lundi, 25 avril 2011

Un républicain promoteur des traditions populaires : Paul SÉBILLOT (1843-1918)

Viennent de paraître les  actes du colloque de Fougères, 9-11 octobre 2008, consacré au prestigieux folkloriste Paul Sébillot   (sous la direction de Fañch POSTIC).

 

Originaire de Matignon (22), Paul Sébillot (1843-1918) abandonne la perspective d’une carrière juridique, pour s’engager dans la peinture. Critique d’art et peintre paysagiste, il expose dans différents salons, mais vers 1880, il décide de se consacrer à la collecte de la littérature orale de la Haute-Bretagne ; auteur d’une moisson d’une abondance et d’une qualité rares, il devient non seulement l’un des folkloristes français les plus en vue, mais joue au plan national et international un rôle de premier ordre pour l’étude et la promotion des traditions populaires : il élabore des outils (bibliographiques, questionnaires, guides d’enquêtes…), publie des synthèses, lance en 1881 « Les littératures populaires de toutes les nations », l’une des grandes collections d’ouvrages de littérature orale, organise les premiers congrès internationaux de folklore. Il est en outre à l’origine, en 1886, de la création de la Société des Traditions populaires et de la Revue du même nom qu’il anime pendant plus de trente ans.

Le présent ouvrage, publié par le Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UBO – Brest) en collaboration avec le Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture (LAHIC) – (Paris) et l’association La Granjagoul – Maison du Patrimoine Oral en Haute-Bretagne – (Parcé, 35), est l’occasion d’évoquer les multiples facettes de ce républicain convaincu, et d’aborder le contexte intellectuel et politique dans lequel se situe son œuvre ainsi que les nombreux réseaux régionaux, nationaux, voire internationaux dans lesquels elle s’intègre. Cette publication vient combler une lacune et réparer une injustice, car, curieusement, peu de travaux ont été consacrés au travailleur infatigable que fut Paul Sébillot.

 

Fañch POSTIC – Paul Sébillot, biographie lacunaire d’une personnalité aux multiples facettes

 

LE RÉPUBLICAIN

Laurent LE GALL – La République en filigrane. Idéologie républicaine et folklorisme chez Paul Sébillot

David HOPKIN – Paul Sébillot et les légendes locales : des sources pour une histoire « démocratique » ?

 

 

L’HOMME DE RÉSEAUX

Claudie VOISENAT – Un laboratoire du folklore matérialiste : Paul Sébillot à la Société d’anthropologie de Paris (1878-1918)

Claudine GAUTHIER – Paul Sébillot et les philologues : de l’usage de la philologie en folklore

Jean BALCOU – Sébillot, Renan et les dîners celtiques

Guy BASSET – Du folklore partagé : les relations Paul Sébillot – René Basset et l’aventure de la Revue des Traditions populaires

 

LE BRETON

Jérôme CUCARULL – La représentation de la Bretagne chez Sébillot : un insaisissable portrait

Joëlle EDON-LE GOFF – La Bretagne enchantée (1899) : un exemple de poésie mythographique

Denise DELOUCHE – Paul Sébillot, peintre et témoin de la peinture des années 1860 à 1880

Fañch BROUDIC – La limite Sébillot : un arrêt sur image

 

LE FOLKLORISTE ET SON TERRAIN BRETON

Fañch POSTIC – Paul Sébillot : le folkloriste et son terrain breton

Daniel GIRAUDON – Paul Sébillot, un face-à-face avec les folkloristes de Basse-Bretagne

 

EN GUISE DE CONCLUSION

Jean-Marie PRIVAT – Les fées sont têtues

 

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Renseignements pratiques :

Centre de Recherche Bretonne et Celtique – UBO, Brest

Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture – Paris

Association La Granjagoul, Maison du Patrimoine Oral en Haute-Bretagne - Parcé

 

Prix de vente des actes : 20 €  (franco de port) – 16x24 – 275 p.  ISBN 978-2-901737-86-5

 

payable par chèque à l’ordre de M. l’Agent comptable de l’Université de Bretagne Occidentale, à retourner au :

 

Centre de Recherche Bretonne et Celtique – Faculté des Lettres Victor-Segalen

CS 93837 – 29238 BREST Cedex 3 –  02.98.01.63.31 – Fax  02.98.01.63.93 – crbc@univ-brest.fr

vendredi, 25 mars 2011

Henri Coursaget a passé le flambeau et nous a quittés... Il plane toujours sur Confolens et "son" Festival, à re-découvrier en août.

