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Montmorillonnais

  • PROGRAMME HORAIRE/ 2-5 OCTOBRE 2014 DOMAINE FORGET À SAINT-IRÉNÉE, QUÉBEC (CANADA)

     

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    En 1914, l’anthropologue Marius Barbeau (1883-1969), jusqu’alors voué à l’étude des autochtones de l’est du Canada, commence à s’intéresser aux traditions orales des populations françaises du Québec et du Canada. La région de Charlevoix constitue un des premiers lieux d’enquête sur le terrain du chercheur. Ce tournant devait s’avérer marquant pour l’institution des études en ethnologie du Canada français. Aussi, le colloque, qui se tiendra au Domaine Forget de Saint-Irénée, au cœur même de la région de Charlevoix, est-il l’occasion de souligner ce centenaire et de mesurer le chemin parcouru par ce pionnier. L’impact qu’il eut sur l’évolution de ce champ de recherche, notamment sur les régions privilégiées et sa reconnaissance en milieu universitaire, est aussi à l’ordre du jour.

     

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     LE JEUDI 2 OCTOBRE 2014

    18h00-19h00: Accueil 19h-20h: Mot de bienvenue
    Orientations du colloque (30e Société d’histoire de Charlevoix, exposition) Allocution d’ouverture Serge Gauthier Marius Barbeau. Été 1916 Vins et fromages
    LE VENDREDI 3 OCTOBRE 2014
    8h30-10h00: PREMIÈRE SÉANCE : TERRAIN ET TERRITOIRE – LE PAYS DES GOURGANES
    Serge Gauthier Charlevoix est-il un pays enchanté pour Marius Barbeau ? Christian Harvey Cartographie des terrains et méthode d’enquête de Marius Barbeau dans Charlevoix (1916-1940). Jean-Benoît Guérin-Dubé Des porteurs de tradition orale : les Morneau de Baie-des- Rochers
    10h00-10h30: Pause 10h30-12h00: DEUXIÈME SÉANCE : TERRAIN ET TERRITOIRE – BARBEAU ET L’ORALITÉ
    Aurélien Boivin Le Saguenay légendaire : un hommage aux humbles habitants Bertrand Bergeron Territoire et terrain Amelia Elena Apetrei Barbeau et les contes: une perspective littéraire Ronald Labelle «Une fois, il y avait un jeune ethnologue...»
    12h00-13h00: Dîner en commun 13h00-14h30 : TROISIÈME SÉANCE : BARBEAU ET L’ORALITÉ: LA CHANSON
    Marcel Bénéteau Marius Barbeau et la chanson traditionnelle française Louis-Martin Savard Joseph-Thomas LeBlanc et le « romancero acadien » Jean-Pierre Pichette Le Romancero du Canada : une synthèse à la croisée des chemins
    14h30-15h00 : Pause

    15h00-16h30: QUATRIÈME SÉANCE : BARBEAU, PROMOTEUR DE LA TRADITION
    Diane Joly La correspondance Édouard-ZotiqueMassicotte – Marius Barbeau : un dialogue dynamique autour du folklore Danielle Martineau La collaboration entre Adélard Lambert et Marius Barbeau Pierre Chartrand Marius Barbeau et la danse
    16h30-18h00: CINQUIÈME SÉANCE : TABLE RONDE I – NOS TRADITIONS À L’UNIVER- SITÉ
    Participants : Jean-Pierre Pichette («Nos traditions à l’Université», Université Sainte- Anne), Marcel Bénéteau (Les quarante ans du programme d’ethnologie, Université de Sudbury), Laurier Turgeon (L’enseignement de l’ethnologie à l’Université Laval de Bar- beau à aujourd’hui), Philippe Dubois (L’ethnologie à l’Université Laval : une tradition d’innovation en constante évolution), Jean-François Simon (L’ethnologie au Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Brest)
    19h00: Barbecue aux Écuries du Domaine Forget Présentation du film: Jean Simard Marius Barbeau et le folklore canadien-français (ONF, 1959)
    LE SAMEDI 4 OCTOBRE 2014
    8h30-10h00 SIXIÈME SÉANCE : MUSÉES, MUSÉOLOGIE, ARCHIVES
    Marilie Labonté De la sauvegarde du patrimoine à la muséologie : Marius Barbeau Vanessa Ferey Les travaux de Marius Barbeau au sein du Musée de l’Homme de Paris Louise Lalonger Dévoiler la couleur : rencontre de la tradition orale et de l'analyse scientifique
    Benoît Thériault Les archives de Marius Barbeau, une richesse à découvrir ou à redé-
    couvrir
    10h00-10h30 : Pause 10h30-12h00 SEPTIÈME SÉANCE : FORMATION ET STATUT DU CHERCHEUR
    Jocelyn Gadbois Marius Barbeau chez les évolutionnistes (1907-1914) Marlène Belly Marius Barbeau, Patrice Coirault : de démarches pionnières en voies/voix de maîtres Fañch Postic et Jean-François Simon Du folklore à l’ethnologie : « Traditions populaires » et projet universitaire en Bretagne ; (Michel Valière et) Michèle Gardré-Valière : Marius Barbeau, Le Rossignol y chante, et nous, et nous...
    12h00-13h00: Dîner en commun 13h00-14h30: HUITIÈME SÉANCE : TABLE RONDE II – L’APPORT DE BARBEAU AUX ARTS RELIGIEUX ET POPULAIRES
    Participants : Jean Simard (Depuis l’île d’Orléans, Marius Barbeau découvre l’art reli- gieux du Québec), Anne-Marie Poulin (Le « boutonné » de Charlevoix : pertinence d’une découverte), Richard Dubé (Recherche ethnographique d’aujourd’hui, méthodes et défis) et Jean-François Blanchette (Marius Barbeau et l’authenticité de la tradition en art populaire)

    14h30-15h00: Pause 15h00-16h00: NEUVIÈME SÉANCE : INFLUENCES DIVERSES
    Virgil Benoit La conception du bonheur dans la diaspora québécoise Marc-André Fortin La traduction de « The Downfall of Temlaham » : retours transculturels Laurier Turgeon L’inventorisation du patrimoine immatériel au Québec de Marius Bar- beau à nos jours
    16h00-17h30: DIXIÈME SÉANCE : TABLE RONDE III – BARBEAU ET LE TERRAIN : UN EXEMPLE POUR DEMAIN ? QU’EN PENSENT LES CHERCHEURS D’AUJOURD’HUI?
    Participants : Benoît Thériault, Christian Harvey, Jocelyn Gadbois, Pascal Huot 19h00-19h30: Lancement d’ouvrages en ethnologie et sur Charlevoix 19h30- 21h30: Banquet
    Repas du terroir de Charlevoix: Au pays des gourganes Allocution de clôture Jean-Pierre Pichette Barbeau : au-delà du souvenir Animation
    Chansons de tradition orale: Danielle Martineau et Guillaume Savard
    LE DIMANCHE 5 OCTOBRE 2014
    10h00-14h00: Excursion sur le traces des enquêtes de Marius Barbeau (Repas inclus au Relais des Hautes-Gorges ) 14h00 : Retour et fin du colloque
    Du 2 au 5 octobre 2014 Domaine Forget de Charlevoix, Saint-Irénée (Québec)
    FICHE D’INSCRIPTION
    NOM:__________________________________________________________________ ADRESSE: ______________________________________________________________ VILLE:______________________________CODE POSTAL:______________________ TÉLÉPHONE: (    )______________________________________________________ COURRIEL:______________________________________________________________
    INSCRIPTION COMPLÈTE (125$)
    Toutes les séances, repas du midi (3-4 octobre) et excursion-repas (5 octobre)
    INSCRIPTION SANS EXCURSION (100$)
    DEUX MODES DE PAIEMENT:
    1) Par chèque: à l’ordre de Société d’histoire de Charlevoix 156, de l’Église La Malbaie (Québec) G5A 1R4 2) Directement en ligne: www.shistoirecharlevoix.com (onglet colloque)
    POUR PLUS D’INFORMATIONS:
    Téléphone: (418) 665-8159 Courriel: shdc@sympatico.ca Site Web: www.shistoirecharlevoix.com

  • Le Cahier n°3 des "Balades culturelles dans la mémoire" autour de Gençay est bien paru en décembre... Et qu'on se le dise !

