Christine Planchard, conservateur au musée et

     

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    16. Henri Clouzot, « Le grain qui n’a pas levé », Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, t. XIII- n° 2 et 3, 2e et 3e trim. 1966, p. 186 et passim.

    17. Marie-Christine Planchard et Michel Valière, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée, musée de la Ville de Poitiers et de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1986.
    18. Elle enseigna à Civray (1-9-1989), Chaunay (1-1-1890), Vivonne (1- 4 -1890), Moncontour (1-11-1892), Saint- Savin (1-3-1896), Châtellerault (4 - 6 -1898 –1917).

    19. Francine Poitevin, Contes et légendes du Poitou, Niort, éd. Corymbe, 1938, p. 11.

     

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    Michel Valière, alors ethnologue régional à la direction régionale des Affaires culturelles, avec un avant-propos de Michel Rérolle, alors conservateur des musées de Poitiers ; - un article par mes soins, à l’invitation d’Anne-Marie Thiesse, dans un numéro d’Ethnologie française (« Régionalismes », XVIII, 1988, t. 3) : « Une institutrice folkloriste, Francine Poitevin » ;
    - un article « Portrait d’une femme ethnographe, Francine Poitevin », par Marie-Christine Planchard, dans La Revue du Louvre (1990, numéro sur « L’ethnographie au féminin », sous la direction de Claudette Joannis) ; - un article « Francine Poitevin : passion et convictions » par Philippe Blonde et Romain Mudrak, dans le Picton (n° 156, nov.- déc. 2002, p. 2-6). Ces deux articles, s’appuyant et reprenant parfois de très près les deux travaux précédents. Ajoutons deux articles dans un périodique local, le Bulletin de l’ASAHE de Chaunay (n° 2 juin 1990 ; n° 4 oct. 1992).
    Les reproches généralement faits aux méthodes pratiquées par les folkloristes du XIXe comme de la première moitié du XXe siècle portent essentiellement sur leur caractère passéiste, particulièrement pour Francine Poitevin, comme sur leur volonté de retrouver un état initial, un âge d’or mythique : « Il n’y a que le passé de vrai ! », m’a-t-on affirmé sans ambages. La critique met en avant une tendance affichée à la manipulation du binarisme de catégories discutables pour ne pas dire inefficaces, telle l’opposition savant/populaire, ou encore tradition/modernité.
    Les méthodes des folkloristes et des chercheurs de la fin du XIXe siècle ont été désavouées, voire dénigrées pendant tout le XXe siècle. Cependant, elles ont permis de développer la discipline ethnologique par une connaissance approfondie des anciennes provinces françaises, connaissance bien souvent controversée. L’important était d’effectuer des enquêtes intensives, de compiler le plus de témoignages possible sur un « patrimoine » que l’on estimait généralement en voie de disparition et dont la diffusion semblait laisser croire que c’était la seule méthode susceptible d’en assurer largement la survivance. Cet état d’esprit, cette certitude largement relayée par la population comme par la plupart des édiles, fut à l’origine de bien des incompréhensions avec des personnalités comme Francine Poitevin, mais aussi avec des enquêteurs du milieu associatif, autant de la SEFCO que de l’UPCP...
    Leurs travaux, bien que toujours plutôt controversés, ont été revisités et leurs résultats réutilisés et réinterprétés par des ethnologues20, des sociologues21 et plus généralement par les anthropologues du XXe siècle.
    La Société d’études folkloriques du Centre-Ouest
    Créée en novembre 1961 sous la première présidence de Raymond Vignaud, connu sous le pseudonyme de Daniel Hervé, cette « société » à structure associative, conformément à la loi du 1er juillet 1901, se donne, en dépit d’un titre-écran, une posture ethnographique qui devra sans cesse se renégocier dans une dialectique études folkloriques/promotion du ou des « patois » d’entre Loire et Gironde. En effet, parmi ses membres fondateurs, des personnalités ressortissaient plutôt au domaine de la pratique de l’étude et de la diffusion des parlers charentais, gabayes, poitevins, saintongeais, vendéens, dans un émiettement topographique répondant aux aspirations et aux représentations de chacun. Ainsi, Geneviève Massignon, du CNRS, ayant alors en charge les enquêtes pour l’Atlas linguistique et ethnographique de l’Ouest compte parmi les membres fondateurs. On lui doit la sixième livraison du tome 1 (juil.-sept. 1963) : « Une noce à Montjean (Charente) d’après la fille d’un musicien d’autrefois. »
    De nombreux passionnés et érudits rejoignent progressivement la SEFCO, nombre d’entre eux vouant un profond respect, sinon un culte à un «barde» défunt, Goulebenèze, alias Évariste Poitevin, qui a publié dans des feuilles locales et autres

     

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    20. C’est le cas de Catherine Robert reconsidérant à la faveur de son diplôme à l’EHESS (1985) les résultats des compilations (des années 1930-40) de prières du savant médecin neuro-psychologue Henri Ellenberger dans l’est du département de la Vienne, en Haut-Poitou, lui-même auteur d’une Histoire de la découverte de l’inconscient, conduite avec une méthodologie d’inspiration ethnologique.
    21. Je pense ici aux travaux sur le mariage et la famille de Martine Segalen et de Michèle Salitot en Poitou protestant.
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    72    Bulletin n°14