Une grande émotion a saisi tous ceux qui le connaissaient et Dieu sait s'ils étaient nombreux de par le monde. Ses obsèques qu'il avait lui-même réglées, j'allais écrire "chorégraphiées", ont marqué les esprits. La terre de Confolens l'a accueili, à jamais. Merci Henri, pour ton œuvre, pour ton amitié rayonnante. Salut l'artiste !

Un article, sur le blog de Gérard Lame, correspondant de Gond-Pontouvre (Charente) du journal Sud-Ouest mérite quelques minutes d'attention et donc de recueillement. Suivez ce lien :

http://gond-pontouvre.blogs.sudouest.fr/archive/2011/03/2...

mardi, 01 mai 2007

C'était au temps de la victoire du Chabichou en AOC

La Presse d'entre Loire et Gironde publiait en juin 1991 ce portrait de la Dame du Poitou et des Charentes qui, pour manifester sa joie dans la reconnaissance du célèbre Chabichou en AOC, avait revêtu une fort élégante tenue "traditionnelle" de la Mothe-saint-Héray (79) qui lui sied parfaitement...

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Magnifique !
Ah, j'oubliais: l'article titrait: "Petit Chabichou deviendra grand ". Le rédacteur, qui aimait sans doute le chabi, aurait-il eu le nez creux ?
En attendant, dégustez le "chabi" sans modération... http://www.supertoinette.com/fiches_recettes/fiche_chabic...
accompagné d'un bon vin du Languedoc, de la Clape, du Minervois, des Terrasses de Béziers et autres côteaux d'Ensérune, ou de Saint-Chinian http://www.vins-languedoc-roussillon.fr/fr/cadre-livre-gc... (avec modération, cela va de soi !)

samedi, 28 avril 2007

Cette nuit j'ai fait un rêve...je venais d'entendre une ....

....diatribe sur un débat qui devait avoir lieu, qui ne devrait pas avoir lieu, qui pourtant aura lieu...
Puis, j'ai zapppppppppppé. Pile ! La Zappppppppppatèra (en patois d'Ibérie, ça veut dire: la Savetière...; il y a même une pièce espagnole du poète Federico Garcia Lorca qui est titrée : la Savetière prodigieuse !) Tiens, je vous en rappelle un moment: "...complice de la savetière, un enfant calme les orages qu'elle déchaîne et subit.
Fatigué des caprices de sa femme, le savetier s'enfuit... Les illusions candides de la jolie héroïne résisteront-elles à l'épreuve... etc.

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Alors, d'association d'idée en association d'idée, surtout après avoir zappé à la fin de l'envolée épique au terme de la péroraison du discours à Lyon, du 27 au soir... une image m'a "pété" dans la tête bien lasse de notre tournée studieuse angevine :
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09:55 Écrit par belvert dans PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : La Zappatèra | |  Facebook

mardi, 27 mars 2007

L'amie des livres et des plumes

Voici Lolotte:

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© Séverin Valière-Aphorythme, 2007

10:38 Écrit par belvert dans PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

dimanche, 18 mars 2007

SLIMANE OULD MOHAND: Plus qu'un peintre, l'ami kabyle, l'humour en plus !

Un détachement de Belvertiens au premier salon du livre et des métiers d'arts à Vouillé (79), littéralement aux portes de Niort, le dimanche 18 mars 2007, a eu le privilège de rencontrer Slimane, de partager un repas, puis une après-midi avec l'artiste kabyle qui a adopté Niort et que Niort a bien adopté également, puisque une première rétrospective d'œuvres a été réalisée par le Musée de la Communauté d'agglomération.
Visite libre (en fonction de la présence de l'artiste) , ou sur rendez-vous, de son atelier 4, rue du Petit Blanc à Niort (Deux-Sèvres).Tél.: 06 74 61 96 57.
Plus qu'un peintre, l'artiste kabyle est l'ami de tout un chacun qui s'arrête sur son œuvre.

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Des tableaux sont exposés à la Galerie Royale de Rochefort (17).
De son œuvre, l'humoriste FELLAG dira:
" Dans son œuvre éclatante, foisonnante, il y a un mélange savant de réminescences de contes surréalistes maghrébins et de l'exubérance des mille et une nuits, du Miro, et du Goya (...) "
Merci Slimane, de ce moment d'amitié partagée.