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    De la fin du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, l'administration n'aura de cesse d'accroître les échanges entre le Poitou et le Limousin ainsi que le Périgord. Gençay se trouve traversé par les voies Poitiers-Confolens et Poitiers-Ruffec. A cela s'adjoint des traverses secondaires en direction de Montmorillon, Chauvigny, Couhé, Lusignan...

    Mais tout cemaillage ne va pas sans ses luttes d'influence, ses difficultés financières... sans oublier les accidents de la circulation plus ou moins dramatiques.

    Jean-Jacques et Pierre Chevrier, Henri Donzaud, à partir d'archives et d'observations de cartes et du terrain  évoquent le cheminement de la mise en place du "nœud routier" de Gençay, chef-lieu de canton, (aujourd'hui en voie de restructuration, mais c'est une nouvelle histoire à conter un jour !).

    Centre Culturel-La Marchoise

    tél. 05 49 59 32 68

    contact@cc-lamarchoise.com

    10 €

    ISBN 978-2-9543946-2-6

  • Sur quelques noms de coiffes anciennes du Centre-Ouest

    Cœurs, caillons ou pantines

    Approche ethnolinguistique des coiffes féminines dans le Centre-Ouest de la France

    Lors de notre toute première enquête ethnographique dans un petit village du Haut-Poitou, au cours de l’automne 1965, nous avons pu entendre Marguerite, une dame d’un âge, à l'époque, fort avancé – nous sembla-t-il alors ! – chanter une ronde dansée qui lui paraissait si niaise qu’elle n’entrevoyait surtout pas l’intérêt de la recueillir ou de la reconstituer, encore moins de l'enregistrer ! Elle commençait ainsi :

    La mère Fanchette qu’arrive,

    La mère Fanchette qu’arrive,

    Avec son caillon

    Lirelirelirelon

    Avec son caillon,

    Lirelon…

    Entrons-y dans la danse… Etc…

    Pourtant c’est ainsi que nous découvrîmes pour la première fois ce petit mot de caillon, que nous avons (ultérieurement et sous d’autres plumes) trouvé noté cayon, pour désigner un couvre-chef rural féminin, dit aussi coiffe ou coefi  dau Poetou. Notre quête de la culture orale sur ce territoire allait se prolonger par une curiosité illimitée sur la culture matérielle, mais aussi et surtout sur l’immatérielle, ce premier petit texte actualisant ces deux volets : chanson, danse, ronde, jeu d’enfant, mais aussi costume et coiffe en particulier. Autant dire que ce banal « appeau » allait nous prendre au piège pour une vie entière. Mais, parlons plutôt « chiffons », disons coiffes !

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    Portrait de femme coiffée d’un caillon sur fond matelassé du Gencéen. © Tous droits réservés.

    Tout le Grand Ouest, du Pays de Caux à l’Aquitaine, a su développer du XIXe siècle jusqu’aux premières décennies du XXe une lingerie spécifique en matière de création et d’entretien de coiffes féminines, prisées dans les milieux ruraux. Les cartophiles, comme les familiers des festivals de folklore savent reconnaître, distinguer et nommer une belle et riche cauchoise normande d’une pimpante sablaise vendéenne, ou d’une austère et monumentale bigouden, souvent considérée comme emblématique de la Bretagne elle-même. Quant à la mothaise qui n’a rien à envier aux hennins des dames de jadis, elle le dispute en élégance  à ses voisines, la malvina de Ménigoute (Deux-Sèvres)  et les pantines de Neuville et Mirebeau (Vienne). Ce patrimoine vestimentaire d’essence féminine est aujourd’hui sous la sauvegarde de Musées de France dont le MUCEM à Paris et ceux de Niort, Châtellerault, Poitiers, Saintes, Thouars. Des musées locaux, associatifs, publics ou privés, grâce à la passion de collectionneurs, présentent régulièrement leurs « trésors » ou lors de manifestations spécifiques qui connaissent de belles affluences. Il en va ainsi à Airvault, Souvigné, Javarzay, Ménigoute, Mauléon, Parthenay, ou encore à Champniers (Musée du Vieux Cormenier à Chez Bernardeau), Cherves, Chauvigny, Loudun, Montmorillon… Ajoutons que plusieurs sites sur la toile présentent des photographies de collections ainsi que des données historiques, descriptives et techniques en matière de restauration des coiffes anciennes.

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    Costume féminin mothais. © Cl. Meyer,tous droits réservés. Paris, 1893. Collection particulière.

    La région du Poitou, des départements de Charente et Charente-Maritime, ainsi que les confins du Berry et du Limousin à l’est, les rives sud de la Loire et nord de la Garonne disposent d’une carte (rééditée en 1923) des aires ethnographiques concernant les coiffes paysannes. Elle fut  dressée et exposée à l’occasion du Congrès de Niort[1] en 1896. Son auteur, Henri Gelin (1849-1923), éminent folkloriste, justifiait son choix méthodologique avec des arguments relevant du postulat de l’École diffusionniste[2] que remettra en vigueur Arnold Van Gennep sous le concept de zone folklorique. Ce premier pas d’ethnocartographie poitevine permet aujourd’hui d’avoir un aperçu synoptique du phénomène du port de coiffes, parfois particulièrement élégantes, entre Basse Loire et Gironde, même s’il nous paraît aujourd’hui un peu risqué de voir, à travers ces aires culturelles dénommées à partir d’un modèle de coiffe, des territoires cohérents et homogènes. En effet, Henri Gelin posait que :

    « La coiffe est un signe d’une haute valeur ethnographique ; car les paysannes qui portent le même costume parlent également les mêmes variétés de patois, avec des intonations et des désinences semblables, se divertissent aux mêmes danses, répètent les mêmes contes aux veillées, modulent sur les mêmes airs les mêmes chansons, et gardent avec une religieuse ténacité des superstitions analogues. »

    Chacun sait bien aujourd’hui que la réalité est beaucoup plus complexe, que la mobilité féminine ne se limitait pas à de telles aires et que les goûts ne se laissaient pas enfermer dans une seule et même routine familiale. Les emprunts à d’autres types de coiffes étaient fréquents et plusieurs témoins nous ont rapporté qu’elles refusaient de porter la coiffe « de leur coin », comprenons celle de leur lignée, leur préférant celles de communes avoisinantes qu’elles trouvaient sans doute plus seyantes, et aussi quelquefois moins encombrantes, empruntant sans état d’âme à la lignée de leur futur époux ou de celle de quelque parent plus ou moins éloigné. D’autre part, le coût prohibitif de certains assemblages ont fait abandonner tel type de coiffe. Ainsi la vaste câline du Thouarsais qui nécessitait beaucoup de matières premières a  peu à peu été délaissée de son aire coutumière laquelle, à la fin du XIXe siècle, s’étendait de  Thénezay à Montreuil-Bellay et de Loudun aux environs de Bressuire.

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    Mariage mothais au début du XXe siècle. © Droits réservés.

     En fait l’œuvre de Gelin nous a permis d’établir un lien entre les périodes qui ne nous étaient pas tout à fait directement accessibles. En effet, si nous avons rencontré en Civraisien, Gâtine et Montmorillonnais nombre de lingères (Mesdames Dechâtre, Durepaire, Fredonnet, Rogeon, pour ne citer que les premières d’entre elles, vers 1965), aucune n’aurait su à elle seule rendre compte de la diversité de la production historique régionale, et surtout des nuances techniques non négligeables au sein d’une même aire. Si nombre d’entre elles ont sombré dans l’anonymat, quelques-unes ont laissé leurs traces dans la mémoire collective. En effet certaines lingères innovatrices, véritables stylistes, dirait-on aujourd’hui, ne nous ont été révélées, en raison de la qualité de leurs œuvres, que par la littérature historique et ethnographique, appuyée sur une renommée légendaire. Il en est ainsi de Malvina Girard en Gâtine ou de Sylvie Boisnègre[3] en Pays civraisien. Nous n’oublions pas toutes celles que l’on nous a citées ou dont nous avons croisé le chemin, à Couhé-Vérac, à la Chaume de Saint-Romain-en-Charroux (Vienne), dans le Châtelleraudais, dans le Pays mothais, dans le Loudunais, à Angles-sur-l’Anglin, etc…

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    Cayon du Civraisien inspiré, semble-t-il par la lingère Sylvie Boisnègre.© Cl. Michel Valière, 1969.