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    périodiques dont le Subiet, journal patoisant fondé en 1901 par Daviaud, imprimeur de Matha (Charente-Maritime), qui cesse de paraître en 1959. Le Bulletin de la Société d’études folkloriques du Centre-Ouest vient alors raviver le souvenir du Subiet pour en prolonger la forme d’esprit et la fonction sociale, à savoir créer de l’écrit dialectal, dans l’un des parlers du « groupe poitevin-santongeais22 » en Centre- Ouest et dans un humour revendiqué parfois comme identitaire (essentiellement « saintongeais »).    Ainsi,    après    trois    années    d’articles    sur    des    thèmes    d’inspiration ethnographique, le Bulletin opère une première mutation en consacrant son numéro d’avril-juin 1965 à la publication de « pièces patoises ». À partir de cette césure, le Bulletin accole à son titre initial la mention : « et sa publication patoise le Subiet ».
    Il faut attendre le numéro de septembre-octobre 1995 pour que la Société introduise dans son intitulé la mention «ethnologie» en lieu et place «d’études», non sans avoir préalablement attribué à la revue le titre Aguiaine dès 1976. Dans la pratique, une controverse quasi permanente oppose les tenants de l’ethnographie (qui organisent un modeste colloque biennal depuis 1987) à ceux qu’intéressent seulement le supplément « patoisant ». Cette opposition se concrétise dans les librairies d’occasion où l’on ne trouve généralement que le bulletin lui-même, l’encart dialectal ayant été mis de côté. On se débarrasse de « l’ethno », mais l’on conserve pieusement les textes patois de création récente ou les morceaux d’anthologie réédités.
    Le premier président, conscient du changement d’époque, et avec un goût affirmé de la collection, souhaitait moderniser les pratiques de collecte de terrain et de communication des résultats. Ainsi, sensible à ce que désormais, avec l’UNESCO, nous appelons le patrimoine immatériel, il m’adressa une lettre datée du quatorze octobre 1967 en ces termes :
    « [...] Je vous soumets une idée qui m’était venue, celle de constituer une association d’amateurs d’enregistrements de documents folkloriques de nos régions du Centre-Ouest : chansons, noëls, musique de danses, pièces patoises, pour lesquels seraient faits des enregistrements limités au nombre des adhérents à la formule, qui paieraient les disques en souscription avant leur sortie » 23.
    Il ne met pas en œuvre cette idée, que développera, en revanche, à partir de 1968 une association de jeunesse et d’éducation populaire : l’UPCP, dont plusieurs des acteurs étaient déjà membres assidus de la SEFCO.
    L’UPCP, Union Poitou-Charentes et Vendée pour la culture populaire
    C’est dans la mouvance des années 1968 que s’est développée en Poitou-Charentes et Vendée une Union d’associations préexistantes fondatrices et en premier lieu de celles des Pibolous, et de La Marchoise, regroupant des passionnés et amateurs de musiques de transmission orale, chants, danses, mais aussi de langue régionale, à l’époque nommée « patois » ( poitevin, charentais, saintongeais), traité aujourd’hui comme « langues de France » 24 : le poitevin, le saintongeais, voire l’occitan (limousin-confolentais).
    Ces associations ont, dans un premier temps, organisé leurs actions sous un même « labarum » :    recherche,    diffusion,    expression.    Ainsi,    par    le    truchement    de regroupements, week-ends, stages, certains acteurs se sont initiés à la collecte ethnographique, d’autres à la pédagogie de la danse populaire, parfois de la chanson25, ou de « la » langue. Tous, en général se sont sentis concernés par les émotions liées à

     

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    22. Sur cette notion, Jacques Duguet, « Parlers et littérature patoisante », Charente–Maritime, Paris, Bonneton, 2001, p. 164.

    23. Documentation personnelle.

    24. Voir les travaux et publications de Liliane Jagueneau, Jean-Jacques Chevrier, Pierre Gauthier, Michel Gautier, Jean-Léo Léonard, Jean-Loïc Le Quellec, Éric Nowak, André Pacher, Vianney Pivetea, mais aussi, avec une approche un peu différente, James Angibaud., Ulysse Dubois, Jacques Duguet, Jean-François Migaud, Michel Renaud, pour ne citer que quelques noms d’ardents défenseurs associatifs, à des degrés divers.
    25. Citons par exemple le travail fait avec des collégiens (1976 à 1985) et qui a donné lieu à un article de Michèle Gardré-Valière, « Les sept cahiers aux 266 chansons d’une paysanne poitevine », Aguiaine, n° 240, janv-fév. 2004, p. 3-36.

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    l’expression : chorégraphie, musique orale, arts de la parole, scénographie, régie-son ou lumière. Au fil des ans, plusieurs structures se sont dotées d’un équipement (fermes culturelles des Gens de Cherves, ou de Culture populaire et Loisirs à La Cabasse de Vitré ; Centre culturel La Marchoise à Gençay...), et l’UPCP d’un espace administratif collectif, nécessaire à la mise en cohérence de l’ensemble : d’abord à Pamproux, puis sur l’aire autoroutière des Ruralies, aujourd’hui enfin à la Maison des cultures de pays-Mésun André Pacher26, dans le quartier médiéval de La Vau Saint-Jacques à Parthenay. Ce faisant, des spécialisations au sein de l’union se sont fait jour, comme par exemple Métive qui s’est orientée, sous l’impulsion de Jany Rouger, alors président, vers la diffusion culturelle et le spectacle vivant, ou encore le CERDO, Centre d’études et de recherche sur la documentation orale, longtemps animé par Jean-Louis Neveu.
    Une mention particulière doit être faite à la création d’un secteur édition, lancé initialement dans un esprit coopératif, qui se poursuit avec une logique d’entreprise sous forme d’une société anonyme « à directoire et conseil de surveillance » : Geste édition, qui s’est dernièrement dotée en outre d’un Cercle des auteurs. Cette maison d’édition, dirigée par Olivier Barreau, occupe la première place dans la région avec la publication d’une centaine de titres par an : récits de vie, travaux d’histoire, monographies patrimoniales, carnets de voyages. Elle exprime un humanisme fondé sur l’étude des pratiques populaires, les arts et les sciences du langage. Elle développe, parallèlement à son activité éditoriale, un service de diffusion ouvert actuellement à une centaine d’autres éditeurs régionaux. Enfin, associée avec un libraire rochelais, Geste édition cogère une librairie classique à Niort.
    En une quarantaine d’années, des loisirs d’éducation populaire en milieu rural, en direction de la jeunesse, ont donné naissance à tout un secteur professionnel en région : animation culturelle, recherche et gestion d’archives orales, musiques traditionnelles et arts de la parole (formation, enseignement, spectacles vivants), édition (disques, livres) en partenariat avec certaines collectivités (associations, autres éditeurs, laboratoires universitaires, communes, départements, Région, État).

     

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    26. André Pacher (1932-1998), co-fondateur de l’UPCP en fut aussi le premier président de 1968 à 1979. Après son décès, la Maison des Cultures de pays a pris son nom.