21:20 Écrit par belvert dans PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | |  Facebook

dimanche, 18 février 2007

Portrait d’une écrivaine des femmes: Isabelle Soulard

Elle donne des racines aux Poitevins
Une femme engagée

Tout sourire l’Isabelle ! Et battante. Tirée à quatre épingles, corsage blanc, foulard, veste, impeccable. Ses détracteurs, parce qu’une femme d’un tel talent a nécessairement des détracteurs, la disent avec ironie BCBG : Bon chic bon genre ! Disons élégante plutôt, en toutes circonstances. Un air de prof, bien sûr ; de prof d’histoire, en sus (et de géographie, l’inséparable discipline). Certes, il y a déjà quelques années qu’elle ne pratique plus, mais c’est un métier qui marque son personnage, d’autant que l’histoire, si elle ne l’enseigne plus, elle vous la raconte, comme une conteuse. Mieux encore, quasiment comme un témoin direct. Elle vit dans l’histoire ; elle est l’histoire. Mais depuis 1994 elle se consacre à sa famille, à l’écriture et anime des émissions culturelles sur diverses radios locales qui ne manquent pas de la solliciter. Véritable militante du Devoir de mémoire, elle donne de nombreuses conférences et participe à des tables rondes ou des colloques sur le thème de la Deuxième Guerre mondiale où elle défend la place des femmes dans la Résistance et la Déportation.
Elle fréquente aussi de multiples salons du livre (Colombiers, Montaigu, Montmorillon, Poitiers, Saint-Hilaire-La-Palud, Thènezay, Vivonne, etc.), encourage les séances de dédicaces d’auteurs dans les librairies, les salles de fête ou autres lieux culturels. Elle a même contribué à mettre sur pied, avec quelques amis, poètes, romanciers, ethnologues, historiens qui ont tous « avec cette région un lien de cœur et de plume », la dynamique Société des auteurs de Poitou-Charentes dont elle a été la première Présidente le 12 janvier 2002. Elle aura à cœur de n’exclure aucun genre et déclarera que « défendre la poésie, trop souvent considérée comme le parent pauvre de la littérature, est un cheval de bataille de l’association ». Pour mener à bien son entreprise elle saura s’attirer l’appui, la sympathie et l’aimable complicité de marraines comme les romancières Régine Desforges, Michelle Clément-Mainard, ou encore Madeleine Chapsal. C’est encore elle qui initiera le Salon du livre de Poitiers, comme celui des Dames du Marais, dans le département des Deux-Sèvres.
On aura compris que sa « cause », c’est celle des femmes pour laquelle elle développe tant d’énergie. Ainsi elle défend l’idée des femmes au foyer, leur image et leurs droits, jusque sur les plateaux de télévision. Elle s’intéresse au travers de conférences aux femmes qui exercent des métiers d’hommes. Elle s’engage pour l’aide aux jeunes femmes mères célibataires, ou encore pour l’aide aux femmes afghanes qui ont été prises dans la tourmente et qui ont trouvé refuge en Poitou. Enfin, la « cause » de Poitiers la motive, notamment dans le dessein de rendre la ville plus colorée et plus agréable à vivre pour les mamans de jeunes enfants.
Enthousiaste et, de son propre aveu, parfois utopique, Isabelle n’a pas froid aux yeux.

Une historienne du Moyen-Âge

Née à Poitiers en 1954, Isabelle SOULARD, diplômée d’études approfondies en histoire médiévale est une passionnée d’histoire régionale et de généalogie. C’est une authentique Poitevine, et le revendique. Son arbre généalogique parle pour elle, puisqu’elle compte dans son ascendance un maire de Poitiers au Moyen-Âge, et un maire de Fontaine-le-Comte au XIXe siècle. Jean-Charles de La Faye, au rang de ses ancêtres, participa à l’installation des Acadiens au XVIIIe siècle. Comme elle se reconnaît des cousins au Canada, ne sera-t-on pas étonné d’apprendre sa contribution significative à l’organisation de cousinades, manifestations d’ordre généalogique rassemblant le plus grand nombre de personnes et de familles unies par un lien de parenté établi.
Cette femme, épouse et mère de trois enfants, est devenue la référence sur la vie des femmes dans le Poitou au Moyen-Âge. Ainsi a-t-elle parcouru les grandes lignes de la condition féminine qui était loin d’être tendre, pour une période qui s’étale de l’an 500 à l’aube de la Renaissance, à l’issue de la Guerre de Cent ans. Elle retrace les moments incontournables de la vie quotidienne et de la vie d’une femme du berceau à la tombe : aimer, enfanter, naître et mourir. Et mourir dans ces temps lointains, c’était vers la trentaine ! La vie des femmes était plutôt courte.
Du Moyen-Âge en Poitou, on se souvient de Radegonde, Reine de France, et d’Aliénor d’Aquitaine, femme énergique, hors du commun, devenue emblématique de la Région. Mais Isabelle Soulard s’est surtout intéressée aux sans grade, à celles qui n’ont quasiment pas laissé de traces dans les « papiers » historiques, et dont même les prénoms ont disparu pour entrer parfois dans le langage courant.
Isabelle, c’est l’écrivaine qui a pris en charge de multiples inconnues dénommées entre autres Adaltrude, Audéarde, Ignitburge, Ildegarde, Lecberge ou Perronnelle, c’est-à-dire par un simple prénom :