    S’agissant de cette pièce caractéristique et aussi fondamentale du costume féminin, et par là, devenue par la suite emblématique d’un territoire, Gelin en a proposé une définition « technologique », très concrète que d’ailleurs chaque lingère est amenée à prendre en compte, tant au niveau de la confection que d’une éventuelle remise en état (blanchiment, amidonnage, repassage, gaufrage, remontage…) :

    « La coiffe-type du Poitou est le béguin, c’est-à-dire une coiffure formée de l’assemblage de parties distinctes ornées et repassées séparément, qui s’arrangent ensuite et se reploient sur un bonnet formé d’un carton ou d’une étoffe matelassée et piquée, tantôt formant casque, tantôt ayant le fond seulement muni d’un écusson de carton ou d’une armature de fil de fer. »

     

    Le folkloriste, fidèle en cela à sa posture diffusionniste, oppose d’ailleurs point par point ce « type » au barbichet limousin (et du Berry), aux « foulards flottants ou noués » aquitains, aux capotes de l’Auvergne et du Bourbonnais, aux « bonnets transparents » des rives de la Loire, enfin aux coiffes ailées de la Bretagne.

    Précisons que le carton généralement bouilli, en provenance de cartonneries vosgiennes, adopté parce que plat et léger et ne se déformant pas  trop au cours du montage, véritable « château à bâtir », a remplacé pour certaines coiffes (dites « anciennes ») les fonds matelassés et piqués, plus lourds, souvent fabriqués à partir de tissus de réemploi (chemises usagées, tabliers, toiles de draps, toiles écrues de lin, de coton ou de chanvre). Quant aux rubans, plus ou moins longs, moirés ou non, brodés ou non, ce sont les soieries lyonnaises qui ont fourni les plus beaux éléments, notamment pour les coiffes de mariage, dont il nous a été plusieurs fois révélé que leur prix, au début du XXe siècle, était tout à fait comparable à  celui d’une paire de bœufs de labour. Aussi ne faut-il pas s’étonner de témoignages stipulant l’attachement à leur coiffe de certaines personnes âgées qui souhaitaient même se faire inhumer avec.

                Dès les premiers deuils survenus dans les familles, on otait les dentelles et les rubans festifs. Le même support de carton était alors habillé plus sobrement d’un tissu blanc plissé à l’ongle. Ce travail très délicat et long à accomplir était fort redouté des lingères.

     

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    Une première lecture de la carte laisse apparaître des zones culturelles  à partir d’appellations de coiffes : cabanière ; mothaise ; marmottes… Gelin dénombre ainsi vingt modèles principaux dont les dénominations ne sont pas rigoureusement coextensives à l’espace délimité par chacun d’entre eux. Toutefois, le dénombrement des termes qui désignent les coiffes en Poitou-Charentes est bien supérieur à la quantité d’aires retenues par cet auteur. Il ne faut pas s’en étonner, tant la polysémie des mots pour désigner les coiffes est importante. Parfois, c’est une partie de la coiffe ici qui sert de nom ailleurs. Tout cela est loin d’être rare en sémantique. D’un autre point de vue, parfois c’est la représentation iconique qui sert même à la dénomination, à l’exemple du cœur, pour désigner une coiffe de Lezay (Deux-Sèvres).

    Au cours de nos observations de terrain dans les années 1965-1985, nous avons noté environ 350 termes, tant dans la littérature ethnographique, muséographique ou folklorique. D’évidence, ce vocabulaire est tout sauf homogène. Il se dégage de l’ensemble une forte présence de termes toponymiques qui invitent à conforter l’idée que la coiffe est bien un marqueur significatif des identités locales (identités internes). D’un autre point de vue (ethnologique), la mention toponymique concourt à dégager des identités externes, dans le dessein de souligner des caractéristiques de groupes humains, dans un souci de distinction, au sens bourdieusien. Parfois des appellations de coiffes se présentent tant à l’oral qu’à l’écrit porteuses d’une mention technique, esthétique et un jugement de valeur. Comment s’organise donc le vocabulaire concernant les noms de coiffes dans le Centre-Ouest ?

     

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                         Tulle brodé pour fond de coiffe.Cl. Michel Valière, ca 1975.

    L’examen méthodique du corpus que nous avons constitué[4] du point de vue ethno-lexicographique permet de dresser la première typologie suivante : lexies simples ; lexies composées ; lexies complexes fîgées ; lexies variables.

     Rappelons d’abord que la lexie simple est l’unité fonctionnelle significative du discours. Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques échantillons de noms de coiffes que l’on devine plutôt empruntés aux parlers vernaculaires : bagnolet, ballet, ballon ; benaise ; béguin(e) ; bichet ; bichou ; bigote ; bourgnon ; bourrelet ; bridaïe ; câline ; caloron ; cape ;  carrasse ; cayon ; champanais ; cornette ; cuculle ; dormette ; folle ; goubine ; lingette ; marmotte ; mimi ; pantine ; ramponneau ; toquet ; etc… Pour ce qui est des lexies composées, on relève par exemple : grand-ballet ; demi-deuil ; grand -deuil ; Sainte-Hermine.

    Les lexies complexes figéessont de loin les plus nombreuses et relèvent du « métalangage » des ethnographes, muséographes, collectionneurs et folkloristes qui se sont confrontés pour leurs travaux de conservation et de publication à la délicate tâche de la dénomination de tout ou partie des parures féminines. À titre d’illustration et s’agissant des seules coiffes, retenons : bonnet à pompon ; bonnet à ailes de pigeon ; bonnet rond de la Forêt-sur-Sèvre ; bonnet rond de La Ronde ; cagnon de Ceaux-en-Loudun ; caillon de Moncontour ; calotte de Limalonges ; cayon mothais ; coueffi reviré ; malvina de Reffannes ; piote bridée ; etc…

    Enfin, nous avons rassemblé quelques lexies variablesdont on comprend qu’elles sont bâties moins sur des formes autochtones qu’élaborées à des fins didactiques et heuristiques plutôt par des chercheurs et autres exégètes des productions des groupes humains. On trouve ainsi des : coiffes cassées de Chanteloup ; fond de Grisette de Coulonges-sur-l’Autize ; colinette des jours ; colinette des dimanches ; coiffes en tête de faucon ; coiffe de lingère dite « La Folle » Fontenay-le-Comte ; coiffe de deuil de tous les jours dite « La Vieille » Fontenay-le-Comte ; coiffe de pêcheuse dite « Ballon Île-de-Ré » ; coiffe de mariage cabanière Fontenay-le-Comte ; cabanière coiffe de demi-deuil Fontenay-le-Comte ; etc…

     Cette distribution lexicale, certes aléatoire dans les choix d’exemples, donne une idée de la difficulté à cerner un système de dénominations a priori non raisonné ni par les lingères, ni par leurs clientèle qui usent d’appellations vernaculaires sous-tendues par des traditions artisanales, locales et/ou familiales. En revanche et dans l’espoir de dresser des typologies régionales, les folkloristes et ethnographes ont préféré s’appuyer sur la toponymie puis la cartographie, tout en essayant de conserver ce qui peut l’être du « patrimoine linguistique ».