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    74    Bulletin n°14
    Bibliographie
    Aguiaine : revue de la société d’ethnologie et de folklore du Centre-Ouest (1962).
    Bulletin de l’association régionaliste poitevine.
    CHARLES-BRUN Jean, Le Régionalisme, Paris, CTHS, 2004 (1re éd. 1911).
    CLOUZOT Henri, « Le grain qui n’a pas levé », Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, t. XIII- n° 2 et 3, 2e et 3e trim. 1966.
    COLLECTIF, Érudits et savants, numéro thématique de la Revue historique du Centre Ouest, t. VII, 1er semestre 2008, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2008.
    COLLECTIF, La Recherche sur les ethnotextes : réflexions pour un programme, Actes de la table ronde du CNRS, La Baume-les-Aix, 13 et 14 oct. 1980, Paris, CNRS, 1984.
    DAVAINE Christian, « Le Centre culturel de la Marchoise », Tradition et innovation culturelle dans le milieu rural, Paris, Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, 1982, p. 42-46.
    DONZAUD Henri, « Ethnologie et culture vivante en milieu rural », Les Cahiers du Centre culturel La Marchoise, n° 8, janv. 1983, p. 1-64.
    DUFLOS-PRIOT Marie-Thérèse, Un siècle de groupes folkloriques en France, Paris, L’Harmattan, 1995.
    DUGUET Jacques, « Parlers et littérature patoisante », Charente–Maritime, Paris, Bonneton, 2001, p. 163-176.
    ELLENBERGER Henri, Histoire de la découverte de l’inconscient (traduit de l’anglais), Paris, Fayard, 1995 (1re éd. en anglais, 1970 ; 1re éd. française, 1974).
    ELLENBERGER Henri, « Le Monde fantastique dans le folklore de la Vienne », Nouvelle revue des traditions populaires, t. I, n° 5, nov.-déc. 1949, p. 406-435 ; t. II, n°1, janv.-fév. 1950, p. 3-26.
    ELLENBERGER Henri, « Relevé des pèlerinages du département de la Vienne », Nouvelle revue des traditions populaires, t. II, n° 4, sept.-oct. 1950, p. 309-330 ; t. II, nov.-déc. 1950, p. 387-415.
    GESTE édition, Catalogue général : les livres de notre région, La Crèche, 2009.
    GUER(R)Y André-Michel, « Sur les usages et les traditions du Poitou », Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères, publiées par la Société royale des antiquaires de France, Paris, Selligue, T. VIII, 1829, p. 451-464, suivies de deux planches de notations musicales (18-19).
    La Boulite poitevine-saintongeaise (1982-1986). LA    RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX    Louis-Marie,    « Notice    du    patois    vendéen »,    Mémoires    de
    l’Académie celtique, t. 3,1809, pp. 227-290 et 370-398.
    Mélusine, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages (1877 - 1912).
    MÉMETEAU Natacha, Histoire des recherches liées au folklore dans les Deux-Sèvres, de la fin du XVIIIe siècle aux années 1940, Poitiers, université de Poitiers (Faculté des sciences humaines, département d’histoire), 1991 (mémoire de maîtrise, multicopié et inédit).
    PACHER André, « Conditions et moyens du développement culturel en milieu rural : l’exemple du Poitou-Charentes », Études rurales, n° 86, avr.-juin, 1982, pp. 43-45.
    PLANCHARD Marie-Christine et VALIÈRE Michel, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée, musée de la Ville de Poitiers et de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1986.
    POITEVIN Francine, Contes et légendes du Poitou, Niort, éd. Corymbe, 1938. REDET Louis, « De quelques établissements industriels fondés à Poitiers au XVe siècle »,
    Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1842, p. 349-367. Revue des traditions populaires du Poitou, n° 1, juin, 1896 (un seul numéro, publié à Niort,
    par la Société du costume poitevin). Revue historique du Centre-Ouest. [Succède au Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest
    et des musées de Poitiers]. ROBERT Catherine, La Prière hétérodoxe en Poitou : étude ethnologique, Paris, École des
    Hautes Études en Sciences Sociales, 1985.
    Tradition en Poitou et Charentes : art populaire, ethnographie, folklore, hagiographie, histoire (La), Congrès de Niort 1896, Société d’ethnographie nationale et d’art populaire, Paris, lib. de la Tradition nationale, 1897.
    VALIERE Michel, Ethnographie de la France : histoire et enjeux contemporains des approches du patrimoine ethnologique, Paris, Colin, 2002.
    VALIÈRE Michel, Le Conte populaire : approche socio-anthropologique, Paris, Colin, 2006.
    VALIERE Michel, « Une institutrice folkloriste : Francine Poitevin », Ethnologie française, n° 3, juil.-sept. 1988, pp. 267-275.

  • Septembre 2013 : Le Dossier n° 5 du CHERCHEUR d'OR, à Saint-Junien en Limousin est paru...

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    "... Mis en forme, éclairés par de judicieuses notes et largement illustrés, les Mémoires de Marguerite plongent le lecteur dans le quotidien de la vie à Saint-Junien au début du XXe siècle. Témoignage d’autant plus précieux qu’il est celui d’une femme, d’une femme née dans le milieu des ouvriers les plus modestes, qu’il émane donc de celles et ceux qui ont rarement pris la parole, et moins encore la plume. C’est en outre un témoignage d’une grande sincérité : sincérité de la  langue, celle parlée par les Saint-Juniauds dans la première moitié du XXe siècle, avec ses formules héritées du « patois » et ses tonalités chantantes, au point qu’en lisant Marguerite Delabracherie, on croit l’entendre. Sincérité aussi des sentiments chez cette femme au caractère bien trempé : nul apitoiement, par exemple, dans le récit d’une vie commencée sous le signe de la misère et du malheur.

     

    Mais le plus attachant est sans doute la simple et légitime fierté qu’éprouve Marguerite à raconter sa vie à son petit-fils... "(Extrait de l'avant-propos de présentation par le président de l'association Les Vieilles Pierres, Frank Bernard.

     
    Mémoires de Marguerite, ouvrière saint-juniaude, 1889-1989 / [Marguerite Delabracherie] ; établissement du texte par Bernard Besson ; avec le concours de Jean-René Pascaud et Michel Valière pour les notes, les commentaires, la bibliographie et l'illustration ; [avant-propos de Frank Bernard; texte de Michèle Gardré-Valière].
    Editeur : Saint-Junien : Société des vieilles pierres, 2013. Collection : Les Dossiers du Chercheur d'or ; 5.
    Notes; Bibliogr. p.67-68.

    On peut se  procurer ce Dossier n° 5  à La Maison de La Presse, Rue Lucien Dumas à Saint-Junien (70 pages ; 12 €), ou auprès de la Société des Vieilles Pierres en Ville.

    On peut aussi le lire ou le consulter aux Archives municipales,

    ainsi qu'à la Médiathèque municipale : 843.03  LIM.

  • Pour éclairer avec lucidité débats et controverses d'une actualité parfois brûlante :un "dico" de 1964 pages, paru ce mois-ci, mai 2013.

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    Ouvrage collectif, publié par les Presses universitaires de France, avec le soutien du Centre national du livre. Il comprend 540 articles de la main de 250 auteurs, sous la direction de Pierre-André Taguieff et d'un comité scientifique de douze membres.

    ISBN: 978-2-13-055057-0

    49 €

    Chez votre libraire classique.

  • Migrants et immigrés en Poitou-Charentes... Un nouvel ouvrage aux éditions Le Croît Vif

    Voici un livre susceptible d'intéresser bien de gens en Poitou-Charentes, comme ailleurs, tant il est avéré que nombre d'entre nous descendons de migrations plus ou moins éloignées dans l'espace et le temps. Des auteurs dont certains sont sur la photographie (merci monsieur le journaliste de la Nouvelle République du Centre-Ouest) ont consacré articles et illustrations à des exemples parfois familiaux mais à portée universelle. Ce sont des historiens, des sociologues, des ethnologues, des praticiens du milieu associatif, des journalistes aussi.