« La nouvelle épousée, jusque-là sous l’autorité paternelle, passe sous la coupe de son mari. Cette soumission transparaît tout d’abord dans la façon de désigner la jeune femme. Avant son mariage, celle-ci est appelée soit par son seul prénom dans un contexte qui indique clairement sa filiation, soit par une formule de type Maxence, fille de Pierre de Bueil. Elle peut aussi être dite, en l’absence du père, Raisende, sœur de Guillaume, fils de Salomon. Après ses épousailles, la Poitevine devient Marie, femme de Pierre Agoret. Puis, lors de son veuvage, elle est présentée ainsi : Dame Totenue, femme de feu Aimeri de Dercé, Bonne Foupière, veuve d’Odon, fils de Létard.
La femme poitevine n’a donc d’existence que par rapport à son père, à ses frères où à son mari, qu’ils soient morts ou vifs. L’élément mâle de la famille demeure la référence tout au long du Moyen-Âge. Il arrive même que la femme soit désignée ainsi : Clarisse, mère d’Ascelin Porcher. C’est alors son fils qui sert de référence.
Une évolution peut être décelée à partir du XIIIe siècle dans l’aristocratie. Les « grandes dames » apparaissent seules dans certains actes accompagnées de leur simple titre : Agnès, dame de la Vergne, Béatrice, dame de La Roche-sur-Yon ».

Cela se passait avant la création des Registres de baptême (sous le règne de François Premier), puis de l’état-civil, fruit de la Révolution française de 1789. Nos contemporaines mesureront le chemin parcouru, lesquelles peuvent désormais transmettre leur propre patronyme à l’ensemble de la famille...

La chroniqueuse des femmes

Mais le Moyen-Âge n’est pas la seule période où les femmes se sont distinguées et qui ait motivé et retenu l’attention de l’écrivaine poitevine. Ainsi dans l’ouvrage Les femmes dans la Guerre de Vendée (Geste éditions, 2006), Isabelle Soulard retrace sans a priori la vie quotidienne des Femmes d'Anjou, de Vendée, du Sud de la Loire-Atlantique et des Deux-Sèvres insurgés, en 1793. Le rôle des femmes dans cette « guerre de géants » est minutieusement analysé. Qu’elles soient Blanches ou Bleues, royalistes ou républicaines, ces femmes ne restent pas passives. Combattantes, espionnes, amazones mais aussi victimes, elles tentent de survivre, la peur au ventre, pour leurs enfants, pour leurs époux, paysans, tisserands ou vignerons. Des tranches de vie surgissent ainsi au gré des pages perrnettant aux lecteurs de.vivre de l'intérieur et avec émotion les heures terribles de la guerre de Vendée.

Très remarqué peut-être parce que plus proche dans le temps, son ouvrage Poitevines et Vendéennes sous l’Occupation, trouve son origine à partir de l’atelier « Histoire » qu’elle anima au sein du foyer René Crozet, à l’invitation de sa directrice Madame Catherine Baudy. Il est « dédié à toutes les femmes du Grand-Ouest qui ont payé de leur vie notre liberté ». Des témoignages, préalablement enregistrés, constituent la trame principale de ce livre. Et avec ses Femmes de l’Ouest sous l’Occupation, ce sont plus de deux cent cinquante femmes, de l’estuaire de la Seine à celui de la Garonne, qui ont ainsi accepté d’évoquer leur existence pendant la guerre. Parmi elles, certaines, très courageuses, eurent un rôle très actif comme agents de liaison au service la Résistance ; mais, au retour des hommes de captivité, des maquis ou des combats pour la Libération, on les a fort peu écoutées. L’auteur justifiera ces deux ouvrages qui ont partie liée en ces termes :

« Lors des séances de dédicaces, j’ai tellement rencontré de femmes qui, spontanément, me disaient ce qu’elles avaient vécu pendant la guerre que j’ai eu envie de faire un nouvel ouvrage, plus riche, plus vaste, afin de rendre hommage à toutes ces femmes... Elles ont témoigné dans le but de transmettre aux jeunes ce qu’elles avaient vécu. Toutes, elles avaient envie de parler, de se livrer. Au lendemain de la guerre, elles se sont tues et se sont remises aux fourneaux. C’étaient une joie pour elles d’avoir la possibilité de s’exprimer.»