     

    Il nous appartient maintenant de nous essayer à la construction du champ lexical notionnel de la coiffe ou de ce qu l’on veut bien reconnaître comme telle, en quelque sorte nous nous proposons d’organiser le vocabulaire de la coiffe pour l’espace territorial que nous considérons. Il n’est pas pour autant dans notre projet de « résumer le sens d’un mot », ou d’établir ce qu’il connote. Il n’entre pas davantage dans nos préoccupations le traitement diachronique, voire panchronique à partir de quelques étymons hypothétiques, pour la plupart inconnus de nous. Nous allons, au contraire, en nous appuyant sur la redondance d’appellations, ouvrir des champs isotopiques à partir de l’itération d’une même unité lexicale (isotopie de base), que nous considérons comme un terme générateur de noms de coiffes. Dans l’ensemble de notre corpus régional, nous avons dégagé vingt-sept isotopies de base. En les considérant dans un ordre d’importance relative décroissant, on trouve en premier lieu, qui s’en étonnerait ? le terme coiffe et ses expansions :

    - coiffe : coiffe à cornes ; coiffe à grand cul ; haute coiffe de Saint-Varent ; coiffe de Moncoutant, etc…

    Et ainsi de suite, sur le modèle précédent :

    - cayon/caillon : cayon de Vouneuil ; cayon de Saint-Jean-de-Sauves ; caillon rond ; caillon frisé, etc…

    - bonnet : bonnet matelassé ; bonnet monté ; bonnet à peteuil ; petit bonnet de Vasles ; bonnet carré de deuil, etc…

    - capot : capot reviré ; capot à canon ; capot chenu ; capot des mariés ; capot de Marans, etc…

    - câline : câlinette ; câline d’Airvault ; câline de Thouars, etc…

    - bigot(t)e : bigotte de Thouars.

    - corne : cornette ; cornette à bourgnon ; corne de Sainte-Hermine etc…

    - coiffi : coiffi reviri ; coiffi de Nanteuil-en-Vallée, etc…

    - grisette : grisette à pans volants ; grisette de Niort, etc…

    Sur ce modèle isotopie de base suivi d’une expansion, on trouve : ballet ; ballon ; cabanière ; malvina ; mothaise ; maraîchine ; charentaise ; gâtinelle ; hennin (sic ) ; pantine ; piot(t)e ; rampon(n)eau ; saintongeoise ; cayenne ; cayonnaise ; cane ; toquet ; sabot.

    L’examen de ce relevé montre que l’on aurait pu aussi caractériser les appellations à partir d’une base toponymique avec ses expansions comme l’a fait Henri Gelin pour sa cartographie. Nous aurions pu également dégager une base anthroponymique : malvina ; mimi ; garibaldi (sic ). Ou encore une base sociologique : paysanne ; grisette ; cabanière ; saunière. Enfin, proposons, parce qu’autant les lingères elles-mêmes que les observateurs et analystes s’y réfèrent parfois, une base formelle ou technique : béguin à prinques[5] ; bourgnon ; bourrelet ; bridée ; cassée, calotte ; cayon fil de fer ; cœur ; deux rangs ; trois rangs ; passe-carrée ; raclette ; pain de sucre ; pelle de four ; sabot : coiffe en bec d’oiseau etc…

                Noms vernaculaires, déclinaisons diverses à paramètres multiples, tout porte à faire de la distinction à tout prix d’une lingère à une autre, d’une commune à une autre, d’un territoire à un autre. Différences techniques, différences formelles, différences sociologiques également. Tout se passe comme si la synergie entre costumes, coiffes et langage produisait de la différence et des micro-identités territoriales, comme le laisse entendre ce joke poitevin :  « T’es bé coefée, té. T’es de Bllanzay[6] ? »

     

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                                   Cl. 1972. © Droits réservés.

    Bonnet à brides ; costume de travail estival (reconstitution).

    Bibliographie sommaire

    BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement. Paris, Éd. Minuit, 1979.

    BOURDU Daniel, VALIÈRE Michel et al., Poupées d’en France : Coefis dau Poetou, Moncoutant, Kancel, 1999.

    BRANCQ Caroline (sous la dir. de), Les Costumes régionaux d’autrefois, Paris, Archives & Culture, 2003. (Les auteurs du présent article ont rédigé les chapitres concernant Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Vienne).

    CATALOGUE, Exposition rétrospective de costumes et souvenirs du Poitou.Organisée à Poitiers, salle des fêtes de l’Hôtel de Ville du 7 au 20 mars 1934.

    Encyclopédies régionales, éditées par Christine Bonneton à Paris : Aunis-Saintonge (1987) ; Charente (1992) ; Charente-Maritime (2001), Poitou :Deux-Sèvres, Vienne (1983).

    FERRÉOL Gilles et JUCQUOIS Guy ( sous la dir. de), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, Armand Colin, 2003.

    LALANNE Charles-Claude, Glossaire du patois poitevin, Marseille, Laffitte reprints, 1976 (1re éd., 1867, dans les Mémoires de la société des Antiquaires de l’ouest, t. 32, 1re série).

    NIORT, MUSÉES de POITOU-CHARENTES, Costumes, coiffes et parures traditionnelles en Poitou-Charentes, Niort, C.A.E.P, 1980.

    PIOT Michel, LAVAULT Katy, Coiffes et bonnets en Charentes, Poitou, Vendée, Poitiers, Brissaud, 1989.

    PLANCHARD Marie-Christine, VALIÈRE Michel, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée : de la passion à la science, Poitiers,  Musée de la ville de Poitiers, 1986.

    VALIÈRE Michel, Ethnographie de la France : histoire et enjeux contemporains des approches du patrimoine ethnologique, Paris, Colin, 2002.


    VALIÈRE Michel, " Folklore", dans  Pierre-André Taguieff (sous la direction de) Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, Presses universitaires de France, 2013 pp. 686-688.


    WEBLIOGRAPHIE

    http://www.alienor.org/articles/pantine/article.htm

    http://www.coiffesdenormandie.com/preambule.php

    http://www.parole-et-patrimoine.org/coiffes/la-collection.html

    Michèle Gardré-Valière et Michel Valière (2013)


    Tous droits réservés ©



    [1] Ce congrès fut le premier organisé en province par la Société d’ethnographie nationale et d’Art populaire.

    [2] Michel Valière, « Aire culturelle », dans  Gilles Ferréol et Guy Jucquois, Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, Armand Colin, 2003, pp. 1-2.

    [3] Sur cette lingère de Saint-Macoux, en Pays civraisien, voir l’article d’Augustin Bobe, « Blouses et coiffes : leur ancienneté », Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 3ème trim. 1941, pp.715-717.

    [4] La quasi totalité de notre documentation spécifique sur les coiffes, costumes et parures (ouvrages ; cartes postales ; dessins ; photographies ; fichier) a été versée au Musée de la Ville de Châtellerault (Vienne).

    [5] « Prinques » : les trois angles du béguin : le premier, au sommet du front, et les deux autres situés au niveau des tempes.

    [6] « Tu es bien coiffée, toi. Es-tu de Blanzay ? » Blanzay, commune située à huit kilomètres de Civray.

  • Vous auriez souhaité ...un renseignement sur un article ou un ouvrage cité en bio-bibliographie :


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    michelvaliere@orange.fr


    Par poste :


    Association ARPE, 22 avenue d'Oradour-sur-Glane, 87200 Saint-Junien.