     

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     Migrants de l’intérieur, migrants de l’extérieur

    Ce rapprochement constitue l’originalité majeure de l’ouvrage. Il se révèle particulièrement fécond car l’analyse des migrations intérieures, généralement plus anciennes, permet de mieux comprendre le phénomène de l’immigration, au sens le plus commun du mot. Et vice-versa…
    Après un rappel des importantes remues des éleveurs vendéens, de l’arrivée des pêcheurs bretons ou des gemmeurs landoux, ne négligeant nullement les populations déplacées durant les guerres, tout particulièrement belges, ardennaises et mosellanes, l’ouvrage s’attache ensuite aux migrations des deux après-guerres (années 1920-1930 et 1950 à 1990). Périodes gourmandes en main-d’œuvre à cause du manque de bras dû à l’hécatombe de 1914 puis aux besoins de reconstruction et de modernisation du pays pendant les trente Glorieuses. Alimentées par des tensions politiques et surtout par des circuits d’embauche créés par les pouvoirs publics et le monde de l’entreprise, elles sont principalement représentées en Poitou-Charentes par des salariés agricoles, des manœuvres du bâtiment, des travaux publics et des carrières, puis par des ouvriers de l’industrie. Sans oublier les artisans et commerçants présents d’un bout à l’autre de cette histoire, sans négliger non plus la particularité de l’immigration britannique qui marque les années récentes…
    Italiens, Espagnols, Marocains, Portugais, pieds-noirs et harkis, Turcs, Africains et enfin Britanniques, le Poitou-Charentes n’est certes pas une grande région d’immigration (2,5% d’immigrés contre 5,3% au niveau national), mais on y retrouve les caractéristiques et les problématiques existant ailleurs : toutes les origines géographiques y sont représentées, l’intégration générationnelle y est de plus en plus rapide par rapport au début du XXe siècle, surtout au sein des familles migrant vers de petites villes ou en milieu rural, les quartiers difficiles y existent tout autant à partir des années 1990 à cause du développement du chômage et de leur mise à l’écart par les autorités locales, enfin les déchirements identitaires y trouvent leur écho, entretenu par des débats idéologiques sans grand fondement, alors que leur résolution s’effectue plutôt dans le for intérieur de chacun...

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    ©Cl. Jean-Louis Neveu (ca 1990)

     

     Ouvrage avec illustrations de 618 pages.

    Chez votre libraire classique:: 35 € TTC.

    ISBN :: 978-2-36199-388-7 

    ISSN :: 1140-3799

     

  • Modeste mais talentueux: Luc Turlan, auteur de B.D.

     

    Il a pour dessein les secrets du Poitou.

     

     

    Luc Turlan est né en 1958 dans le département du Jura. Il s'est installé dans le département de la Vienne après un passage en Normandie. Autodidacte, passionné de bandes dessinées, il en a adopté la graphie. Il a débuté à Rouen où après quelques essais dans la publicité, il illustre l'actualité pour un journal étudiant. Une incursion dans le monde de la bande dessinée l'amène à travailler comme assistant coloriste dans les éditions Delcourt. Il dessine d'ailleurs encore régulièrement des strips, petites bandes dessinées courtes et plutôt amusantes que l’on trouve généralement dans les pages ludiques de la presse quotidienne régionale, comme par exemple La cagouille, dans Centre-Presse, réalisée en collaboration entre Didier Quella-Guyot et Luc Turlan. En 2002, Lipokili, éditeur belge publie un de ses projets pour enfants, Saperlipopette, à l’intention des plus jeunes enfants, puis Sapristi. Il réalise encore un abécédaire pour les éditions Fleurus, L'Alphabet de l'Ecole.

     

    En septembre 2006, il publie le premier tome des aventures du clown Saxo, Saxo : Mandragore le Magicien aux Éditions P'tit Louis, puis en 2007 Mousse contre vents et marées chez Millefeuille. Une série, "Les amis de la ferme" est lancée chez Geste Éditions. Le héros central en est un baudet du Poitou nommé "Peluchon".

     

     

     

    Professeur des écoles dans un institut spécialisé, Luc n’apparaît que tout sourire, l’air, la silhouette de l’instit que chacun aurait un jour désiré avoir devant lui. Déjà, dès ses jeunes études, il se faisait remarquer de ses maîtres et de ses camarades de classe comme étant doué pour le dessin, disposition qu’il cultivera jusqu’au professionnalisme. Aujourd’hui, il se dit lui-même surpris que son œuvre, commencée sans prétention aucune, plaise autant à ses lecteurs. Nous pourrions l’éclairer là-dessus ; en effet tout en rondeurs, ses images douces au regard se lisent clairement, comme on lisait hier dans les classes de l’Hexagone, les célèbres images Rossignol, du nom de l’entreprise montmorillonnaise qui les produisait. Mais non seulement les dessins semblent s’inscrire dans une mémoire collective, mais ses textes paraissent couler de source, frappés de sagesse, de bon sens et d’humanité. Autrement dit tout chez Turlan est fait pour séduire, et ceci n’est pas donné à tout le monde. Il ne s’en plaint pas et fait rejaillir ce succès sur l’éditeur Geste, dont on sait qu’il est fils de l’U.P.C.P, qui lui « laisse une entière liberté », d’autant qu’il traite de cultures populaires et régionales.

     

     

     

    L’auteur-dessinateur au grand cœur

     

    Cochons, biquette, ânes, poney, sortis tout droit des traditions régionales d’ici ou d’ailleurs

     

    sont autant de personnages, héros des albums de Luc, qu’il a rassemblés dans une collection « Les Amis de la Ferme », publiée par  Geste éditions à La Crèche (Deux-Sèvres) et qui ravissent des milliers de jeunes lecteurs et quelques grands aussi. Ceux-ci s’engagent dans des aventures où l’entraide est règle d’or, la confiance toujours méritée, et les apparences généralement trompeuses. Ainsi, par exemple, Blackjack le cochon « au cul noir »  du Limousin voisin se désole et même est complexé   d’être obligé d’arborer ses fesses noires. Qu’à cela ne tienne, Crapoto, cochon du Poitou, par une astuce fort ingénieuse va transformer cette différence en grande mode. Une belle leçon  nous est ainsi offerte dans un monde où cultiver sa différence n’est pas toujours aisé.

     

    L’histoire du poney anglais Patchwork révèle beaucoup plus encore l’éthique et la sensibilité de l’auteur, et l’on ne peut qu’admirer le talent déployé par ce dessinateur aussi pédagogue. Qu’on en juge : Patchwork est récemment débarqué d’Angleterre et, comme d’autres de ses compatriotes, souhaite s’installer en France. Or, pour payer la traversée du Chanel, de la Manche, il a promis de travailler en échange du prix du billet de voyage. Hélas pour lui, ses nouveaux propriétaires, ses « patrons » l’exploitent injustement, tout comme son compagnon de galère, un petit singe qui doit faire le pitre en échange de sa pauvre pitance.

     

    Mais c’était sans compter sur « les amis de la ferme » qui vont se mettre en quatre pour venir à leur aide afin de leur procurer à chacun une meilleure place, plus confortable. Tandis que le petit singe émerveillé va découvrir à Romagne (Vienne) la Vallée des singes, Patchwork, lui, va s’associer aux autres animaux de la ferme. Ainsi le jeune lecteur va-t-il aborder la délicate question de l’injustice grossière du travail au noir ; et sera-t-il amené à saisir l’intérêt de l’étude des langues étrangères pour surmonter les obstacles entre les différents peuples. Ainsi, l’auteur-illustrateur, poitevin, d’adoption depuis une quinzaine d’années, double-t-il le pédagogue d’un rôle de médiateur interculturel et intergénérationnel à l’occasion de ses multiples interventions auprès des jeunes publics bédéphiles. Des messages simples destinés à contribuer à un meilleur vivre ensemble, tels sont les ingrédients de l’estime du lectorat de Luc et du succès éditorial de sa production qui d’ailleurs ne s’arrête pas là... On ne s’étonnera pas de l’entendre dire en confidence qu’il a « plein d’idées en tête pour de futurs albums ». Qu’on se le dise...