Ainsi des tranches de vie surgiront des mémoires, une véritable « libération » de la parole, mêlant tout à la fois, l’anxiété, les peurs, les angoisses, les privations, les espoirs, les faits de résistance, mais aussi les trahisons, les règlements de compte, les dénonciations et jusqu’à la captation de propriétés.
Une belle et extraordinaire leçon de vie.

Dans le maquis de l’état-civil : suivez la guide !

Mais c’est le Poitou historique (et plus largement, le Grand-Ouest) qui est en fait l’objet de son regard d’historienne. Aussi trouve-t-on sous sa plume alerte et cursive un ouvrage consacré au Pays des Olonnes, et aux Sables en particulier évoquant tour à tour corsaires et flibustiers courant les mers et les océans, et jusqu’au prestigieux Vendée Globe qui donne toute sa dimension à cette cité atlantique qui n’est pas seulement un station balnéaire de renom, mais une ville des plus dynamiques de la côte.
Cette plongée dans le Bas-Poitou lui donnera l’occasion de nouer des liens avec l’Association des maires du département de la Vendée qui honorera d’une édition son étude dont on veut bien reconnaître qu’elle est en même temps un véritable hommage aux 2434 maires qui ont administré leur commune au cours du XXe siècle. Autant dire que tout ce qui concerne la vie de nos communes ne lui est pas étranger ! Aussi deviendra-t-elle pour la Grande région d’Ouest, certainement la meilleure guide à travers les arcanes et les dédales des salles d’archives communales et départementales et surtout dans le maquis des registres d’état-civil qui n’ont plus de secrets pour cette chercheuse impénitente, véritable détective du passé qui a su mettre à la portée de chacun son Guide de généalogie, ouvrage concis et exhaustif qui permet au généalogiste en herbe « d’aller à l’essentiel ».
Ainsi, mieux que quiconque, Isabelle est-elle celle qui s’avère la plus à même d’aider ses contemporains à regarder vivre ses ascendants et ses propres ancêtres où se cache peut-être quelque personnage illustre, mais plus certainement une véritable armée d’artisans, de commerçants, et par-dessus tout, de paysans, ceux-là même qui peuplaient la France de l’époque pré-industrielle, avec leurs qualités, mais aussi leurs faiblesses, leurs difficultés à vivre, à survivre.
Isabelle est une véritable humaniste qui aime sa région, son pays, sa ville, les hommes et les femmes qui s’y sont succédé et en ont fait les territoires qui nous accueillent aujourd’hui.
Merci, Isabelle !

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Ouvrages d’Isabelle Soulard :
l Les Femmes du Poitou au Moyen-Âge, La Crèche, Geste éditions, 1996.
l Poitevines et Vendéennes sous l’Occupation, La Crèche, Geste éditions, 1999.
l Guide de généalogie en Anjou, Poitou, Charentes et Vendée, La Crèche, Geste éditions, 2001.
l Maires et communes de Vendée au XXe siècle, Assoc. des Maires, Siloë, 2002.
l Les Femmes de l’Ouest sous l’Occupation, La Crèche, Geste éditions, 2002.
l Petite histoire des Sables d’Olonne, La Crèche, Geste éditions, 2004.
l Et quelques articles dans la Revue de la Société des Antiquaires de l'Ouest et dans La
Bouillaie des Ancêtres.
Elle a participé, avec vingt-cinq autres auteurs à l’ouvrage collectif : Poitou-Charentes terre de mémoire : témoignages et récits, Saint-Cur-sur-Loire, Éd. Alan Sutton, 2005.
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Ses ouvrages lui ont valu reconnaissance, prix et distinctions :
Prix de la Société des Écrivains de Vendée ;
Prix de la Ville de Thouars ;
Mention spéciale de la Villes des Sables d’Olonne en 1997 pour "Les Femmes du Poitou au Moyen-Âge".

(Michèle Gardré-Valière et Michel Valière, dans "L'Almanach du Poitevin, 2007, Romorantin, CPE éditions)

Jean Duvignaud vient de nous quitter...