  • Un métier un peu délaissé: le taupier et le marchand de peaux de taupes


    Un « marchand de peaux de taupes » en Civraisien d’après son brouillard1
    par

    Catherine Robert et Michel Valière

    *


    « On raconte que, sous le règne de Louis XV, quelques femmes de bon ton remplaçaient leurs sourcils par de petites bandelettes de peau de taupe » [Guérin, Dictionnaire : 1839, p. 266]. En effet, « le pelage doux et fin » de ce petit animal fut employé comme fourrure ; « rarement » précise l’auteur du dictionnaire cité. Néanmoins, la fourrure, pratiquement abandonnée dans l’habillement au moment de la Révolution de 1789, verra son retour et l’adoption de vêtements en peaux au poil extérieur se généraliser à la fin de la Première Guerre mondiale, mode qui stimulera le marché2 . Parmi celles-ci, les peaux de taupe, dont Buffon rapporte3 que, selon un mémoire de Monsieur de La Faille, imprimé en 1769, il existe en Europe cinq variétés :
    - celle de nos jardins, dont le poil est fin et d’un très-beau noir ; - la taupe blanche ; - la taupe fauve ; - la taupe jaune verdâtre ou couleur de citron ;
    - la taupe tachetée ou variée...
    Activité très particulière, celle des taupiers qui mettaient à mal les taupes4 , était, selon l’historien Gabriel Désert, fort lucrative. Ceux de la région Falaise-Argentan, généralement des ouvriers agricoles, partaient pour une migration « pouvant durer jusqu’à dix mois »5 . Ainsi, vers 1840- 1845, un taupier de Normandie, par exemple, pouvait rapporter une somme de l’ordre de quatre-cents à six-cents francs. On ne s’en étonnera pas compte tenu de ce que le poil de ces petits animaux était particulièrement recherché, comme l’écrit Buffon6    « doux comme la soie » et que la taupe est réputée pour avoir « le cuir ferme ».
    Mais d’abord quel est le mode de capture de cet animal que l’on dit aveugle mais qui cependant « sans yeux » est sensible à la lumière ? Le taupier qui connaît les mœurs de sa victime sait qu’elle creuse des galeries très profondes et qu’elle remonte quasiment à la surface, à quelques centimètres sous terre pour se nourrir de vers blancs, ou de turcs, c’est- à-dire de larves de hanneton. Le taupier, qui préalablement s’est frictionné les mains de la peau d’une taupe morte pour s’imprégner de l’odeur et tenter de passer inaperçu, installe son piège armé dans une galerie avec pour appât quelque lombric bien gras et bien long, puis il recouvre son leurre d’une pelletée de terre pour obscurcir à nouveau la galerie. Avec un peu de chance pour lui, une gourmande se fera littéralement pincer et y laissera sa peau qui finira sur un pan de manteau de quelque élégante de la ville. Ce métier aux résultats plutôt aléatoires a cependant nourri quelques familles, d’autant que certains faisaient le commerce des peaux par courtage.
    Mais le taupier savait aussi se rendre utile dans d’autres circonstances. En effet, pendant de longues années et jusqu’au XIXe siècle, le battage du blé s’effectuait soit à la gaule, soit au fiâ (fléau). Cette opération, si elle ne s’effectuait pas dans une grange, se déroulait sur une aire à battre. Celle-ci était parfois un communau, plus souvent, la cour même d’une ferme d’une certaine importance. La cour étant sèche, puisqu’on est en
    « L’art du taupier a fait de grands progrès » que l’on doit à un cultivateur de Seine-et-Oise, si l’on en croit l’écrivain et journaliste Alphonse Toussenel, socialiste utopique et disciple de Fourier :
    « C’est Henry Lecourt qui a mesuré la rapidité avec laquelle la taupe se meut dans ses galeries souterraines. Il planta dans toute la longueur d’une galerie habitée une certaine quantité de fétus de paille, ornées de banderoles flottantes, et boucha hermétiquement l’orifice du passage, à l’aide du pavillon d’un cornet à piston. Puis quand il vit à l’agitation de la taupinière que l’ennemi était proche, il tira de l’instrument une note épouvantable qui produisit une telle impression de terreur sur l’animal, qu’on aperçut soudain tous les petits drapeaux se renverser sur toute la ligne, comme un bataillon de dominos mal assis. Il fut constaté par cette expérience curieuse, répétée plusieurs fois, que la vitesse maxima de la taupe dans sa galerie égalait celle du cheval au grand trot » (1878 : p. 254-255).
    En plein été, on la prépare soigneusement en la balayant, puis on tâche de la rendre bien plane. Une technique consistait en certains endroits du Centre-Ouest de compenser les inégalités de terrain en répandant de la bouse de bovins que l’on laissait bien ensuite sécher. Un inconvénient : parfois des taupes venaient butter et donc avaient creusé des galeries sous l’aire. Un taupier venait alors soit les piéger, soit les éloigner en coulant dans les entrées de galeries du purin, par exemple, ou encore des poils de chien qui étaient réputés efficaces pour cela7 .
    Vu la persistance des taupes dans la campagne et les dégâts et inconvénients    qu’elles occasionnent, on peut encore rencontrer de ces piégeurs, comme en témoigne le petit article « Usson- du-Poitou - Rencontre insolite du piégeur Jean-Claude Hébras : une taupe couleur ‘ caniche’ », du 19 avril 2005, accompagné d’une photographie8 , paru dans l’édition de Centre-Presse ‘Sud’ et que nous reproduisons ci- après :
    « Tous les jours, tôt le matin, le piégeur ussonnais..., sur sa mobylette, parcourt la campagne avec sur son porte-bagages, ses cages à ragondins et ses taupières.
    Il capture chaque jour deux ou trois ragondins et autant de taupes qui de nos jours sont en recrudescence.
    Du côté du château de la Paillerie, quelle ne fut pas sa surprise quand il a ressorti son piège de terre : une magnifique taupe couleur abricot « couleur caniche » dit albinose, une couleur très rare. »
    Pourtant, dans les traditions populaires locales, parfois les taupes ont pu apparaître comme bénéfiques. Par exemple, un de nos proches, par ailleurs excellent informateur9 , nous racontait que « pour qu’une chèvre soit bonne laitière toute l’année, le matin de la Saint Jhean (24 juin), avant le soleil levé, fallait traire la cheube sur une taupinière et que personne la vèye (= voie) ». Mais, sarcastique, il racontait aussi à l’appui :
    « Un jour, la vieille Lisa avait été faire ça sur le communau de Chez Fana. Puis, le vieux B. a passé...
    - Allons-nous en, mon pauvre vieux, ol est tout raté ! »
    Et d’ajouter encore dans notre direction, in peto :
    « Al aurait mieux fait de li donner à manger ! ».
    Ajoutons encore qu’il arrive parfois que les jardins d’agrément des cités pavillonnaires en bordure de la campagne se trouvent envahis de ces petits animaux, dont les multiples buttes rendent les pelouses peu gracieuses aux yeux de leurs propriétaires. S’engage alors une stratégie d’éviction qui parfois relève de la cocasserie, les petits animaux, capturés vivant, étant alors généreusement envoyés par-dessus haies ou murettes dans l’enclos du voisin... où l’histoire, comme de bien entendu, se renouvellera, ad libitum.
    Un marché hors du commun
    Les foires aux sauvagines qui se tenaient rue Carnot à Poitiers10 ensauvageaient, littéralement, cette artère de l’un des quartiers les plus commerçants de la cité. Ainsi, par trois fois au cours de l’année civile, dès l’aube, le 5 janvier, veille de l’Épiphanie, le jour de la Mi-Carême ou encore le 18 octobre. Des vendeurs venus de tout le département et au-delà, s’installaient tout le long des trottoirs, en face et à côté de l’actuel parking du même nom dont on sait qu’ il fut tour à tour halle aux grains, cercle des officiers, enfin Régina, une salle de cinéma. La durée des échanges était d’assez courte durée et dépendait de la quantité et de la nature des apports. Si la foire du 5 janvier permettait d’écouler les stocks réalisés en automne, les peaux de printemps ou d’été, en principe moins prisées, s’enlevaient toutes le 18 octobre.