     

    Le patrimoine des régions en images

     

    L’originalité de la plume et du talent de l’instituteur-dessinateur est de mettre la région à l’honneur au travers de ses albums illustrés et on ne peut plus « sympas ». Au fil des récits et des aventures, nos animaux vont découvrir d’étonnantes techniques. Ainsi, Crapoto qui par maladresse a cassé un plat de porcelaine auquel la dame de la ferme tenait beaucoup, va entraîner ses amis dans une randonnée qui les conduira jusque dans l’atelier d’un porcelainier limougeaud qui refera un plat pour réparer la faute et compenser le manque créé par l’accident.

     

    La visite d’ateliers est aussi une méthode de Luc, littéralement ethnographique, pour s’imprégner de l’ambiance, des odeurs, des couleurs, mais aussi des techniques, des savoir faire et des tours de main. Ainsi, par exemple, de juin 2009 à Février 2010, le dessinateur s’est immergé dans l’entreprise montmorillonnaise Rannou-Métivier pour s’initier à la culture de la maison et à ses productions si célèbres de cette cité de la Vienne. C’est Crapoto le petit cochon, qui a voulu accompagner la biquette Cabriole, chercher un livre dans la Cité de l’écrit, va s’introduire dans une boutique où il découvrira le macaron... Mais au fait, qui a bien pu en voler la recette ?

     

    Le goût des secrets

     

    L’un des derniers ouvrages, Le Secret des macarons, a été présenté par l’éditeur Geste au public invité, au sein du saint des saints ! À Montmorillon, la Cité de l’écrit, et en présence de monsieur Yves Bouloux, le premier magistrat de la ville, sous-préfecture du Sud-Est de la Vienne. Mieux encore, et parce que secret il y a ( ?) dans le « musée », lieu de mémoire s’il en est un, de la maison Rannou-Métivier, où les deux co-directeurs, Lionel et Yann accueillaient leurs hôtes d’un jour, en compagnie de quelques anciens parmi la cinquantaine d’employés de la prestigieuse entreprise gourmande. Ainsi, au fil des 32 pages du petit album (que l’on peut acquérir dans les librairies, les maisons de la presse et dans six boutiques de Rannou-Métivier) le jeune lecteur va s’approprier près d’un siècle d’une tradition pâtissière emblématique de cette jolie ville baignée par la Gartempe et dont on sait qu’elle est aussi la ville natale de Régine Deforges. En effet, depuis neuf décennies, la recette du macaron a conquis non seulement la ville, mais le département et la Région, et aujourd’hui, bien au-delà.

     

    En outre, ajoutons que Luc Turlan a également collaboré avec l’auteur de la Bicyclette bleue sur des ouvrages à destination de la jeunesse, ce qui pour lui semble réellement une véritable vocation. Il illustrera ainsi La sorcière de Bouquinville, suivi des Mésaventures à Bouquinville, publiés aux Éditions Albin Michel.

     

     

     

     

     

    Bibliographie de Luc Turlan

     

    Blackjack le cul noir du Limousin, La Crèche, Geste éditions, 2009

    Cabriole, la biquette du 1oitou, La Crèche, Geste éditions, 2007

    Crapoto et le broyé du Poitou, La Crèche, Geste éditions, 2008

    Dandy l’âne culotte, La Crèche, Geste éditions, 2008

    Les Bavards, en collaboration avec Didier Quella-Guyot, La Crèche, Geste éditions, 2009

    Le Secret des macarons, La Crèche, Geste éditions, 2010

    Patchwork, un anglais à la ferme, La Crèche, Geste éditions, 2009

    Peluchon, le baudet du Poitou, La Crèche, Geste éditions, février 2007

    Peluchon et le mystère de Ford Boyard, La Crèche, Geste éditions, 2009

    ...et encore des ouvrages en collaboration avec Jean-Jacques Chevrier, Régine Desforges, Didier Quella-Guyot.

    Et pour les navigateurs qui croisent sur Internet, on peut retrouver ce talentueux créateur à l’adresse URL : http://turlan.over-blog.com

     

     Michel Valière

     

  • Un républicain promoteur des traditions populaires : Paul SÉBILLOT (1843-1918)

    Viennent de paraître les  actes du colloque de Fougères, 9-11 octobre 2008, consacré au prestigieux folkloriste Paul Sébillot   (sous la direction de Fañch POSTIC).

     

    Originaire de Matignon (22), Paul Sébillot (1843-1918) abandonne la perspective d’une carrière juridique, pour s’engager dans la peinture. Critique d’art et peintre paysagiste, il expose dans différents salons, mais vers 1880, il décide de se consacrer à la collecte de la littérature orale de la Haute-Bretagne ; auteur d’une moisson d’une abondance et d’une qualité rares, il devient non seulement l’un des folkloristes français les plus en vue, mais joue au plan national et international un rôle de premier ordre pour l’étude et la promotion des traditions populaires : il élabore des outils (bibliographiques, questionnaires, guides d’enquêtes…), publie des synthèses, lance en 1881 « Les littératures populaires de toutes les nations », l’une des grandes collections d’ouvrages de littérature orale, organise les premiers congrès internationaux de folklore. Il est en outre à l’origine, en 1886, de la création de la Société des Traditions populaires et de la Revue du même nom qu’il anime pendant plus de trente ans.

    Le présent ouvrage, publié par le Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UBO – Brest) en collaboration avec le Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture (LAHIC) – (Paris) et l’association La Granjagoul – Maison du Patrimoine Oral en Haute-Bretagne – (Parcé, 35), est l’occasion d’évoquer les multiples facettes de ce républicain convaincu, et d’aborder le contexte intellectuel et politique dans lequel se situe son œuvre ainsi que les nombreux réseaux régionaux, nationaux, voire internationaux dans lesquels elle s’intègre. Cette publication vient combler une lacune et réparer une injustice, car, curieusement, peu de travaux ont été consacrés au travailleur infatigable que fut Paul Sébillot.

     

    Fañch POSTIC – Paul Sébillot, biographie lacunaire d’une personnalité aux multiples facettes

     

    LE RÉPUBLICAIN

    Laurent LE GALL – La République en filigrane. Idéologie républicaine et folklorisme chez Paul Sébillot

    David HOPKIN – Paul Sébillot et les légendes locales : des sources pour une histoire « démocratique » ?