Écrivain, sociologue et anthropologue, d‚abord critique dramatique de La NRF (1953-1955) et directeur de la collection « Les Grands Dramaturges» aux Éditions de l‚Arche, Jean Duvignaud a soutenu le travail de Roger Blin, Arthur Adamov, Samuel Beckett ou encore Eugène Ionesco. Chercheur au CNRS (1956-1960), maître de conférences à l‚université de Tunis puis assistant à la Sorbonne, il fut professeur à l‚université de Tours (de 1965 à 1980) avant d‚enseigner à Paris-VII. Grand animateur de revues, il fonda Scarabée international en 1982, après avoir participé à la création de Théâtre Populaire avec Roland Barthes en 1953, d‚Arguments avec Edgar Morin et Kostas Axelos en 1956, de Cause commune avec Paul Virilio et Georges Perec en 1972. Dramaturge (Marée basse, Gallimard, 1956) et romancier (L‚Empire du milieu, Gallimard, 1971 ; Le Favori du désir, Albin Michel, 1982), Jean Duvignaud est également l‚auteur d‚une ˛uvre théorique importante qui traverse le théâtre (L‚Acteur, sociologie du comédien, Gallimard, 1965), la sociologie (Sociologie de l‚art, PUF, 1967), l‚ethnologie (Chebika, Gallimard, 1968) ou encore la critique littéraire (Perec ou la Cicatrice, Actes Sud, 1993). Depuis 1990, Jean Duvignaud était président d‚honneur de la Maison des cultures du monde.
Nous nous étions croisés à trois ou quatre reprises, là dernière à l'amphithéâtre Descartes, à Poitiers. Retiré à La Rochelle, tu étais venu nous faire partager ton expérience, il y a déjà quelques années.
Respect Jean Duvignaud ! Et Merci pour ton œuvre intelligente et féconde.

samedi, 17 juin 2006

Il prend aux mots les Poitevins: Ulysse Dubois. Portrait d'un homme de cœur

Le Pèlebois ethnographe

Il a le regard malicieux, le sourire tendre, l’accent pèlebois. Il n’aime pas les compliments : « Veux-tu une tape ? » dit-il à celui ou celle qui se risquerait à lui en faire. Pourtant Dieu sait qu’il en mérite une pleine besace, ou un bissac... ce riant et brillant octogénaire qui déclare qu’il n’a « rien inventé». Oui mais, créateur d’airs, de rimes et d’images des rues et des champs, il invite dans sa langue au respect.
Issu d’une famille plus que modeste de la Plaine de la Courance, du côté de Frontenay-Rohan-Rohan, en bordure du marais poitevin, Ulysse Dubois est né en 1925 d’un père qui l’amènera, avec sa mère, dès l’âge de trois ans à Chey (Deux-Sèvres), et à cinq ans à La Barre de Sepvret où on l’y trouve encore, asteùre, avoure en Pays pèlebois, celui de la forêt du plateau de l’Hermitain. Si son père, qui avait « gardé la musique des mots du parler maraîchin » et qui ne manquait pas d’humour ni d’autodérision, était cantonnier, lui, fut enseignant pendant trente ans au Château de Thouars, pour finir ensuite sa carrière comme directeur adjoint du Collège Jean Rostand, en la même ville. Il se souvient tout de même avoir aussi, dans ses débuts, fait la classe six semaines durant aux enfants de l’école d’Huric, dans la commune de Saint-Coutant, avant de rejoindre pour un an et six semaines la maison d’école d’Avon, posée en plein champ... Il partagera sa vie avec Henriette qu’il épousa à la mairie de Sepvret, puis avec trois enfants : Jacques, Lise et leur dernier fils Jean, un artiste de la « chanson française » que l’on peut désormais aller écouter à Paris, entre autres au Limonaire, Cité Bergère.
Ulysse, lui, c’est aux entractes, aux interludes des fêtes des écoles rurales qu’il a commencé à se produire, entre deux saynètes, ou entre deux « théâtres » comme on dit ici, entre deux danses quelquefois, pendant que les draules et les draullères se changeaient d’habit ou de costume. Son répertoire d’alors, en 1955, consistait en des histoires locales exprimées en français et composées sur des airs empruntés aux chansonniers du Grenier de Montmartre, qu’on entendait à l’époque sur le « petit poste ». Sans prétention aucune, évidemment, juste pour occuper le temps et capter encore l’attention du public et éviter qu’il se disperse dans la nature ou les bas-côtés de la salle des fêtes, là où est souvent installée la petite buvette attractive.
Mais, c’est seulement à partir de 1956, avec La Fraechour (la fraîcheur) et Brdasseries (bavardages) qu’il commencera à observer avec un regard plein de tendresse ses proches voisins auxquels il s’adressera avec un tutoiement plein de respect affectueux :

«T’en souvéns-tu, Andrai Mounàe
Dau tenp quant i aliun-t-a l’école ?
T’en souvéns-tu mun paure Andrai
De l’école dau Coudrai ? »