    En revanche, la foire de la Mi-Carême était de loin la plus importante et la plus intéressante pour les vendeurs qui amenaient là leur récolte de peaux de bêtes « au poil bien monté », engrangées pendant l’hiver, et qui se payaient plus cher. Ainsi, dans son ouvrage11    Le Temps des souvenirs, de 1900 à 1950, Michel Millet rapporte (p. 103) à propos de cette foire ses impressions de 1946 à laquelle il s’était rendu non par le train depuis la gare d’Anché-Voulon, comme à l’accoutumée, mais par la route, dans la camionnette d’un voisin :
    « Les amateurs de piégeage y trouvaient bien leur compte. Certaines peaux valaient de l’or. Ainsi une loutre ou une fouine étaient estimées de 5000 à 10 000 francs de l’époque, alors qu’un renard n’en valait que 2000, perdant chaque année de la valeur. Un blaireau rapportait 1200 francs. Les peaux de taupes s’achetaient bien aussi et constituaient une somme non négligeable pour un habile piégeur ».
    Des monceaux de peaux de « bêtes puantes » étaient ainsi exposés
    Page 8    Aguiaine, Le Subiet - N° XXX - Mois-Mois 200X
    pour la vente. Les dépouilles étaient amenées sur le site, surtout par des paysans ainsi que par des chasseurs et des gardes-chasse, par des braconniers « professionnels » et autres piégeurs de campagne : taupiers ou taupassiers qui exerçaient leur activité parfois quasiment à plein temps. L’un de nos informateurs (rencontré le 21 décembre 1983 à Poitiers), Edouard Bozier né en 1896, originaire de Saint-Laurent- de-Jourdes (Vienne) se définissait lui-même comme trappeur de taupes12 .
    En haut : taupe vivante - En bas : taupe écorchée
    Il faut se représenter, pour l’occasion, l’épopée de l’un d’entre eux, rapportée par un de ses fils, Marcel Robert, aujourd’hui agriculteur retraité. Ce taupier, vivant dans un village du Civraisien, après avoir vidé ses greniers des peaux séchées, s’est mis en route avec ses paquets, a attendu un autocar à l’un des arrêts, La Gardigon, situé au carrefour d’une route et d’un chemin, entre Sommières-du-Clain et Château-Garnier, a pu emplir la soute à bagages et chargé l’impériale. À l’occasion de cette foire, parfois, un second autocar s’avérait nécessaire pour transporter jusqu’à Poitiers les nombreux vendeurs de ces contrées-là qui accompagnaient leur volumineuse marchandise.
    Isidore Robert, taupier
    On peut imaginer également des récupérateurs, venus de Montbernage ou d’ailleurs, se répandant également à travers les rues qui résonnent encore de l’appel modulé, confondu, parfois, à celui d’une mareyeuse, d’un raccommodeur de vaisselle ou de quelque vitrier ambulant :
    « Marchand de peaux de lapin ! Peaux... peaux de lapin, peaux ».
    Accumulées l’année durant, à côté de la ferraille, du papier et du carton, des peaux de félins domestiques, des peaux de lapin tendues sur leur fourchine d’ormiâ étaient achetées aux volaillers qui les collectaient sur les champs de foire ou dans les fermes en complément non négligeable de leurs transactions spécifiques.
    Les fourrures ayant été généralement triées par espèce, on pouvait distinguer, sur les trottoirs de la rue Carnot, des lots de belettes, de blaireaux, de fouines, des « fouines martrées », des « furets putoisés » mais aussi des loutres, des martres, des putois, des renards et renardeaux, des taupes présentées clouées sur une planchette, des lapins et ... des chats, soi-disant écrasés. Plus vraisemblablement, ils auront été capturés au collet dans les jardins potagers en bordure des maisons, sous le prétexte fort contestable des dégâts occasionnés par ces animaux de compagnie dont il est certes difficile de contrôler les vagabondages nocturnes. La cruauté humaine n’a pas de limites...
    Cette foire régionale de quelques heures matinales dans le froid hivernal attirait un type de courtiers et négociants français et étrangers : le pelletier13 , premier maillon du circuit économique de la fourrure. Revêtus d’amples manteaux de fourrure - souvent de la fouine ! - ces commerciaux se disputaient les lots d’apports de quantité et de qualité différentes. Ils recherchaient, à l’intention des fourreurs, des paquets de peaux, si possible homogènes, tant du point de vue de la couleur que de la taille ou de la qualité du poil.
    Le taupier était payé à la peau. Dépouillé avec art et science, l’animal capturépeutfournirvingtcentimètrescarrésdetaupeàmanteau14 Si la belette « avait un prix », la « reine des prix » était la fouine ou la martre ! Le blaireau, lui, avait une qualité : « l’était jamais cher, jamais bon marché ! » Quant aux peaux de chats, elles étaient recherchées par une bonne pratique dont la devise était : La Providence des rhumatisants, acheteur spécialisé à un « prix moyen ». Une bonne vented’unlotdequelquespeauxparticulièrementrecherchées15 pouvait atteindre le prix d’une paire de bœufs de réforme. Les pelletiers les payaient littéralement rubis sur l’ongle dans l’un des cafés de l’endroit, exhibant un portefeuille de cuir, bourré au maximum de belles coupures. Les vendeurs, reconnaissables à l’odeur spécifique de leurs propres apports, appréciaient particulièrement cette vente qui ne leur avait demandé qu’un peu de flair, de la patience et de l’adresse.
    Une approche du champ sémantique de taupe...
    L’animal :
    La première occurrence du terme taupe (s. f) se situe vers 1250, dans le Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival. Il a pour étymon, le latin classique TALPA.
    Parmi les formes dialectales en Centre-Ouest : tâpe (s. f.) (SEFCO, 1994) ; taupa (s. f.) (Gonfroy, 1975) ; taupat (s. m.) (Jonain, 1869 ; Musset, 1943).
    Pour une vision plus large du nom de l’animal, on se reportera au volume II de l’Atlas linguistique et ethnographique du Centre-Ouest, Paris, CNRS, 1974, en particulier à la carte C. 393 « La taupe fait du dégât ».
    L’abri de l’animal :
    Il se laisse reconnaître par un petit monticule de terre arrondi sommant un ensemble de galeries et de chambres d’une conception soignée et parfois astucieusement installées. Le terme qui prévaut est taupinière (s. f.), apparu au XIVe siècle. Mais aussi taupière (s. f.), dans le dictionnaire de Furetière (1694) ; taupinée (s. f.), dans le Littré (1872-1876) ; et du point de vue dialectal dans la région : tabourée (s. f), taumuche (s. f.), taupasse (s.f.), d’après l’abbé Lalanne ( 1867) ; taupada (s. f.) pour l’est et le sud-est du département de la Charente (Gonfroy, 1975). Les mentions marginales de la carte C. 392 (consacrée prioritairement au « loir ») dans l’ALO-II éclaireront encore la variation géographique et linguistique de ce concept.
    Le chasseur de taupes :
    La mention la plus ancienne – sauf erreur – est glosée sous taulpetier (s. m.) dans le dictionnaire de Randle Cotgrave (1611). Chez Furetière, on trouve taupier (s. m.) ; taupassier (s. m.), dans le Glossaire poitevin de l’abbé Rousseau, curé de Verruyes, Deux-Sèvres (1869) ; et la SEFCO (1994) propose un paradigme de plusieurs substantifs masculins : taupâ, taupassâ, taupissier/ taupissié, taupou.
    Le piège à taupes : Citons le plus ancien : la taupière (Dictionnaire de Pierre Richelet,
    1680), auquel s’ajoutent :
    taupou (s. m.) dans le Glossaire de la SEFCO, taupièira (s.f.) en Charente d’Oc, et quelques autres, dont taupier (s. m.) figurant en marge de la carte 393 dans l’ALO-II, où il voisine avec pince.
    L’éviction des taupes d’un terrain : Un seul verbe est signalé par la SEFCO : détauper.