     

     

    L’HOMME DE RÉSEAUX

    Claudie VOISENAT – Un laboratoire du folklore matérialiste : Paul Sébillot à la Société d’anthropologie de Paris (1878-1918)

    Claudine GAUTHIER – Paul Sébillot et les philologues : de l’usage de la philologie en folklore

    Jean BALCOU – Sébillot, Renan et les dîners celtiques

    Guy BASSET – Du folklore partagé : les relations Paul Sébillot – René Basset et l’aventure de la Revue des Traditions populaires

     

    LE BRETON

    Jérôme CUCARULL – La représentation de la Bretagne chez Sébillot : un insaisissable portrait

    Joëlle EDON-LE GOFF – La Bretagne enchantée (1899) : un exemple de poésie mythographique

    Denise DELOUCHE – Paul Sébillot, peintre et témoin de la peinture des années 1860 à 1880

    Fañch BROUDIC – La limite Sébillot : un arrêt sur image

     

    LE FOLKLORISTE ET SON TERRAIN BRETON

    Fañch POSTIC – Paul Sébillot : le folkloriste et son terrain breton

    Daniel GIRAUDON – Paul Sébillot, un face-à-face avec les folkloristes de Basse-Bretagne

     

    EN GUISE DE CONCLUSION

    Jean-Marie PRIVAT – Les fées sont têtues

     

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    Renseignements pratiques :

    Centre de Recherche Bretonne et Celtique – UBO, Brest

    Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture – Paris

    Association La Granjagoul, Maison du Patrimoine Oral en Haute-Bretagne - Parcé

     

    Prix de vente des actes : 20 €  (franco de port) – 16x24 – 275 p.  ISBN 978-2-901737-86-5

     

    payable par chèque à l’ordre de M. l’Agent comptable de l’Université de Bretagne Occidentale, à retourner au :

     

    Centre de Recherche Bretonne et Celtique – Faculté des Lettres Victor-Segalen

    CS 93837 – 29238 BREST Cedex 3 –  02.98.01.63.31 – Fax  02.98.01.63.93 – crbc@univ-brest.fr

  • Vous auriez souhaité ...un renseignement sur un article ou un ouvrage cité en bio-bibliographie :


    Contact par mel :


    michelvaliere@orange.fr


    Par poste :


    Association ARPE, 22 avenue d'Oradour-sur-Glane, 87200 Saint-Junien.

  • La Forêt de Moulière, Maurice Fombeure et les arbres. L'itinéraire d'un poète

    « Il portait sur sa lourde épaule
    Sa destinée comme un oiseau
    Maintenant il dort sous les saules
    En écoutant le bruit des eaux. »

    Telle est rédigée, de sa main, l’épitaphe qui a été gravée sur la tombe de Maurice Fombeure à Bonneuil-Matours. Décédé le 1er janvier 1981, il était né le dimanche 23 septembre 1906, à Jardres (Vienne), à la Rue, un hameau de deux feux, où tous les habitants étaient parents et alliés entre eux. Dans l’un des deux, son grand-père y avait été longtemps avec un statut de métayer, et il y était mort. Il eut pour père, décédé en 1956, Louis, un scieur de bois, « républicain comme on n’en fait plus ! », et « qui aimait le bois pour le bois, pour ses copeaux de miel, son écorce à bateaux, sa poussière d’or » (J. Rousselot , 1957, p. 27).
    Maurice Fombeure a passé son enfance à Ogeron, village de la commune de Bonneuil-Matours. Son père, « grand forestier », artisan et élu prud’homme en fut, pendant un temps, le maire. La petite bourgade poitevine honore aujourd’hui le nom de l’homme de lettres qu’elle a attribué à son Centre culturel-bibliothèque . Ne se définissait-il pas d’ailleurs lui-même comme « poète de lecture publique » !
    Dès qu’il put marcher, il commença, sous la conduite d’un arrière grand-père maternel, « grand-père de la pêche, grand-père de la chasse », d’explorer la forêt de Moulière, où, l’hiver, « les arbres nus oscillaient, s’arrêtaient, repartaient », où « grelottait au fond de l’allée, une petite étoile seule », et où les arbres ressemblaient, à « des statues ivres ou des sentinelles endormies ». Le voilà gardeur d’oies, de vaches, dénicheur d’oiseaux et... de proverbes anciens. On le retrouvera, plus tard, jongleur de mots, énivré jusqu’à la réplétion de termes rares, précieux, prestigieux, lourds d’histoire, forgeron de lexèmes inutilement et malheureusement absents de nos trésors linguistiques.

    Après des études au Collège de Châtellerault, à l’École Normale, et à la Faculté des lettres de Poitiers où il habita près de la place de la Liberté, rue Cloche-Perse, il rejoignit l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud (1929-1931). Après un service militaire sans zèle, le caporal Fombeure, « Sergent de réserve » accomplira une carrière d’enseignant qui le conduira de l’École Normale des Vosges, à Mirecourt (la célèbre ville des luthiers), en Arras, avant d’échouer à Paris, pour s’y fixer à partir de 1937, non sans avoir été mobilisé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, comment tant d’autres jeunes hommes.
    Là, familier de Saint-Germain-des-Prés, il devait animer une « clique bruyante de poètes », à la brasserie Lipp, jusqu’en 1957. La vie littéraire l’amusait comme on peut s’amuser de ce qui ne paraissait pas trop sérieux à ses « yeux de paysan, de forestier d’homme de la terre pour qui comptent seulement la réalité de la sève et de la glèbe ». Il termina sa vie en Poitou, où il m’a été donné de le rencontrer, et de m’entretenir avec lui, à l’occasion d’un « cabaret poitevin » avec les Piboliens de la Mothe-Saint-Héray (79), autour des deux frères, André et Maurice Pacher qui avaient mis en musique et interprétaient avec brio quelques-unes de ses « chansons ».
    Poète reconnu et apprécié, il s’est tenu à distance du surréalisme qu’il ne condamnait pas, mais dont il n’ignorait aucun des arcanes. Paul Claudel écrivit à son sujet :

    « Je n’ai rien lu depuis Verlaine qui me fasse autant plaisir. Il parle français… La veine de Villon et de Charles d’Orléans. »

    Nouvelliste, romancier, il s’acharnera « à gratter son incurable terre, son incurable enfance » (J. Rousselot, 1957, p. 26), jamais guéri de la perte de sa mère, Juliette Daillet, morte treize jours après l’avoir mis au monde, et des multiples difficultés liées à sa mise en nourrice où il faillit mourir plusieurs fois. C’est vraisemblablement la raison fondamentale du « retour constant de Fombeure à ses forêts, à sa rivière, à son village » (J. Rousselot,1957, p. 26). Dès qu’il le peut, il revient à la scierie paternelle, vers les sous-bois humides, riches en grenouilles « aux yeux cerclés d’or ». Il y reviendra définitivement. Éternellement.
    ( NDLR : En fait, selon une information qui nous a été transmise le 19 juillet 2008 par une de ses nièce que nous remercions vivement), Maurice Fombeure n'a pas passé ses dernières années en Poitou mais a été hospitalisé au centre MGEN de La Verrière.)