Un jour de printemps de l’an 1 du siècle, Gérard Pierron, le célèbre interprète de Gaston Couté, admiratif et ému devant la qualité de ce qu’il appelait, lui, des rimiaux, sacrait Ulysse Dubois du titre envié de « savant de tous les jours, qui voit, bâtit et pense en son pays pèlebois ». Hommage mérité s’il en est un, tant l’homme de La Barre, il est vrai, a puisé les modèles de ses héros dans son entourage familier. C’est tout un « petit peuple » de gens laborieux, « Lés Copins dau vilajhe » qui, des bancs de l’école jusqu’au soir de leur vie, s’adonnent aux principales activités saisonnières de la vie à la campagne. Aussi rencontre-t-on Péraud et sa charéte trop lourdement chargée de foin, un jour de feneries, écoute-t-on encore les propos que, assise sur son banc de pierre avec le tilleul pr s’acotàe (pour s’appuyer), Françoise échange avec Ortense, Léxandrine, Jhulie, Susun, Malvina, qui « avant trtoutes de l’ouvrajhe çh’enpaeche pa de causàe en ménme tenp... A fasant le tour dau vilajhe avéc lou goule, tout en réchtant a l’unbre dau tilell de la cour a Françoese. »

Le jongleur de mots

Fin connaisseur du poitevin, il n’a pas oublié qu’il avait été un pédagogue d’abord. Aussi, parmi les textes que ses amis et auditeurs préfèrent entendre, figure depuis avril 1981 : « Vous alèz biscàe les mundes », inénarrable leçon de grammaire et de vocabulaire consacrée à la vivacité dans le parlanjhe du « passé simple »... et de quelques autres formes verbales dont le fameux imparfait du subjonctif, généralement peu maîtrisé. Qu’on en juge sur pièce par cet échantillon tiré de l’ouvrage intitulé Le Livre d’imajhes (Geste éditions, 2001, pp. 119-122) :

« ... Ché nous, in pou, ol ét un pouèll,
Le verrou, in couréll,
É le seuil, in bassèll,
La nuque, ol ét le cagouét,
Le tréteau, in brchét,
Le grillon, in grlét,
Le sabot, ét in bot,
Le sifflet, in subllot,
Le dindon, in perot,
La faux, ol ét in dall,
Un caillou ét in chall
Le désordre, un drigall.

J’allai chez vous,
Tu allas chez eux,
Elle alla au lavoir,
Nous y allâmes hier au soir,
Vous y allâtes vous aussi,
Ils y allèrent tous.

I o sé qu’ol ét françaes !
Mé vela daus énvenciuns
Pa si sénplles a pllaçàe den la cunversaciun
Ché nous, o vat tout seùl, o patine pa, o force rèn :

I anghi ché vous,
T’anghis ché zàus,
Al anghit au lavour,
I y anghiriun yèr au sàe
Vous y anghiriéz vous-tou,
Le y anghiriant trtouts.

É lai-tou, çhéte draullére d’Alice,
Mén i aràe velu qu’a cunprénghisse
Prquoe qu’i velàe pa qu’a y anghisse... »


Mais le faiseur de rimes s’est fait aussi lexicographe, en animant, à partir de 1967 et pendant une trentaine d’années, et à raison de six fois par an ce qu’il appelait alors L’Équipe de la Crèche. Celle-ci se réunissait dans une salle mise à la disposition par la commune pour y décliner les mots de tous les jours, techniques, familiers, concrets ou abstraits, moraux ou satiriques, dans le dessein de les coucher dans un « grand livre ». En effet, la Société d’études folkloriques du Centre-Ouest (SEFCO) avait avancé, à partir de 1965, l’idée de réaliser un dictionnaire ou un glossaire des « parlers populaires de Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois ». Après bien des déboires, des difficultés, des lassitudes, des abandons, des décès, des chamailleries, celui-ci a finalement vu le jour, sous les efforts conjugués d’Ulysse, de Jacques Duguet, de Jean-François Migaud, de Michel Renaud, et des nombreux collaborateurs de toute la région Poitou-Charentes qui ont apporté leurs contributions. Mais, on doit beaucoup à l’enthousiasme, à la ténacité et surtout à la « diplomatie » d’Ulysse Dubois, la conduite à bonne fin de cette entreprise remarquable d’un ensemble de cinq volumes réalisés entre 1992 et 2004.
Ainsi non seulement est-il l’un des principaux artisans de cette somme linguistique, mais encore le « chef de file » de quelques praticiens de la langue régionale, au rang desquels Suzanne Bontemps et Robert Beau qui créent dans une perspective tendre et poétique, parfois nostalgique, loin de la facilité qui consiste à n’utiliser le poitevin que dans un registre où le comique a trop souvent servi d’alibi à stigmatiser certains traits stéréotypés du comportement paysan, des citadins et de la femme, souvent peu considérée. Son poème La Vièlle illustre parfaitement l’orientation humaniste de sa créativité :

Quant al at réçounai avéc rén qu’ine patate,
In petit réchtant de pouràie, ine poume é tres caleas,
Qu’al at mi in petit de lét den l’éçheule a sa chate,
A s’assit devant le foujhàe, é pi qu’ét o qu’a fét ?
A dort in petit, la viélle...