    Il y aurait encore à élargir ce champ en prenant en compte la lexicalisation de « taupe » par la dérivation (ex. : taupin, signifiant noir comme une taupe), ou la composition en lexies simples ou complexes (s’ataupiner, pour se cacher, se blottir dans un trou ; atauper, pour butter, chausser une culture).
    (Fiche établie par Michèle Gardré-Valière, Gençay, jour de la Saint- Jean d’été, 2007)
    Aujourd’hui, ces « trappeurs » poitevins sont nostalgiques d’une époque pratiquement révolue. Il faut en rechercher les causes dans la généralisation des produits de synthèse, mais aussi des nouvelles sensibilités à la protection de la nature, du « syndrome Brigitte Bardot » comme, d’ailleurs, du développement de la production d’animaux par élevage. Ces hommes de la nature, piègeurs à la bélétière, aiment évoquer leur veille, grelottants de fréd, sur leurs « lots de piâs », parfois des tonnes de peaux entassées et très recherchées par les marchands pour lesquels les foires de Poitiers représentaient, avec celles de Châlons- sur-Marne, les plus importantes en ce domaine : un marché à l’échelle européenne16 .
    Le modeste brouillard d’un taupassier
    Si le métier de taupier est souvent relégué, au plan du discours, parmi les activités pittoresques ou anecdotiques dont est friand le milieu des amateurs nostalgiques de « choses du passé » étiquetées parfois comme folkloriques et qui est pourtant prompt à se mobiliser contre les cousins canadiens trappeurs de bébés phoques, lorsque la neige maculée de sang fait irruption par la boulite télévisuelle, au beau milieu d’un repas dominical, le petit « brouillard » que nous avons pu consulter permet cependant de donner un éclairage particulier sur ce négoce plutôt rare et surtout fort méconnu.
    En mains, pour consultation, les 20 feuillets restants d’un carnet de petit format, dernière trace écrite de l’activité de l’un de ces piégeurs et collecteurs de peaux du Civraisien, dans la Vienne17 , nous pouvons en tirer plusieurs renseignements utile à la description ethnographique de ce métier. Précisons que si l’orthographe est assez fluctuante, la main est assurée, les comptes exécutés avec justesse et maîtrise, même si toutes les lignes, toutes opérations à pleines pages ne sont pas motivées avec certitude. On retiendra également que les dates sont transcrites « à l’ancienne » : 7bre pour « septembre », d’autant que les comptes sont arrêtés au 29, jour de la Saint-Michel et donc de la paye des journées et gages, 9bre pour « novembre » notamment avec la Saint-Martin où s’engagent des journaliers pour la saison froide, enfin Xbre pour « décembre ».
    Dans le cas qui nous intéresse ici, le taupier, qui exerçait aussi le commerce des peaux de sauvagines, note dans son carnet aide-mémoire un certain nombre d’éléments qui permettent de nous représenter son activité : nature des animaux commercialisés, leur prix, mais aussi la sociabilité de ce commerçant très actif au sein du monde rural, ses rapports commerciaux avec artisans et courtiers, fournisseurs de céréales et autres graines (blé et paille, avoine noire, jarousse), de noix qu’il recevait de La Nouaille en Dordogne pour les commercialiser avec ses clients pour en faire de l’huile de noix pressée. Commerce également autour du matériel et de l’outillage agricole, soit qu’il fasse réparer le sien, « châtrer les roues », soit qu’il en fournisse en provenance de l’artisan ou d’une industrie. Il faisait du commerce avec Poitiers, Neuville, Sillars, Joué- les-Tours, Bordeaux, etc., et se faisait livrer en produits à domicile. Sont consignés des noms et adresses de partenaires, d’un garagiste de Ruffec, mais aussi les horaires du train de Bordeaux qu’en toute logique il devait prendre à la gare la plus proche, Saint-Saviol sur la ligne Paris-Bordeaux.
    Ainsi peut-on suivre à la page 8 de son petit carnet tout un jeu d’échanges puisqu’il a fourni, par exemple, 18 sacs de blé à D., dont il avait déjà reçu 8 sacs d’engrais et qu’il lui reste à recevoir encore cinq cents livres de son et de recoupe, ainsi qu’une somme de deux cent vingt francs pour tout solde. On est loin, on l’aura compris, du modèle de taupier qui « louait ses services dans les fermes et travaillait entre le ciel et la terre souvent boueuse à délivrer des taupes le terrain agricole » tel que l’a décrit Jean-Loup Trassard [Conversation : 2007] qui a, lui, longuement interrogé celui qu’il connaissait depuis l’enfance, et qu’il présente comme « solitaire, tant démuni, est plus misérable sans doute qu’un domestique agricole mais plus libre ». Il s’agit ici certes d’un preneur de taupes, très connu, mais aussi et surtout d’un commerçant à temps plein, inscrit au registre du commerce, qui a élevé sa nombreuse famille et contribué à leur installation dans la vie à la suite du partage, post mortem, en 1966, de terrains, de bâtiments, de bois et d’arbres fruitiers (noyers, châtaigniers, poiriers), de vignes et de vergers.
    Et les taupes, alors ? Comme ce « meschant bestail... qui hait l’eau », pour reprendre l’expression d’Olivier de Serres18 , se capture surtout à la fin de l’hiver et au début du printemps, on peut apprécier, en se référant
    Aguiaine, Le Subiet - N° XXX - Mois-Mois 200X    Page 15
    à ce carnet, sinon sa propre dextérité de piégeur, en tout cas son efficacité commerciale. En effet, entre le 12 mars 1928 et le 14 avril de la même année, alors âgé de quarante-quatre ans, il a rassemblé mille trois cent cinquante-cinq taupes et trente-six belettes. On devine qu’il aura écoulé les peaux de cette grande collecte de printemps à Poitiers pour la foire de la Mi-Carême.
    De même il dresse le 17 décembre 1929, à la fin de sa campagne d’automne, le modeste bilan suivant, destiné à la foire dite de l’Epiphanie dans les premiers jours de janvier : vingt-sept livres [de peaux] de lapins ; deux-cents taupes ; 4 renards ; 5 fouines ; 14 putois ; 9 rats ; 16 écureuils ; 1 blaireau : 9 belettes ; 1 [h]erminette. Aussi, le 26 mars 1930, il fait ses comptes : vingt-quatre belettes, vingt-cinq écureuils, vingt-cinq garennes, 6 rats, soixante-cinq lapins, soit 17 livres (elles étaient achetées/vendues, au poids, et non à l’unité), 6 lièvres, six-cents taupes, blanches, quatre- cents taupes tachées, 17 putois, 2 fouines, 2 renards, 2 hermines, 1 blaireau, 1 chèvre19 , 1 loutre.
    On rencontre dans ce cahier le compte correspondant à l’apport d’un particulier chez ce commerçant « de gros » : un demi renard ( c’est-à- dire) un renardeau, payé 25 francs et 2 renards (adultes) payés 100 francs les deux; 3 putois (dont 1 « mauvais »), payés 60 francs l’unité, tandis qu’un quatrième est réglé à 70 francs ; 1 écureuil payé 1 franc, trois fouines à 260 francs chacune ; enfin 1 belette à 2 francs. Soit un total de 1158 francs. Quant au prix moyen d’une taupe, il doit se situer autour de 0 franc 75 centimes.
    On peut imaginer que dans une telle « maison » les peaux demandent beaucoup de place. En effet, devait-il dissimuler sous les meubles, surtout les peaux de valeur pour en éviter le vol. Les greniers étaient remplis, au rythme des foires spécialisées, de peaux de taupes tendues sur leur planchette. Parfois les plaisanteries fusaient à l’encontre du taupier. « Ils vous feront manger de la taupe » dira-t-on avec ironie et malice à quelqu’un invité à manger dans cette maison dont la prospérité s’est bâtie sur la « culture » de la sauvagine.
    Pour ce qui est du réseau de sociabilité, plusieurs patronymes familiers aujourd’hui encore sur ce même territoire jalonnent le carnet : des fournisseurs, des clients, quelque journalier à gage, un garagiste et un sabotier, mais aussi meunier et boulanger au travers d’un litige à propos d’une fourniture de « blé charançonné soi-disant », « affaire » étalée sur deuxannéessusceptibledesedénouerdevantunejuridiction20 en1931, puisqu’il semble, comme il l’a consigné au folio 16, avoir reçu l’« autorisation de faire siter X. par le guge (= juge) ».
    Mais les patronymes sont souvent mis en corrélation avec certains toponymes habités ou non, tels Le Sillot, La Fosse Gervais, Les Vioches, La Prade, Les Grisons... On devine derrière ces pages particulièrement rayées, surchargées, caviardées, un cheminement de stratégie de gestion et d’acquisition de biens, de petites pièces de terre, en vue notamment de l’accroissement du foncier, en raison de la présence de quelques croquis, certes sommaires, mais cotés avec précision, et accompagnés de noms d’exploitants du voisinage immédiat des parcelles citées et représentées. Toute sa vie, il aura cherché « à acheter des bouts de terre », des portions de bois, qu’il a ensuite regroupées. Si le remembrement des années 1990 a quelque peu modifié cette microtoponymie, certains noms sont cependant restés dans les mémoires. Ils s’appliquent généralement aujourd’hui à de plus grandes superficies conformément à une agriculture transformée où l’on ne s’arrête plus à la présence, pourtant gênante dans les jardins familiaux, de ce petit mammifère insectivore, quasiment aveugle, dont Buffon dit encore21 qu’il est : « de tous les animaux le plus avantageusement doué, le mieux pourvu d’organes et par conséquent de sensations qui y sont relatives. »
    Notes
    1 Brouillard : livre de commerce où l’on note les opérations au fur et à mesure. Ici, il s’agit d’un simple petit carnet de poche.
    2 Sur ce sujet, cf. « Le fourreur », Artisans de l’élégance, Catalogue de l’exposition au Musée national des arts et traditions populaires, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1993, p. 114-129.
    3 BUFFON Georges-Louis LECLERC, comte de, (1828-1829), Œuvres complètes..., t. 13, p. 249-250.
    4 On trouvera en illustration la reproduction d’une gravure intitulée « Insecte des cadavres sur une taupe », tirée de l’ouvrage d’Alfred Edmund Brehm (ca 1882) Merveilles de la nature : les insectes, les myriapodes, les arachnides et les crustacés ; trad. par Jules Philippe Alexandre Künckel d’Herculais, Paris, J.- B. Baillère, 2 vol. ill. (1ère éd. en anglais, 1843).
    5 DÉSERT Gabriel (1976), « Symptômes de surpeuplement », dans DUBY Georges et WALLON Armand (dir.), Histoire de la France rurale, Paris, Seuil, p. 75.
    Aguiaine, Le Subiet - N° XXX - Mois-Mois 200X    Page 17
    6 BUFFON, op.cit., p. 244.
    7 Dans l’Almanach du Poitevin 2007, p. 40.
    8 Légende de la photographie : « Chamonette » et « Birac » et leurs prises (Cl., n°190405-CP-335242).
    9 Récit noté au cours d’un repas de Saint-Sylvestre, le 31 décembre 1982 (informateur : monsieur Marcel Robert, originaire de Villaret, commune de Saint- Romain-en-Charroux, où l’élevage caprin était particulièrement développé).
    10 Cf. VALIÈRE Michel (2004), « Approche ethnographique d’une ville provinciale », dans QUELLA-VILLÉGER Alain (dir.), Poitiers : une histoire culturelle 1800-1950, Poitiers, Atlantique, p. 17-57.
    11 Chez l’auteur, Le Courtioux, Anché (Vienne), 2006.
    12 Il s’agit du frère d’Aimé Bozier, célèbre violoneux du Pays des Brandes. Edouard avait été musicien joueur de piston, puis s’était remis sur le tard au violon. Son violon d’Ingres : la poésie qu’il cultivait généreusement (il dut laisser plusieurs milliers de feuilles manuscrites dont nous ne savons rien de la localisation actuelle).
    13 RÉAL C., RULLIÈRE H., (1931), La Fourrure et la pelleterie, Paris, Bibliothèque sociale des métiers, 343 p.
    14 Sur ce sujet, on relira avec intérêt sur ce sujet ce qu’écrit André Gaillard dans Le Siècle Trioulais (1880-1980), Poitiers, Brissaud, t. 1 « La Grande misère », p. 63-64.
    15 Nous devons cette appréciation à monsieur Marcel Robert, agriculteur retraité, l’un des anciens acteurs de cette activité. Il nous dit le 24 juin 1982, jour de la Saint-Jean-Baptiste, patron des professionnels des peaux et fourrures : « Mon grand-père était marchand de chebes... et mon père marchand de pias de taupes... de pias de lapins, de sauvagines, de tout... ». C’est avec son père, Isidore Robert, alors propriétaire, collecteur et négociant de peaux à Villaret, commune de Saint-Romain-en-Charroux (Vienne) qu’il avait participé dans sa jeunesse à cette activité. Par l’acte de naissance d’Isidore ROBERT nous savons qu’il est : « né le 28 juillet 1886 de François ROBERT, cultivateur âgé de 29 ans et d’Adélaïde THIMONIER son épouse sans profession âgée de 26 ans, demeurant ensemble au village de Villaret. Marié à Saint-Romain-en-Charroux le 15 septembre 1919 avec Marie-Céline FRADET. Décédé à Saint-Romain le 8 février 1966 ».
    16 VALIÈRE Michel : notes ms., enquête du 12 janvier 2003 à La Ferrière- Airoux (Vienne).
    17 Nous tenons à remercier ici, madame Lucienne Vailler, née Robert, demeurant à Chez Bernardeau, commune de Champniers (Vienne), pour avoir porté à notre connaissance l’existence de ce document en provenance de son père, « Robert Isidore à St-Romain » comme il l’est écrit au crayon, d’une main bien assurée sur la page deux de la couverture de couleur bleue (enquête Catherine Robert, 2002- 2004). Il s’agit en fait d’un petit carnet de 20 feuillets écrits recto-verso, 11 ayant
    Page 18    Aguiaine, Le Subiet - N° XXX - Mois-Mois 200X été arrachés ou découpés, portant sur la période du 12mars 1928 au 7 mars 1931.
    18 SERRES (Olivier de), Théâtre d’agriculture et mesnage des champs par O. de Serres, seigneur de Pradel, 3e éd.revue et augmentée par l’auteur, Paris 1605, Chez Abraham Sangrain, in 4°, p. 268 (1re éd. 1600).
    19 Rien ne nous permet de distinguer s’il s’agit d’un animal d’élevage ou d’une chevrette, femelle du chevreuil, selon l’appellation courante dans le Sud- Vienne.
    20 Sans autre information plus explicite, nous pensons qu’il s’agit de la Justice de Paix de Civray
    21 Op.cit., p. 244. Bibliographie sommaire
    APCHER et MALASSAGNE (1866), La Profession du taupier, ou l’Art de prendre les taupes à l’aide de moyens sûrs et faciles, Saint-Flour, imp. De A. Passenaud, 36 p.
    BREHM Alfred Edmund (ca 1882), Merveilles de la nature : les insectes, les myriopodes, les arachnides et les crustacés, Jules Philippe Alexandre Künckel d’Herculais (trad. par), Paris, J.-B. Ballière, 2 vol., ill.
    Dictionnaire universel françois et latin... vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, Nouvelle éd. corrigée, Paris, P.-F. Giffart, 1732.
    DRALET Étienne-François (1797), L’Art du taupier suivant les procédés du citoyen Aurignac, Paris, impr. De la République, an VI, 24 p.
    GEOFFROY SAINT-HILAIRE Etienne et CUVIER Georges (1820-1842), Histoire naturelle des mammifères, Paris, 4 vol., ill.
    GUERIN F.-E. (dir.), (1839), Dictionnaire pittoresque d’histoire naturelle et des phénomènes de la nature, t. 9, Paris, Imp. De Cosson.
    MARTIN Pierre (1972), « Le permis de taupissier », dans Bulletin de la SEFCO, VI, n°5, sept-oct., pp. 318-319.
    REDARÈS Jean-M.-M. (1850), Le Chasseur taupier, ou l’Art de prendre les taupes par des moyens sûrs et faciles ; précédé de leur histoire naturelle. Nouvelle édition augmentée d’un Traité sur la destruction des animaux et des insectes nuisibles au jardinage, Paris, Encyclopédies Roret, 83 p. (1re éd. Paris, Raynal, 1829).
    REULIHET (1854), Manuel du taupier parfait et universel, ou le Destructeur éternel des fléaux de l’agriculture, Toulouse, Reulihet et Sénac, 27 p.
    TOUSSENEL Alphonse (1878), Vénerie française et zoologie passionnelle, Paris, Hetzel, ill., (1re éd. 1847).
    TRASSARD Jean-Loup (2007), Conversation avec le taupier, Cognac, Le Temps qu’il fait, 160 p.