    En flanant à travers son œuvre poétique :

    Arbres, cavaliers arbres dont la tête heurte les vents
    Il passe au galop sous vos vertes ombres
    Celui que mon cœur appelle souvent

    (À dos d’oiseau , p. 54).

    C’est sous les arbres que le poète cherche et attend l’éternelle amour, celui des vieilles chansons, celui des amours fanées, mais sans trahisons. S’agit-il d’une belle « qui n’a pas d’amoureux /Pour lacer sa chemise », il la campe, esseulée, « sous un pêcher en fleur », qui « entend la neige /qui tombe dans son cœur ». « Loin de la ville lasse » le poète invite encore à aller « voir neiger les amandiers / Dans le petit froid de l’aurore ». Fombeure, le poète d’Une forêt de charme (Gallimard, 1955), amoureux et passionné des arbres, de l’herbe, de la neige, des oiseaux, a le don de se représenter la nature et les hommes sur « un monde allégorique, vaguement halluciné, à la fois poétique, savoureux et caricatural (J. Rousselot,1957, p. 42). Il cisèle des tableaux qui ne sont pas sans rappeler, à quatre siècles près, les scènes flamandes d’un jeune Pieter Bruegel, avec des tâcherons maigres et des fermiers gras, des fagotiers aux doigts gourds, et des « assemblées » poitevines qui peuvent rivaliser avec les kermesses flamandes débridées et fort bien arrosées de pintes de boissons indigènes.
    L’eau-de-vie de Sylvain Massé lui restera longtemps en mémoire, « fantôme de ses années » qui lui révèle « le pays dans la bouche,
    Et la vigne des Hauts, ses pierres à fusil,
    Ses grives percutant le silence attiédi
    À l’orée des forêts le cerf haut et farouche,
    Le cerf ennuagé de mouches aux ramures de noir persil. »

    L’Automne de hautes lisses lui rappelle « la saison des veilleuses(=synonyme de colchique.) lorsque l’on brûle les fanes ( feuilles sèches tombées des arbres) en bordure des forêts » :

    Innocence des campagnes
    Et des grands bois dépouillés
    Les piqueurs déverrouillés
    Brandouillent des cors de chasse,

    La meute s’essouffle, jappe
    Dans les combes, les halliers.
    L’arroi lent des peupliers
    S’effile au fond de l’espace.

    L’Automne est pour lui « la saison de l’ancolie ( Renonculacée à cinq pétales, nommée aussi « gant de Notre-Dame ») où son cœur « se fond d’amertume », parce que « les bois, les taillis sont nus ». C’est un thème plusieurs fois traité, où, « Sous le frais sourire des aulnes, / on chuchote dans les roseaux ». (À dos d’oiseau p. 208)

    Dans le poème, intitulé Naïf, il se joue des arbres :

    Je stipule, /dit le roi (reine, dauphin, infante, fou), que les grelots de ma mule/ seront des grelots de bois (frêne, sapin, palissandre, houx)// Mais, quand on appela le menuisier,/ Il n’avait que du merisier.

    Mais, point de pensée ludique, lorsque, dans Les Moulins de la parole (Éd. La Hune, Lille, 1936), il personnifie les arbres dans un poème émouvant intitulé justement Arbres. Non plus dans le recueil D’amour et d’aventure (Éd. Debresse, 1942), lorsqu’il écrit Pluie du soir :

    Dans la maison du garde-chasse,
    Des jours sans jeux, des jours sans dieux.
    J’écoute pleuvoir dans les feuilles ;
    La forêt goutte, goutte à goutte,
    Lentement la forêt s’effeuille
    Broutement de l’illimité…

    Ou encore dans son poème Paysages intérieurs :

    J’écoute dans le vent gémir un noir cyprès
    D’un seul jet, long venu comme une torche d’ombre,
    Je suis loin de la vie si les hommes sont près
    Mais toujours leur commerce a le goût de la cendre.


    Poète riche d’une mythologie poitevine lentement instillée dans sa petite enfance par ses aïeux nourriciers, il réenchante le monde : les arbres sont « irrités », « gémissent ». Au-dessus des arbres de la forêt familière, tandis que « dans ces nuits maléficiées » s’affairent les braconniers, et que « le garde-forestier fume dans sa maison verte » cavalcadent le loup-garou, la mythique Chasse Gallery, la Chasse galopine, ou la Chasse d’Abram. Il s’en passe des choses pendant que vous dormez… :

    Les buissons dansent sous la lune/Où l’églantier se tend la main./Des forêts, il n’en est pas une /Qui soit telle le lendemain.

    Il évoque encore La Licorne, « cette putain borgne » qui « fait du mal aux régiments/Qui traversent les Solognes/La forêt de Bragadran ». Ses morts, familiers qu’il a aimés et qui reposent « au cimetière où flûtent les cyprès », peuplent aussi ses poèmes. Ses ancêtres paisibles continuent de pousser « parmi les arbres verts ». Il fait sienne cette idée, d’inspiration New Age, d’une probable métempsychose ascendante, d’un cheminement (platonicien ?) de l’âme gravissant des sommets vers son origine céleste.

    Dans Les Étoiles brûlées (Paris, Gallimard, 1950), le poème Forêts condense à lui seul son amour passionnel, fusionnel pour sa forêt d’élection. Aussi, comprendra-t-on que je laisse au lecteur le soin et le bonheur de le découvrir, sur les rayons des bibliothèques, dans l’anthologie Seghers 57 qui lui a été consacrée, aux pages 159 à 160.

    En parcourant sa prose narrative… riche en descriptions ethnographiques.

    Sous couvert d’humour, la plupart des nouvelles (Manille coinchée , Le Vin de la Haumuche ) ainsi que des romans de l’auteur de Ceux des Pays d’Ouest sont à caractère autobiographique. N’y sont épargnés ni dates, ni patronymes (Soldat ; Les Godillots sont lourds ; La Rivière aux oies ). Ce troisième ouvrage, écrit à l’âge de vingt-quatre ans, (terminé en février 1930, à Saint-Cloud), prolonge son enfance douloureuse et son adolescence terrienne « Mon village ô mon village / Ce soir viens à mon secours... »). Quant à sa créativité d’écrivain, il ne souhaite la reconnaître d’aucune école, si ce n’est de celle de l’enfant qu’il fut, de ses parents et grands-parents : « J’éprouve à confesser ainsi les animaux qui m’ont entouré, les arbres qui m’ont rafraîchi, et les gens qui m’ont aimé, une tristesse douce ».
    Le troisième chapitre de La Rivière aux oies est justement consacré à l’évocation de la Forêt de Moulière. Il le dédiera à son « père qui a passé sa vie à la parcourir », avec en sus, en exergue : « O forêts mortes délirantes »… Et, au fil des chapitres des divers ouvrages, traversés de dits et de légendes, de gloser la vie en forêt, avec les loups, « mauvais compagnons », la cynégétique, la louveterie. Ces récits sur les loups, que l’on rencontre souvent ailleurs, et « qui appartiennent, pour la plupart, au vieux fond national » s’adaptent, ici, à une culture locale et familiale. Il évoque les battues au sanglier, la chasse à courre « noble passe-temps qui ne manque pas de grandeur », ajoutant, de la part d’un chroniqueur tiers : « des bêtes qui courent après une bête », le braconnage au cerf, aux sauvagines et au chevreuil. Fombeure rappelle le droit de pâture dans la forêt, privilège du « brigadier forestier ».
    Il aborde la micro-toponymie, plus ou moins motivée (au sens linguistique). Il égrène villages, hameaux, recoins et autres lieux-dits : Le Grand Saint-Hubert (un rendez-vous de chasse), Les Écuries du Roi, « un des plus beaux recoins de la forêt, une combe verte aux versants très doux », le fonds de Saint-Rome, Jappe-loup, La Fosse aux Canes, Le Gâchet de Villiers. Il n’oublie pas de citer encore le chêne au Cocu, La Fontaine Douce, Le Bois de la Fontaine, Les Quatre Chemins, Le Grand Soubis, Les Deux Bornes, Les Jolis, Le Plan des Esses, Les Closures, Le Pas-Peloton, Le Marchais-Plat, le Pinaille (ou Pinacle), un « paysage désolé », « désert de brandes, d’ajoncs et de bruyères ». Et puis, la Tombe à l’Enfant, autour de laquelle on risque de voir « le diable en train de faire danser les loups rouges ».
    À leur sujet, le jeune Fombeure s’autorise à écrire :

    « Il y a des noms étranges dans cette forêt. Nul ne sait d’où ils viennent. Parlez-en à mon père et vous verrez naître un sourire heureux dans sa barbe. C’est qu’il aime cette forêt. Il y passe sa vie guêtré, un décamètre à la main ou la petite hachette pour marquer les arbres à son chiffre ».

    Il exprime aussi une pensée pour les bûcherons, les scieurs de long à la « langue énergique et brève », et plus généralement, pour les habitants des pourtours, de Boirie, de la Folie, de Bignoux, d’Ogeron, de La Foi, de La Biolière et de La Logerie, tous, ou presque affublés de sobriquets, attentifs on ne peut plus à « tous les murmures du vent et des feuilles ». Il les situe sociologiquement comme « à demi-ruraux, à demi-forestiers et aux trois-quarts braconniers » (cf. Pagnol, Marius) et… craintifs des pandores de l’endroit, on devine pourquoi !
    Nostalgique, il écrit :

    « Il y a du sang dans la forêt et tant et tant de souvenirs. Le roi. La Révolution. Tout est caché là, tout est secret. Rien que des chênes et des sapins gémissants, des ronces aux mûres aigres et des fougères de rosée. Des étangs noirs comme des miroirs sans lumière avec trop de feuilles qui pourrissent au fond ».

    Enfin, il déplore :

    « Personne ne sait plus la grande légende de la forêt. Ceux qui la savaient sont morts et les vieux ne disent plus rien. » ( p. 29)

    À son corps défendant, ne nous invite-t-il pas à nous « immerger » dans la forêt domaniale (depuis le Moyen-Âge) de Moulière, ou un roi de France a même signé deux chartes… Qu’on ne s’étonne pas alors si à l’énoncé d’un éventuel projet de recherche envisagé sur ce territoire forestier, XX a qualifié - d’un cri du cœur ! - cette forêt de « sélect », « bien nettoyée, bien propre, apprêtée pour les bourgeois et les aristos de Poitiers », et qui n’est donc pas « une forêt sauvage », autrement dit peu susceptible de retenir l’attention de chercheurs de sciences humaines.
    Chacun, naturellement, gèrera ses souvenirs à sa manière : XX ceux de ses jeunes années d’études à Poitiers, Fombeure, lui, ceux d’une enfance entre La Varenne, La Haumuche, et Moulière, cristallisée en 1930, dans La Rivière aux oies. Mais, en 2004, 2005, 2006, quel imaginaire poétique, économique, scientifique, projeter encore, sur des lieux que l’on devine toujours hantés d’êtres fantomatiques qui gravitent autour d’« une scierie où les hommes sifflent, chantent et bavardent toute la sainte journée », tandis que « la scie hurle et ronfle, s’arrête, repart » ?
    Dans la nuit profonde, un lourd convoi, traînant ses bruits et ses lanternes s’enfonce dans la forêt des souvenirs et des silences…

    Notes:

    Texte de Michel Valière, publié dans AGUIAINE, Revue de la SEFCO, n° 247 Mars-avril 2005, p.3-11.

    Une communication de la première version de ce texte, aujourd’hui remanié, a été effectuée le vendredi 8 mars 2002 au séminaire mensuel du laboratoire LARESCO-ICOTEM, à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société (MSHS) de l’université de Poitiers, en guise d’avant-propos au lancement d’une thématique de recherche sur le thème général « Forêt et territoire », et qui fut suivi d'une reconnaissance du terrain.

    ROUSSELOT Jean (1957), Maurice Fombeure, Paris, Seghers, 223 p.
    FOMBEURE Maurice (1971), À dos d’oiseau, Paris, Gallimard, 251 p. [1ère éd. 1945]
    FOMBEURE Maurice (1989), Manille coinchée, s.l., UPCP, 197 p. [1 ère éd. 1948]
    FOMBEURE Maurice (1989), Le Vin de la Haumuche : nouvelles s.l., UPCP, 214 p. [1 ère éd. 1952].
    FOMBEURE Maurice (1943), Ceux des Pays d’Ouest, Paris, Horizons de France, 141 p.
    FOMBEURE Maurice (1932), La Rivière aux oies, Paris, Rieder, 240 p.

  • Bibliographies en ligne (socio & ethno)

    Notre ami et collègue Dominique Blanc de Toulouse, que nous remercions vivement, nous a fait parvenir cette note que nous subodorons utile pour quelques Belvertiens "aficionados" :

    Un chercheur allemand l'a fait !
    Bibliographie complète en ligne (y compris la traduction d'un texte en latin de Leibniz par Bourdieu qui constituait sa maîtrise!), avec toutes les traductions et rééditions, de nombreux résumés et quelques textes intégraux de trois grands auteurs disparus :

    Pierre BOURDIEU :

    www.iwp.uni-linz.ac.at/lxe/sektktf/bb/hyperbourdieu.html



    Norbert ELIAS :

    www.kuwi.uni-linz.ac.at/hyperelias/z-elias/startfr.htm>



    Clifford GEERTZ :

    hypergeertz.jku.at/Geertzstartfr.htm>




    Bonnes lectures (quelques notions de langue allemande pourront s'avérer utiles) !

  • Belvert en fête

    Oui, aujourd'hui, Belvert était en fête ! Et c'est tant mieux...
    Nous y avons associé, par la pensée nos visiteurs les plus fidèles.

    Bonne nuit. Une ère nouvelle s'annonce.