« Velàu boere in cot, facteùr ? Merci pr lés nouvéles !
Y at o rén que le jhornal ? Qu’ét o dun qu’o y at de neù ? »
A s’assit den la fenàetre pr lire la pajhe de Méle ;
Moén d’in quart d’eùre enpràe, la vela çhi dort dessu.
A dort souvent, la viélle.

L’artiste du quotidien

Mais l’homme de lettres se double de l’artiste, de l’homme de scène, friand du contact direct et non médiatisé avec son public. Il excelle dans le genre, et si l’on ne rit pas gras, on y sourit, ce qui lui convient parfaitement. Cette gratitude discrète des « gens qui s’y reconnaissent » suffit à la plénitude de sa performance d’acteur. À l’aise dans ce timbre grave et puissant de celui qui joue allègrement avec les mots d’une apparente légèreté, il a le talent d’un jongleur à vous couper le souffle. Ainsi, par exemple, le voilà à balancer des ssssssssssssss des chchchchchchchch et encore des çhçhçhçhçhçhçh, qui fleurissent dans les gorges pèleboises. Il s’y découvre roi des virelangues lorsqu’il vous chuinte son Sou çhau chou (sous ce chou !) qu’il a déjà servi deux cent quarante fois à des publics médusés :

Çhi çh’at dit çheù ?... hén ! Çhi çhi at dit çheù ? Çhi ét o çhàu ou çhi ét o çhéle çhi at dit çheù ?
O n-ét cheùt de çhàus d’içhi ?
Pa çhàu çhi at lés piàus çhi çhi cheùsant su sés usses ?
Pa çhéle çh’at çhau chignun çhi démanche ?
Pa çhàu çh’at çhau chéti chapea ch’ét cheùt ?...


S’il y a du Devos en lui, et du meilleur, il y a aussi du Rabelais et du Prévert. Il faut l’avoir vu et entendu mettre en vers chantés ses interminables inventaires de patronymes féminins des grands-mères, Les Nums daus nenaes : « ... Mausàie, Salàie, Bosbue, Marbue, Barillote, Bisote, Papote, Popinote, Baudouine, Bévine, Chatine, Niauline, Sabourine, Martine, la felle a Martin, Peloçhine é Robine, la felle a Robin... » et il vous en aligne comme ça les deux tiers de la commune. Il a la rime facile et le sens des alliances de sons et de mots.
Son public, c’est « le » public ; aucun cabotinage ne l’habite. Il se plaît autant à dire son fait qu’à se dire lui, autant sur les meilleures scènes régionales, dans les bibliothèques et médiathèques, qu’à l’issue d’un banquet ou d’un repas entre bons amis. Parce qu’Ulysse, c’est d’abord un ami ; votre ami.


Michel et Michèle Valière, L'Almanach du Poitevin 2006, CED.


Ouvrages d’Ulysse Dubois :

A l’inbre dou tilell, Mougon, Geste paysanne / Atelier parlange de l’UPCP, 1986.
Écrivajhes, Mougon, UPCP, Geste paysanne, 1985 (pp. 131-135), en collaboration avec 52 auteurs de 1850 à 1984.
Va lou dire, Içhi queme allour, Geste éditions, 1993, en collaboration avec Robert Beau (Plus cassette).
Le Livre d’imajhes, La Crèche, Geste éditions, 2001.
Glossaire des parlers populaires de Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois, Saint-Jean-d’Angély, SEFCO, 5 vol. (1992-2004), en collaboration avec Michel Renaud (vol. 1-5), Jean-François Migaud (vol.1-4), Jacques Duguet (vol. 1-3), James Angibaud (vol. 5),

Discographie :

Contes et nouvelles du Pays Pèlebois, n°1, disque vinyle, 30cm, 33t, ADAC / UPCP-Geste paysanne.
Contes et nouvelles du Pays Pèlebois, n°2 , disque vinyle, 30cm, 33t, ADAC / UPCP-Geste paysanne.
En collaboration avec Gérard Pierron et al. : Les Cent printemps des poètes, disque vinyle, 30cm, 33t, Jam, éd. Christian Pirot, 0485 / EB54, Enregistrement public au Printemps de Bourges, 1985 (Prix Académie Charles Cros).
Venez vous sacàe den ma chaçun, CDUP87, Parthenay, Geste éditions, 2001.

22:54 Écrit par belvert dans PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook