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sociologie

  • Comme suite aux événements du 13 nov 2015...

    Eh bien, la vie, même précaire, continue. Je reprends donc un peu de service auprès de vous; sur notre blog.

    Nous pensons aux blessés aux rescapés; auxx familles des disparus. 

    Notre admiration aux divers intervenants dans les secours à quelque titre que ce soit.

    Courage à tous. La Vie bat son plein.

  • Notre blog "Cultures et territoires" est ouvert sur le monde, naturellement... Quelques mots "tirés de nos cartons et vieux papiers" sur les Acadiens, chers aux Français de l'Ouest, et à tous ceux qui ont histoire et identité chevillées au corps.

    Mobilisations identitaires d’Acadiens

    *

    par Michel VALIERE

    « Une inconsolable plainte tient lieu de l’origine » écrit Paul Chamberland le poète rebelle, combattant et universitaire québécois. L’évocation des bûchers de Montségur pour les  militants occitans, la déportation et les camps d’extermination pour les Juifs d’Europe, le Grand Dérangement pour les Acadiens font partie de ces événements historiques d’une « mémoire longue » chère à Françoise Zonabend, qui se sont gravés à jamais dans la mémoire collective. Faire écho à l’un de ces événements-matrices (le mot est de l’historien Emmanuel Leroy-Ladurie) suffit à réveiller, stimuler, parfois exacerber un sentiment d’appartenance à un groupe qualifié de minoritaire, c’est-à-dire d’une façon ou d’une autre dominé par un ou des groupes tiers. Rappelons qu’il n’y a pas, sauf erreur, de définition en droit international du concept de « minorité » ; il est de la responsabilité de chaque État de reconnaître ou non telle minorité, cette reconnaissance se faisant selon des critères culturels, « ethniques » ou religieux,  et parfois sur des langues dites minoritaires. Les gouvernements, en effet, redoutent l’activisme de groupes humains susceptibles de remettre en cause les frontières dans une perspective irrédentiste. L’usage d’une langue spécifique (le basque, le catalan, l’occitan dans l’un de ses dialectes, le yiddish, le « français » acadien...), n’étant que l’un des critères parmi d’autres de la perception d’une différence communautaire, peut devenir insupportable aux yeux d’un  groupe dominant.

      Dans cette communication, je me propose, en m’appuyant sur ma propre expérience de relations suivies avec nombre d’Acadiens (et de Québécois) depuis 1972, ainsi que sur des « documents patrimoniaux1 »,  de présenter l’émergence itérative d’une conscience identitaire chez les Acadiens, notamment parmi la jeunesse, en butte à un pouvoir régional tenu depuis plus de deux siècles par des notables anglophones et pour la plupart francophobes. Ceux-ci représentent la puissance politique et économique ainsi que la domination sociolinguistique par déni du français (langue historique des Acadiens) et son rejet au rang de patois désuet, le « french patois » (sic),  en regard de l’anglais international, vecteur de « pensée unique » (Hagège, 2012). Cette situation, autant injuste que révoltante, exacerbe en conséquence le sentiment d’acadiennité et, par delà, exalte des sentiments nostalgiques d’une histoire confisquée. Toutefois, le biculturalisme, devant s’appliquer depuis 1993 à tout le Canada, s’impose désormais, bon gré mal gré, au Nouveau-Brunswick. La situation y semble aujourd’hui un peu mieux équilibrée et permet au « miracle acadien » (Martin, 1936, p. 45), déjà extraordinaire et émouvant par son attachement à sa religion et à la France, d’envisager une communauté de destin avec d’autres.

    A. Une terre disputée

    Rappelons que les Acadiens descendent de laborieux migrants provenant essentiellement de la France de l’Ouest à partir de 1604 et qui se sont installés  et ont essaimé dans les régions maritimes qui ont pour noms aujourd’hui Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Île-du-Prince-Édouard. Ils ont été et demeurent des victimes de l’histoire du Nouveau Monde, et surtout des conflits qui ont déchiré les colonies françaises et les colonies anglaises qui convoitaient les mêmes terres déjà mises en valeur par les paysans et artisans émigrés de France. Les Anglais demandant que les Français prêtent serment à la couronne d’Angleterre, les Acadiens refusèrent car ils voulaient rester neutres. En 1755, le gouverneur anglais craignant une résistance  décida de saisir leurs fermes et de déporter 12 000 personnes vers le sud du Nouveau Monde et même en Europe...

      Voici pour mémoire un extrait d’une lettre du gouverneur Lawrence au colonel Monkton en date du 9 août 1755, publiée dans The New-York Gazette, le 26 août 1755, puis dans The Pennsylvania Gazette, le 4 septembre de la même année (ibid., p. 284) : « Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Français-neutres qui ont toujours été nos ennemis secrets et qui ont encouragé nos sauvages à nous couper la gorge. Si nous pouvons réussir à les expulser, cet exploit sera le plus grand qu’aient accompli les Anglais en Amérique, car au dire de tous, dans la partie de la province que ces Français habitent se trouvent les meilleures terres du monde. Nous pourrions ensuite mettre à leurs places de bons fermiers anglais... »

       Ces fameuses terres, en effet, sont au cœur des hypothèses en cours concernant le nom d’Acadie. L’une d’elles pose que la beauté de l'endroit aurait incité l’explorateur à se croire dans l’Arcadie paradisiaque de l'ancienne Grèce.Une autre prétend que le nom « Acadia » ou « Arcadia » proviendrait de paroles des Amérindiens que Giovanni da Verrazzano rencontra lors de son voyage. En effet, ceux-ci répétaient le mot « Quoddy » ou « Cadie » pour désigner le lieu qui les entourait. Enfin, une troisième interprétation, extension de la précédente, voudrait que « La Cadie » soit une adaptation française d’un mot indien emprunté aux Micmacs pour désigner une terre fertile. Ce nom figure dans l’incipit d’une chanson recueillie en 1916 et rapportée dans l’un de ses ouvrages par le folkloriste Marius Barbeau (Barbeau, 1962, pp. 227-228) : « Dans La Cadie luy a / quatre-vingt-dix Cayennes/ Un soir se promenant/avecque leur chandelle/Dans leur chemin rencontr’ le roi de l’Angleterre [...] Le roi prit son épée/La belle sa quenouillette/D’un coup de quenouillette jeta le roi par terre [...] »

      Objet de convoitise des Anglais, l’Acadie pourtant ne s’est pas faite toute seule. Ses terres fertiles ne l’ont été que grâce à l’opiniâtreté et au savoir-faire des nouveaux arrivants qui les ont vaillamment disputées aux eaux salées par l’endiguement des marais et la construction d’aboiteaux, lesquels représentent l’une des marques identitaires des premiers Français gagnant des terres arables aux dépens de la mer, évoqués dans l’histoire orale (Cormier, 1978, p. 11). Mais c’est aussi un « peuple », selon l’affirmation péremptoire de l’ethnographe et romancière Antonine Maillet : « Les Acadiens sont un peuple, et un peuple est plus fort qu'un Pays. Un Pays est une institution, mais un peuple est plus fort qu'une institution, car il a une âme, il a des rêves, il est vivant. » Cette position de la folkloriste est quasiment reprise en boucle à travers les médias, comme définitoire de l’Acadie contemporaine. Je me permets d’ajouter que ce « peuple » en 1881 s’est choisi pour emblèmes : la journée mariale du 15 août pour fête nationale ; le cantique catholique Ave Maris Stella pour « chant national » ; enfin le drapeau tricolore (français) agrémenté d’une étoile d’or piquée dans le bleu « représentant la renaissance et la vitalité du peuple acadien » dans la paix. Paix qu’expriment un siècle plus tard ces quelques vers de la chanson d’Édith Butler et Lise Aubut2 : « J'ai jeté dans la rivière/les fusils de la guerre/car l'amour est bien plus fort /que les canons de la mort / Moi qui suis d'un pays/ qui fut brimé qui fut trahi/moi qui suis d'un pays/qui ne connaît pas l'oubli/À vivre notre histoire /de tourments et de peines/à vivre notre histoire/ qui ne connaît pas la haine/Malgré le vent qui mord/ et les chiens affamés/ malgré le vent qui mord /et les loups de tous côtés.»

    B. Un peuple, une langue et des rêves 

    Force est de reconnaître que plus de deux cent cinquante ans après les événements particulièrement violents de la Grande Déportation, les ressortissants d’une culture réputée ancestrale et francophone, qui avait su nouer des relations pacifiques avec les premières nations sur place, sont encore bien vivants et se pensent fondés à se présenter sous la forme pronominale de « nous », les Acadiens. Aujourd'hui, plus de deux millions de personnes se réclamant d’une origine acadienne occupent la terre d'Amérique, dont près d’un million sont implantés au Québec.

      Mais cette situation multiséculaire actualise aussi une situation d’anomie, de « désorganisation sociale » et parfois de démoralisation des individus, contraignant ceux-ci à une existence parfois perçue comme privée de signification puisque ne pouvant se reconnaître dans un État-nation autre que le géant canadien. En effet, aucun territoire stricto sensu ne peut être revendiqué actuellement comme représentant l’Acadie. L’Acadie, « ils l’ont dans leur tête » me rétorquera, questionné à ce sujet, l’un des maîtres qui contribuent avec quelques autres à configurer la culture acadienne par l’examen minitieux des faits ethnographiques et notamment de la littérature orale (Labelle, 2008). Tous les facteurs historiques évoqués sont naturellement peu propices à la reconstruction identitaire du « groupe initial », à sa créativité comme à toute perspective de développement cohérent sur un territoire mal défini, aux frontières impalpables et au sein duquel chacun au fond ne peut que se sentir étranger, disons dans une Tour de Babel langagière. Y règne quasiment sans partage l’anglais aux côtés du français, du chiac anglais  ou chiac français, selon le point de vue, et parfois même du joual québécois. Et ce d’autant plus que des descendants des colons venus de France n’ont plus qu’un lointain souvenir de la langue et se présentent désormais dans des termes tels que « I am Acadian » ; ou comme ce témoin déclinant son identité sous forme d’un chiasme : « Je suis français acadien ; canadien français ! » Parfois encore, c’est « Je suis québécois acadien, ou acadien du Québec ! » Dans ces conditions, la notion de « minorité » apparaît peu appropriée dans certains des contextes sociaux et culturels où se trouvent engagés des Acadiens  fiers de l’être, à l’image d’une admiratrice laissant pour tout commentaire à la suite d’une vidéo (consultée en ligne) du Cadien de Louisiane, le très célèbre chanteur Zachary Richard : « Fière d’y être acadien ? Well moé oui ! »

      La question linguistique, qui a toujours été centrale pour les Acadiens de tous les horizons, suscite chez eux des débats passionnés aux accents parfois très émouvants. En effet, l’Acadie qui tente de maintenir le français, en milieu dominant anglophone, fait généralement l’admiration reconnaissante de Français de France pour une telle fidélité au pays du départ depuis l’Ancien Régime. Toutefois, on peut assister en même temps à la surrection, voire au développement du chiac. Celui-ci, parfois désigné comme « notre dialecte »,est aujourd’hui revendiqué avec force par certains jeunes Acadiens comme étant leur parler propre, dans une société contemporaine où l’anglais occupe une place prépondérante et jouit en outre d’un statut international, comme langue de l’économie, du commerce et de la science. À ce sujet, déjà en 1968, le prestigieux cinéaste québécois Michel Brault avait réalisé le film Éloge du chiac3qui avait eu un impact considérable dans les milieux acadiens. Quarante années plus tard, la cinéaste Marie Cadieux a retrouvé les collégiens qui avaient pris part au film et les a réunis à nouveau, sur le même sujet, faisant ressortir des regrets chez certains de ne pas avoir su s’impliquer davantage dans l’apprentissage et le maintien de la langue commune, le français et son dialecte local, le chiac pourtant connue dans leur famille, mais pas toujours pratiquée. La cinéaste confiera au journaliste du Nouvelliste, François Houde4 : « À tous les jours, à Moncton, où j'habite, c'est un acte presque politique que de parler français et c'est loin d'être terminé. Pour moi, il n'y a pas de mesures à prendre pour protéger le chiac. C'est une langue parlée et une langue qui va toujours se parler. Ce qui compte, c'est que chacun puisse s'exprimer à sa façon. »

      Depuis deux ou trois décennies, cette double ou même triple aptitude langagière est désormais utilisée sans complexe et même avec jubilation, non seulement comme instrument quotidien de communication, mais aussi dans leurs créations par des artistes et des groupes en tant que composante de la culture collective acadienne contemporaine. Je ne veux retenir pour l’exemple que les ensembles 1755, Radio Radio ou les Méchants maquereaux qui tous écrivent et chantent avec bonheur en chiac, et se font connaître au monde par les réseaux sociaux dont les jeunes sont adeptes et friands. Ils apportent ainsi au monde leur pierre à la « diversité », dans la lutte contre l’esthétique et la pensée uniques (Hagège, 2012).

    C. La tentation diasporéique

    Mais pourquoi après avoir fondé la première colonie en Amérique du Nord, « ce peuple » doit-il encore lutter pour dire à la face du monde qu'il existe toujours et qu’il faut encore compter avec lui ? Des chercheurs, ethnographes et anthropologues, gens de lettres, s’appliquent depuis près d’un siècle à recueillir des empreintes, les traces des traditions, des histoires familiales, comme pour légitimer l’existence d’un grand Tout détruit, puzzle susceptible d’une relecture post-moderne pour un devenir en puissance. Parmi eux, citons feues Lauraine Léger et Catherine Jolicœur, Charlotte Cormier, Barry Ancelet, Ronald Labelle, Jean-Pierre Pichette, le Père Chiasson, le folkloriste et historien de l’Île-du-Prince-Édouard, Georges Arsenault, lequel vient de faire paraître en janvier 2011 aux éditions La Grande Marée un nouveau livre sur les traditions acadiennes, intitulé La Chandeleur en Acadie5 qui fait suite à deux volumes sur les thèmes de Noël (2005) et de la Mi-Carême (2007).

     De son côté, intrigué, le cinéaste québécois André Gladu6 est parti à la rencontre d’une grande foule d’Acadiens pour chercher à comprendre l'esprit qui anime ce « peuple » et à retracer son histoire singulière au cœur du continent américain. Aussi présente-t-il dans son film Tintamarre, la piste Acadie en Amérique7, de fascinants personnages, pour qui la défense de la culture acadienne demeure la préoccupation et l'œuvre de toute une vie. En effet, le 15 août des Acadiens est marqué par le Tintamarre, fête identitaire, et dont le bruit est devenu le cri de tout un peuple « pour ne pas se faire oublier » tant est grande chez un certain nombre de personnes la tentation d’uneassimilation, considérée comme une posture fataliste pour ceux qui craignent de ne pas pouvoir accéder à un emploi doté d’une certaine valeur sociale. Ainsi, des gens poussés par les contraintes économiques, la peur de l’avenir, alors même qu’ils ne souhaitent pas oublier, encore moins nier leurs origines, subissent littéralement un double bind. Celui-ci, générateur d’angoisse et donc de souffrances se transmet au fil des générations à travers les différents espaces où survivent comme « minorité » les descendants des exilés acadiens. Aussi semblent-ils, pour nombre d’entre eux, enclins à la tentation diasporéique.

      Mais est-il légitime de parler de « minorité acadienne » plutôt que de « diaspora », au sens que ce terme8 a pris dans la langue française sous la plume d’Ernest Renan dans son Histoire du peuple d’Israël (Paris, Calmann-Lévy, 1892, t. 4, p. 215) ? En effet, l'Acadie, revendiquée comme nation d’attachement de cœur et d’une histoire partagée, actuellement mal définie dans des frontières étatiques reconnues, est représentée par des communautés généralement francophones, éparses dans l’espace politique du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle Écosse, de la Louisiane, mais pas seulement. En fait, l’Acadie se présente aussi  comme un ensemble de petites communautés ayant essaimé en raison des vicissitudes et de la violence de l’Histoire. Ces deux critères à eux seuls légitiment que soit appliquée aux Acadiens le terme de diaspora. En effet, un passé dramatique, une crise économique,  une famine, un exode, une « épuration ethnique », une guerre de conquête interethnique, politique ou religieuse, peuvent aboutir à la dispersion de populations et c’est la totalité des membres dispersés qui crée par cette migration, indépendamment des générations concernées, une nouvelle communauté transnationale plus ou moins homogène, susceptible d’exprimer un sentiment d’appartenance affirmé (Valière, 2003). L’Histoire en a voulu ainsi pour l’Acadie qui est donc, depuis bientôt trois siècles, confrontée à la question de sa reconnaissance tant au niveau national qu’international.

     Et c’est à ce niveau que le travail de mémoire se poursuit en investissant autant les lieux du drame que ceux des territoires de refuge et de réinstallation, parfois par le truchement d’événements culturels relevant de la living story, l’histoire vivante, en reconstituant pour mieux la faire appréhender la violence de la déportation de familles françaises pourtant neutres et pacifiques. Aussi, une série de monuments ont été érigés au Canada atlantique (provinces maritimes), au Québec, aux États-Unis, en France, en Angleterre et aux Antilles. À lui seul, le Canada comptera dix monuments, le dernier en date étant, sauf erreur, celui implanté en 2011 par la Ville de Bécancour au Québec dont on sait que, dans le dessein de commémorer le 250e anniversaire de la Déportation, elle a provisionné 35 000 $ pour faire l'acquisition de ce monument « d'une quinzaine de pieds fait de marbre et de bronze ».

     Loin d’oublier leur propre culture et à la recherche d’une cohésion forgée dans l’épreuve, les diverses communautés acadiennes aux États-Unis (Louisiane, Maine), au Canada (« minorité » au sein de la « minorité québécoise », par exemple) ou en France, cultivent une mémoire collective, en créant des cercles de sociabilité pour supporter la solitude de l’éloignement, restructurer leur groupe, conforter les identités. Sans la mise en place de réseaux d’échange et de solidarité, ces populations perdraient, par la pression du contexte, comme par les inter-mariages, identité et compétences linguistiques avec des risques de pertes et d’hybridations ; il en est souvent ainsi pour les langues « diasporisées ». Certes, toutes les migrations internationales ne sont pas vouées à produire des ensembles durables constitutifs de diasporas. Mais il apparaît que les cultures en sont venues à se différencier en raison des nouveaux contextes et à poursuivre leur dynamique propre. L’opposition lexicale cajun/cadien venant sceller définitivement cette distinction, la musique cajun ne se laissant pas confondre avec la chanson acadienne emportée dans l’élan de la chanson québécoise avec ses grands noms.

      En France, et singulièrement dans la région Poitou-Charentes, où l’on est très sensible à la culture populaire des Acadiens, si l’on signale des lieux de départ vers le Nouveau-Monde, comme dans le Loudunais, avec le petit musée de La Chaussée (dans la Vienne), c’est surtout le retour des Acadiens en Poitou, dans le Châtelleraudais, qui fait l’objet d’une attention particulière. Ainsi le musée acadien d’Archigny a investi l’une des fermes où s’était installée une famille de retour. L’État, de son côté, a inscrit, au titre de la loi de 1913 sur les Monuments historiques, deux « maisons acadiennes » parmi la trentaine encore existantes sur la Ligne Acadienne, portion de la Route départementale 9 entre La Puye et Archigny. Le Conseil général de la Vienne ainsi que le Conseil régional de Poitou-Charentes développent et soutiennent des actions en faveur des associations et des autres structures qui font le lien avec des institutions et groupements acadiens, dans l’espoir d’échanges culturels9 et économiques, espoir condensé dans le titre donné à un DESS soutenu à la Faculté de sciences économiques de Poitiers « Nos cousins d’Amérique : une chance pour le Poitou-Charentes Charentes»(Bouly, 1992).

      Mais, outre les diverses actions de commémoration de par le monde, des rassemblements sont organisés en vue de la structuration du peuple acadien, de l’analyse de cette société morcelée, de la dynamique de sa culture, de l’affirmation de son identité et de sa langue avec ses variantes. Les soutiens ne manquent pas, à l’exemple de celui de l’État du Maine qui s’est engagé à verser un million de dollars pour l’organisation10 du Congrès mondial acadien de 2014. L’événement, très attendu, devrait attirer plus de 50 000 visiteurs en Acadie des terres et forêts, soit le nord du Maine, le nord-ouest du Nouveau-Brunswick et le comté de Témiscouata, au Québec. Par ailleurs, les organisateurs espèrent toujours recevoir un financement fédéral de Washington.

    Conclusion

    Quelle place pour l’Acadie et les Acadiens, disons pour l’Idée acadienne,  dans le concert des nations et de la francophonie en particulier ? On imagine bien la difficulté d’apporter une réponse définitive à cette question légitime. En effet, l’Acadie, extraterritoriale, doit, d'une part, trouver les moyens de préserver et développer une identité propre sans le secours, qui la rendrait dépendante, d'un État exclusif et dans les conditions difficiles que l’on devine par la forte pression de cultures autres, concurrentielles, disposant de moyens beaucoup plus imposants que les siens et jouissant d’un prestige mondial certes contestable ; d'autre part, elle doit aussi composer avec des cultures et des communautés nationales, voire internationales, parfois démographiquement plus imposantes, dont elle espère reconnaissance et légitimation. Enfin, comment l'Acadie, fille métisse de l’Europe et du Nouveau Monde, sous sa forme de diaspora transcontinentale, peut-elle aussi contribuer à l’établissement et au partage de valeurs universelles cohérentes avec son histoire propre.

     


    1 Cette notion figure explicitement dans la Loi sur le patrimoine culturel au Québec (adoptée le 19 octobre 2010) pour désigner, selon le cas, un support sur lequel est portée une information intelligible sous forme de mots, de sons ou d’images, délimitée et structurée de façon tangible ou logique, ou cette information elle-même, qui présente un intérêt pour sa valeur artistique, emblématique, ethnologique, historique, scientifique ou technologique.

    2 Cette chanson, interprétée en 1978 par Édith Butler sur le disque L'Espoir (collection SPPS ; n° PS-19904), m’a été communiquée par l’ethnomusicologue Charlotte Cormier, la même année. Qu’elle en soit ici remerciée !

    3 Le chiac, ou langue chiaque,  se définit comme la langue parlée dans la région de Shédiac et de Moncton, au Nouveau-Brunswick, distincte du français acadien. On le dit fait à partir de la syntaxe du français et  du point de vue lexical avec des « mots vieillots ou archaïques » et des « intrusions d’anglicismes. »

    4 http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/arts-spectacles/201001/27/01-943441-on-ne-rigole-pas-avec-la-langue.php

    5 La Chandeleur, célébrée le 2 février en l’honneur des relevailles de la Vierge Marie, était une journée importante du calendrier religieux et social en Acadie. Dans certaines régions, elle était même l’une des plus grandes fêtes de l’année.

    7Réalisé en 2004, ce long métrage (79 min 42 s) est entièrement consacré à la vitalité de la culture acadienne.

    8 Forgé à partir de diaspeirein, « disperser, disséminer», ce terme figurait dans les Septante, pour désigner la situation de communautés juives implantées en Égypte, au IVe siècle av. J.-C., et soumises à une acculturation. Les Juifs adoptèrent alors la koiné (langue banalisée), qui allait supplanter l’araméen et l’hébreu. Pendant longtemps, la diasporahébraïque (avec « D » majuscule) a été considérée comme l’archétype de phénomène migratoire à grande échelle.

    9 Il en est ainsi du festival Les Cousins d’Amérique (Québec ; Acadie, Louisiane) organisé pour la quatrième fois en 2011 par l’association Laeta, dans les communes du Loudunais. Il réunit conteurs et musiciens et programme des concerts, spectacles, projections de films, etc.

    10 En quatre versements égaux, pendant quatre ans, au comité organisateur dudit Congrès.

    RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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    Cahiers d'Etudes hongroises et finlandaises (2011), n° 17 : « Europe, Minorités, Liberté de religion ».

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    Les Temps Modernes (1973), n° 324-325-326 : « Minorités nationales en France ».

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    Port Acadie. Revue interdisciplinaire en études acadiennes.

    Rabaska. Revue d’ethnologie de l’Amérique française.Québec : Société québécoise d’ethnologie.

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    Valière, M. (2003). " Diaspora", dans Ferréol, G. et Jucquois, G. (dir. ), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles. Paris : Armand Colin, 89–91.

  • Journée d'études en ethnomusicologie de la France: Toulouse Sept. 2014

    Centre International de

     

    Recherches Interdisciplinaires

     

    en Ethnomusicologie de la France (http://cirief.fr)

     

     

     

    CIRIEF (Centre International de Recherches en Ethnomusicologie de la France)

     

    Journée d’études 2014

     

    « Les nouveaux enjeux de l’ethnomusicologie de la France : 

     

    Adapter les objectifs, les outils et les méthodes de recherche

     

    à la mutation rapide des terrains français »

     

     

    Vendredi 26 septembre 2014

     

    Université de Toulouse Le Mirail, Maison de la Recherche, salle D 31 (entrée libre)

     

     

     

    9h : Accueil des participants.

     

    9h15 : Ouverture de la journée d’études par Luc Charles-Dominique (président du CIRIEF).

     

     

    Patrimonialisations…

     

     

    9h30 : Jean-Jacques Castéret (Institut Occitan d’Aquitaine - Ethnopôle),

     

    “Un territoire, des communautés : l’ethnomusicologue dans le concert des patrimonialisations des pratiques musicales en Sud Gascogne”

     

     

    10h : Marlène Belly (Université de Poitiers)

     

    Le chant de labour fait son bœuf !

     

     

    10h45 : Luc Charles-Dominique (Université Nice Sophia-Antipolis — IUF)

     

    “La dimension territoriale dans la patrimonialisation française actuelle des musiques traditionnelles”

     

     

    11h15 : Corinne Savy (Université Montpellier 3 Paul Valéry)

     

    “Le rôle de la France dans les stratégies de la patrimonialisation du flamenco”

     

     

    11h45-12h30 : table ronde.

     

     

    Nouveaux terrains, nouvelles pratiques, nouvelles méthodes et nouveaux outils

     

     

    14h30 : Yves Defrance (Université de Rennes 2)

     

    “Sonner au féminin, un atout pour le renouveau des musiques traditionnelles. L'exemple breton”

     

     

    15h : Guillaume Veillet (Conseil Général de Haute-Savoie)

     

    “Le témoin comme acteur du revivalisme : une expérience de "collecte" en Savoie au début du XXIe siècle”

     

     

    15h30 : François Gasnault et Marie-Barbara Le Gonidec (iiAC-LAHIC, CNRS-MCC-EHESS)

     

    “Évaluer et éditer les enquêtes ethnomusicologiques du MNATP : un retour indispensable sur une entreprise monopolistique”

     

     

    16h-16h45 : Table ronde et conclusion.

     

     

    Renseignements : Luc Charles-Dominique : luc.charles-dominique@unice.fr

     

  • Antiquaires et folkloristes : essais ethnographiques en Centre- Ouest du début du XIXe aux premières années du XXIe siècle

    Par Michel Valière.


    Fondée en 1814, la Société royale des Antiquaires de France prolonge pendant quelque temps encore les activités de l’Académie celtique défunte. Elle publie ses premiers Mémoires en 1817 mais connaît la désaffection et le désintérêt de ses acteurs, peu enclins à s’engager trop avant sur des pistes où la celtomanie régnait en maître. Elle cesse ses activités vers 1830, non sans avoir produit, pendant ce laps de temps d’existence, nombre de travaux de collecte de traditions populaires1 ou des notes sur les parlers régionaux (dialectes)2 qui lui étaient parvenus par diverses voies. Elle ouvre la route aux folkloristes et ethnographes regroupés dans des sociétés savantes qui réaliseront de longues et patientes recherches, souvent très fructueuses, avant d’être marginalisés eux-mêmes à leur tour et certainement pour longtemps.
    Une « société savante » du Centre-Ouest
    Parmi les sociétés savantes dans les régions, dont la Société des Archives historiques du Poitou, citons pour l’exemple la Société des antiquaires de l’Ouest fondée à Poitiers au cours de l’année 1834 et qui est autorisée par décision ministérielle en 1835. Elle s’est donné pour objectif « la recherche, la conservation, l’étude, la description et la publication des monuments historiques entre la Loire et la Dordogne ». Son premier président, Charles Mangon de la Lande, alors directeur de l’enregistrement et des domaines, devait entretenir entre ses membres une émulation humaniste. Lors de la réunion inaugurale du 13 août 1834, il définit en ces termes le sens des recherches à entreprendre :
    « L’archéologie a tant de branches à exploiter ; c’est elle qui va fouiller dans la poussière des peuples primitifs ; c’est à elle qu’il appartient de tracer l’histoire de leurs monuments, de leurs croyances, de leurs mœurs, d’approfondir les traditions, d’étudier avec une critique raisonnée les vieilles annales, les chroniques presqu’effacées ; de comparer entr’eux les Codes et les Lois qui se sont succédé de siècle en siècle ; par la numismatique nous retrouvons les noms, les titres des différentes magistratures, les formes judiciaires, les usages civils, religieux et militaires, les instruments domestiques et aratoires, et souvent jusqu’à la figure des plantes et d’animaux qu’on ignorait, dont on niait l’existence et qu’on a retrouvés depuis [...] C’est au fond des choses [...] qu’il faut aller fouiller et que nous devons le faire sans apparat, sans bruit et modestement, dans l’intention unique d’être utile à la Science et de faire sortir de l’oubli tant de matériaux précieux qui se rattacheront nécessairement à l’histoire d’un Pays3 [...] ».
    Chacun sait ici qu’à cette époque-là le terme d’« archéologie » portait une tout autre charge sémantique qu’aujourd’hui. Il englobait plusieurs disciplines telles que l’histoire,

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    1. À l’exemple de la contribution du Tourangeau A.-M. Guer[r]y (« Note sur les usages et les traditions du Poitou », Mémoire de la Société des Antiquaires de France, t. VIII, 1829, p. 451-464). Il fut l’un des modestes pionniers (oublié) des collectes « ethnomusicologiques » en Poitou auquel Arnold Van Gennep consacre le numéro n° 1306 de sa bibliographie avec cette mention : « excellent mémoire, expressément donné par l’auteur comme complément aux mémoires de Dupin et de La Revellière-Lépeaux ; souvent démarqué sans indicat[ion] bibliogr[aphique »]. Sur cet auteur, voir encore l’article de Michael Friendly, « Un Tourangeau trop discret : André-Michel Guerry (1802-1866), Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, vol. XXI, 2008, p. 213-231.
    2. Voir dans le tome 3 des Mémoires de l’Académie celtique (1809), la contribution du Vendéen Louis-Marie La Révellière-Lépeaux qui, outre un important lexique, compte trois chansons dialectales, accompagnées d’une traduction.

    3. Registre Mangon de la Lande, archives départementales de la Vienne.
    68    Bulletin n°14

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    l’histoire de l’art, la préhistoire, des sciences auxiliaires comme l’épigraphie, la numismatique, la sigillographie, mais aussi le folklore et l’ethnographie, l’ethnologie, enfin l’anthropologie qui confinait à l’anatomie et par-delà, à la médecine. Il correspondait plutôt à l’actuel concept protéiforme de « patrimoine » qui a été mis en exergue à partir de 1980, notamment par le ministère
    de la Culture et de la Communication et qui fait florès aujourd’hui encore à travers tout le pays. Par la suite, il fut demandé à chaque membre titulaire, honoraire ou même correspondant, de s’engager à offrir, dans le mois de son admission, soit « quelque objet d’antiquité soit quelque livre ou quelque document manuscrit relatif à l’histoire des provinces de l’Ouest », initiant ainsi l’activité muséographique de la Société. C’est ainsi qu’en date du 19 mai 1836 a été enregistré sous le numéro 57 le premier don d’objet à caractère ethnographique, offert par M. de la Lande, à savoir une « plaque de garde- forestier4 de la 9e conservation, Poitiers, 1822 » qui figure toujours sur l’inventaire du musée de la ville de Poitiers et de la Société des antiquaires de l’Ouest.
    D’un autre point de vue, il était spécifié que chaque membre résidant devait, « sous peine d’être réputé démissionnaire », lire ou offrir, dans les trois mois de son admission, « un mémoire ou toute autre composition», ce qui instituait une dynamique à la fois intellectuelle et éditoriale qui se consolidera au fil des années.
    L’examen des publications, Bulletins et Mémoires, donne un aperçu des préoccupations d’alors. Ainsi les Bulletins des années 1856-58 intéressent-ils l’ethnographie de l’Europe. On y relève sous la plume de M. Fleury, proviseur du lycée de Douai, la contribution suivante : « Étude des diverses races qui peuplent l’Europe... Leur origine, leur caractère, leur développement ou leur décadence, les principaux traits de leur passé, les probabilités de leur avenir ». Sur les « mœurs et coutumes », on peut y noter en 1838, des notices sur les «feux de la Saint-Jean en Poitou» qui seront suivies d’articles et communications aussi bien sur les « coutumes des jours des Rois », sur les « fêtes et usages de la Pentecôte », sur les pèlerinages et les fontaines de dévotion, et autres « chroniques populaires ». Des comptes rendus et notices bibliographiques informeront les lecteurs sur l’actualité des travaux accomplis par des sociétés poursuivant des activités similaires, notamment quelques années plus tard, sur ceux publiés dans la Revue des traditions populaires.
    Des contributions concernant l’Ouest et le Centre de la France, le Pays basque et d’autres territoires depuis les rives de la mer du Nord jusqu’au Maghreb, en gros l’arc atlantique, ont trouvé place dans les travaux de cette importante société (dont l’archéologie industrielle5 ; l’ethno-histoire6 etc.). Elle poursuit ses recherches aujourd’hui, orientées davantage encore vers la préhistoire et l’histoire sous toutes leurs déclinaisons, beaucoup moins vers l’ethnographie, même si une approche anthropologique peut se percevoir à travers l’une des premières communications dans les Mémoires de 1835, répertoriée sous une rubrique de «géographie humaine». Nous la devons à Armand-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré qui traite des « Recherches sur les peuples qui habitaient le Nord de l’ancien Poitou7 ».
    Ainsi, Louis Rédet traite de halles, de foires et marchés8 tant du point de vue de la mémoire, que de leur inauguration9, tandis qu’Alexis de Chasteigner propose son « Essai sur les lanternes des morts10 », travail qui fera autorité en la matière pendant un siècle et demi. Les Mémoires des années 1858-1859, inaugurent, sous la plume de Jules Levieil de La Marsonnière, une première étude11 sur les « Poésies nationales du Poitou », conférence brillante et mondaine sur un texte en langage poitevin, La gente Poitevin’rie. Le sociétaire y

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    4. Bulletin du 1er mai au 1er août 1836, p. 256.

    5. Par exemple Louis Redet, « De quelques établissements industriels fondés à Poitiers au XVe siècle », Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1842, p. 349-367.

    6. Voir les études sur le chant populaire par Geneviève Massignon, l’auteur principal des enquêtes pour l’Atlas linguistique et ethnographique du Centre-Ouest, Paris, CNRS, vol. I, 1971, vol. II, 1974, vol. III, 1983.

    7. Mémoires, 1835, p. 75-111, avec des illustrations.

    8. Mémoires, 1845, p. 61-97.

    9. Mémoires, 1853, p. 147-162.

    10. Mémoires, 1843, p. 275-304, ill.

    11. Mémoires, 1858-1859, p. 301-323.

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    développe, sur une métaphore culinaire et gustative, le thème du « goût du terroir ». Léo Desaivre, entre autres, écrit sur Mélusine (1884), Paul Rambaud s’intéresse au « rôle des femmes » dans l’assistance publique à Poitiers (1909). Enfin je voudrais terminer ce rapide tour d’horizon en citant la magistrale thèse de Nicole Pellegrin, publiée dans les Mémoires de 1979-1982 : « Les bachelleries : organisations et fêtes de la jeunesse dans le Centre-Ouest, XVe-XVIIIe siècles », thème qui trouva un écho contemporain et notamment dans le Mellois.
    Le groupe de travail réuni pour le 150e anniversaire de la Société a établi un certain nombre de rubriques dont quelques-unes seulement, une portion congrue, ressortissent aux pratiques de l’ethnologie pour classer les articles dans le Bulletin, ainsi que les Mémoires12 :
    - Liturgie - Musées, collections privées, expositions - Objets mobiliers - Philologie, étymologie, toponymie -Usages et croyances populaires13.
    Autant dire qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des contributions traite d’histoire, d’histoire de l’art, d’archéologie et de numismatique. J’ajouterai toutefois qu’il ne tiendrait qu’aux ethnologues de faire des propositions de communication susceptibles de prendre place dans la nouvelle Revue historique du Centre-Ouest, qui a succédé au Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, remis au goût du jour.
    Le régionalisme en action avec la Société du costume poitevin (1907-1958)
    À la fin du XIXe siècle, le mouvement régionaliste impulsé en France par Jean Charles- Brun, et qui avait pour ambition la volonté décentralisatrice dans le dessein d’une revitalisation de la France provinciale économique, sociale qui serait en même temps intellectuelle (culturelle)14, trouve naturellement un écho sur les terres du Centre-Ouest. Parmi les érudits et intellectuels niortais qui revendiquaient leur action comme une forme de patriotisme local, Gustave Boucher, avait quitté sa ville pour la capitale où il exerçait la fonction de bouquiniste sur un quai de la Seine. Rénovateur modéré du folklore et agent convaincu de la prise de conscience régionaliste, c’est lui qui met sur pied le Congrès de Niort de 1896.
    Pour ce faire, il avait, dès 1893, créé la Société du costume poitevin en s’appuyant notamment sur l’homme de lettres Henri Clouzot et sur le conservateur du musée Henri Gelin qui considérait que la coiffe féminine était «un signe de haute valeur ethnographique15 ». Il donne à ses activités une ouverture beaucoup plus large que ne le suggérait le titre de la société. Puis en 1895 il exposa à la Sorbonne, sous l’égide de Gaston Paris, le programme de la Société nationale d’ethnographie et d’art populaire, dont le comité comptait des noms tels que l’académicien André Theuriet, Vincent d’Indy, Paul Sébillot, Puvis de Chavannes et d’autres personnalités du monde des arts et des lettres.
    Le Congrès, qui se déroula du 22 mars au 28 juin 1896 à Niort, parrainé par autant d’intellectuels, ne manqua pas d’intéresser aussi bien le clergé (n’avait-il pas songé à restaurer tout l’art religieux !) et la bourgeoisie que les familles aristocratiques, les artisans, artistes et commerçants. Avec peu de moyens (c’est peu dire puisqu’il laisse un certain déficit), Gustave Boucher assura le montage d’une exposition et le déroulement des manifestations. Si l’on en croit Henri Clouzot, ce fut un « magnifique programme »

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    12. Voir la contribution de Marie-Paule Dupuy, Maryse Redien-Alessio, Hélène Richard, « Table des bulletins et des mémoires (1834-1984), dans Cent cinquantenaire de la Société des antiquaires de l’Ouest, Mémoires de la la Société des antiquaires de l’Ouest, t. XVII, 1983-1984, Supplément au Bulletin, 4e trim. 1983, p. 31-380.

    13. Citons pour l’exemple, dans les Mémoires de 1845, la contribution de Gérasime Lecointre-Dupont: « Mémoire sur le miracle des clefs et sur la procession du Lundi de Pâques », (p. 209-256).
    14. Jean Charles-Brun, Le Régionalisme, Paris, CTHS, 2004 (1re éd. 1911).

    15. Natacha Mémeteau, Histoire des recherches liées au folklore dans les Deux-Sèvres, de la fin du XIXe siècle aux années 1940, Poitiers, université de Poitiers (Faculté des sciences humaines, département d’histoire), 1991, p. 12.

     

    Antiquaires et folkloristes    69
    70    Bulletin n°14

     

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    exécuté par le patient et érudit folkloriste Henri Gelin16, fin connaisseur des costumes et parures et en particulier des coiffes d’entre Loire et Gironde. La carte qu’il en établit fait toujours référence dans ce domaine. La Société nationale d’ethnographie et d’art populaire en assure l’édition grâce à la relation confiante entre Gustave Boucher et le Père Bluté, alors directeur de l’imprimerie des moines bénédictins de Ligugé (Vienne), un important volume illustré de 479 pages réédité par les éditions Danièle Brissaud à Poitiers en 1977. Ce premier congrès fut suivi de deux autres, l’un en 1897, à Saint-Jean-de-Luz, au Pays basque, riche d’un volume tout aussi copieux, également imprimé à Ligugé, l’autre en 1898, à Honfleur, en Normandie, présidé par Boucher.
    On doit encore à Boucher (qui préparait son oblature à Ligugé), grâce au mécénat bénédictin, seize numéros de la revue régionaliste Le Pays Poitevin qui entraînent pour ses promoteurs une déroute financière.
    Une régionaliste, folkloriste inspirée : Francine Poitevin
    Mais d’abord, qui se cache derrière le pseudonyme de Francine Poitevin17 ? Celui-ci traduit, on le devine sans peine, le désir profond d’une femme d’affirmer une double appartenance : nationale par le prénom hypocoristique et régionale par le patronyme. Il s’agit en fait, du point de vue de l’état-civil, de Marie-Blanche Paillé, née le 10 avril 1869, à Chaunay (Vienne), un pays de « terres rouges à châtaigniers », fille de François Paillé, distributeur des postes du lieu et de Zoë Airault. Elle épouse Émile Gilot, son aîné (1861- 1923), également instituteur, décède à Poitiers le 17 août 1946 et repose au cimetière de Chilvert, à Poitiers.
    Plutôt « spécialisée » dans les cours préparatoires de l’enseignement élémentaire, sa carrière professionnelle d’institutrice la fait voyager de poste en poste du sud du département de la Vienne, au nord et nord-est18, vraisemblablement occupant des postes de remplacement, du moins au début ; et ce n’est qu’au cours de sa retraite, à partir des années 1920, qu’elle se consacre , et ce jusqu’à la fin de sa vie, à la recherche de « son passé », dans un esprit et avec le flair et la passion d’une collectionneuse.
    Pour les folkloristes et les ethnographes de la France, en tout cas au moins pour ceux du Poitou-Charentes et des Pays de la Loire, ce n’est pas tout à fait une inconnue. En effet, elle correspondait avec Georges-Henri Rivière qui la saluait du titre amical de « princesse de l’âtre », et l’un de ses ouvrages (1938) fut préfacé par Jean Charles-Brun, alors président de la Fédération régionaliste française en des termes affectueux et élogieux :
    « Il court, à travers le livre de Madame Francine Poitevin, comme un souffle de tendresse. C’est pieusement qu’elle a travaillé19 ».
    Elle est l’auteure de plusieurs plaquettes et ouvrages littéraires ou ethnographiques, certes peu répandus, mais l’un d’entre eux, Arts et traditions populaires (s.d. [ca 1932], Poitiers, Imp. de l’Union), catalogue permanent du musée régional, au musée de l’Hôtel de Ville, à Poitiers, ouvrage de mélanges inspiré autant par les ouvrages du recteur Léon Pineau, de Jérôme Bujeaud, sur la chanson que par les plasticiens (peintres et graveurs : dont A. Bessé, et le photographe et sculpteur Jules Robuchon) a longtemps servi de référence quasiment unique dans ce domaine, en prolongement de l’ouvrage auquel elle se réfère à l’évidence, La Tradition en Poitou et Charentes (1897).
    Plusieurs travaux lui ont déjà été consacrés :
    - le catalogue d’accompagnement d’une exposition réalisée conjointement par le musée Sainte-Croix (Poitiers) en 1986, par Marie-Christine Planchard, conservateur au musée et

     

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    16. Henri Clouzot, « Le grain qui n’a pas levé », Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, t. XIII- n° 2 et 3, 2e et 3e trim. 1966, p. 186 et passim.

    17. Marie-Christine Planchard et Michel Valière, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée, musée de la Ville de Poitiers et de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1986.
    18. Elle enseigna à Civray (1-9-1989), Chaunay (1-1-1890), Vivonne (1- 4 -1890), Moncontour (1-11-1892), Saint- Savin (1-3-1896), Châtellerault (4 - 6 -1898 –1917).

    19. Francine Poitevin, Contes et légendes du Poitou, Niort, éd. Corymbe, 1938, p. 11.

     

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    Michel Valière, alors ethnologue régional à la direction régionale des Affaires culturelles, avec un avant-propos de Michel Rérolle, alors conservateur des musées de Poitiers ; - un article par mes soins, à l’invitation d’Anne-Marie Thiesse, dans un numéro d’Ethnologie française (« Régionalismes », XVIII, 1988, t. 3) : « Une institutrice folkloriste, Francine Poitevin » ;
    - un article « Portrait d’une femme ethnographe, Francine Poitevin », par Marie-Christine Planchard, dans La Revue du Louvre (1990, numéro sur « L’ethnographie au féminin », sous la direction de Claudette Joannis) ; - un article « Francine Poitevin : passion et convictions » par Philippe Blonde et Romain Mudrak, dans le Picton (n° 156, nov.- déc. 2002, p. 2-6). Ces deux articles, s’appuyant et reprenant parfois de très près les deux travaux précédents. Ajoutons deux articles dans un périodique local, le Bulletin de l’ASAHE de Chaunay (n° 2 juin 1990 ; n° 4 oct. 1992).
    Les reproches généralement faits aux méthodes pratiquées par les folkloristes du XIXe comme de la première moitié du XXe siècle portent essentiellement sur leur caractère passéiste, particulièrement pour Francine Poitevin, comme sur leur volonté de retrouver un état initial, un âge d’or mythique : « Il n’y a que le passé de vrai ! », m’a-t-on affirmé sans ambages. La critique met en avant une tendance affichée à la manipulation du binarisme de catégories discutables pour ne pas dire inefficaces, telle l’opposition savant/populaire, ou encore tradition/modernité.
    Les méthodes des folkloristes et des chercheurs de la fin du XIXe siècle ont été désavouées, voire dénigrées pendant tout le XXe siècle. Cependant, elles ont permis de développer la discipline ethnologique par une connaissance approfondie des anciennes provinces françaises, connaissance bien souvent controversée. L’important était d’effectuer des enquêtes intensives, de compiler le plus de témoignages possible sur un « patrimoine » que l’on estimait généralement en voie de disparition et dont la diffusion semblait laisser croire que c’était la seule méthode susceptible d’en assurer largement la survivance. Cet état d’esprit, cette certitude largement relayée par la population comme par la plupart des édiles, fut à l’origine de bien des incompréhensions avec des personnalités comme Francine Poitevin, mais aussi avec des enquêteurs du milieu associatif, autant de la SEFCO que de l’UPCP...
    Leurs travaux, bien que toujours plutôt controversés, ont été revisités et leurs résultats réutilisés et réinterprétés par des ethnologues20, des sociologues21 et plus généralement par les anthropologues du XXe siècle.
    La Société d’études folkloriques du Centre-Ouest
    Créée en novembre 1961 sous la première présidence de Raymond Vignaud, connu sous le pseudonyme de Daniel Hervé, cette « société » à structure associative, conformément à la loi du 1er juillet 1901, se donne, en dépit d’un titre-écran, une posture ethnographique qui devra sans cesse se renégocier dans une dialectique études folkloriques/promotion du ou des « patois » d’entre Loire et Gironde. En effet, parmi ses membres fondateurs, des personnalités ressortissaient plutôt au domaine de la pratique de l’étude et de la diffusion des parlers charentais, gabayes, poitevins, saintongeais, vendéens, dans un émiettement topographique répondant aux aspirations et aux représentations de chacun. Ainsi, Geneviève Massignon, du CNRS, ayant alors en charge les enquêtes pour l’Atlas linguistique et ethnographique de l’Ouest compte parmi les membres fondateurs. On lui doit la sixième livraison du tome 1 (juil.-sept. 1963) : « Une noce à Montjean (Charente) d’après la fille d’un musicien d’autrefois. »
    De nombreux passionnés et érudits rejoignent progressivement la SEFCO, nombre d’entre eux vouant un profond respect, sinon un culte à un «barde» défunt, Goulebenèze, alias Évariste Poitevin, qui a publié dans des feuilles locales et autres

     

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    20. C’est le cas de Catherine Robert reconsidérant à la faveur de son diplôme à l’EHESS (1985) les résultats des compilations (des années 1930-40) de prières du savant médecin neuro-psychologue Henri Ellenberger dans l’est du département de la Vienne, en Haut-Poitou, lui-même auteur d’une Histoire de la découverte de l’inconscient, conduite avec une méthodologie d’inspiration ethnologique.
    21. Je pense ici aux travaux sur le mariage et la famille de Martine Segalen et de Michèle Salitot en Poitou protestant.
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    périodiques dont le Subiet, journal patoisant fondé en 1901 par Daviaud, imprimeur de Matha (Charente-Maritime), qui cesse de paraître en 1959. Le Bulletin de la Société d’études folkloriques du Centre-Ouest vient alors raviver le souvenir du Subiet pour en prolonger la forme d’esprit et la fonction sociale, à savoir créer de l’écrit dialectal, dans l’un des parlers du « groupe poitevin-santongeais22 » en Centre- Ouest et dans un humour revendiqué parfois comme identitaire (essentiellement « saintongeais »).    Ainsi,    après    trois    années    d’articles    sur    des    thèmes    d’inspiration ethnographique, le Bulletin opère une première mutation en consacrant son numéro d’avril-juin 1965 à la publication de « pièces patoises ». À partir de cette césure, le Bulletin accole à son titre initial la mention : « et sa publication patoise le Subiet ».
    Il faut attendre le numéro de septembre-octobre 1995 pour que la Société introduise dans son intitulé la mention «ethnologie» en lieu et place «d’études», non sans avoir préalablement attribué à la revue le titre Aguiaine dès 1976. Dans la pratique, une controverse quasi permanente oppose les tenants de l’ethnographie (qui organisent un modeste colloque biennal depuis 1987) à ceux qu’intéressent seulement le supplément « patoisant ». Cette opposition se concrétise dans les librairies d’occasion où l’on ne trouve généralement que le bulletin lui-même, l’encart dialectal ayant été mis de côté. On se débarrasse de « l’ethno », mais l’on conserve pieusement les textes patois de création récente ou les morceaux d’anthologie réédités.
    Le premier président, conscient du changement d’époque, et avec un goût affirmé de la collection, souhaitait moderniser les pratiques de collecte de terrain et de communication des résultats. Ainsi, sensible à ce que désormais, avec l’UNESCO, nous appelons le patrimoine immatériel, il m’adressa une lettre datée du quatorze octobre 1967 en ces termes :
    « [...] Je vous soumets une idée qui m’était venue, celle de constituer une association d’amateurs d’enregistrements de documents folkloriques de nos régions du Centre-Ouest : chansons, noëls, musique de danses, pièces patoises, pour lesquels seraient faits des enregistrements limités au nombre des adhérents à la formule, qui paieraient les disques en souscription avant leur sortie » 23.
    Il ne met pas en œuvre cette idée, que développera, en revanche, à partir de 1968 une association de jeunesse et d’éducation populaire : l’UPCP, dont plusieurs des acteurs étaient déjà membres assidus de la SEFCO.
    L’UPCP, Union Poitou-Charentes et Vendée pour la culture populaire
    C’est dans la mouvance des années 1968 que s’est développée en Poitou-Charentes et Vendée une Union d’associations préexistantes fondatrices et en premier lieu de celles des Pibolous, et de La Marchoise, regroupant des passionnés et amateurs de musiques de transmission orale, chants, danses, mais aussi de langue régionale, à l’époque nommée « patois » ( poitevin, charentais, saintongeais), traité aujourd’hui comme « langues de France » 24 : le poitevin, le saintongeais, voire l’occitan (limousin-confolentais).
    Ces associations ont, dans un premier temps, organisé leurs actions sous un même « labarum » :    recherche,    diffusion,    expression.    Ainsi,    par    le    truchement    de regroupements, week-ends, stages, certains acteurs se sont initiés à la collecte ethnographique, d’autres à la pédagogie de la danse populaire, parfois de la chanson25, ou de « la » langue. Tous, en général se sont sentis concernés par les émotions liées à

     

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    22. Sur cette notion, Jacques Duguet, « Parlers et littérature patoisante », Charente–Maritime, Paris, Bonneton, 2001, p. 164.

    23. Documentation personnelle.

    24. Voir les travaux et publications de Liliane Jagueneau, Jean-Jacques Chevrier, Pierre Gauthier, Michel Gautier, Jean-Léo Léonard, Jean-Loïc Le Quellec, Éric Nowak, André Pacher, Vianney Pivetea, mais aussi, avec une approche un peu différente, James Angibaud., Ulysse Dubois, Jacques Duguet, Jean-François Migaud, Michel Renaud, pour ne citer que quelques noms d’ardents défenseurs associatifs, à des degrés divers.
    25. Citons par exemple le travail fait avec des collégiens (1976 à 1985) et qui a donné lieu à un article de Michèle Gardré-Valière, « Les sept cahiers aux 266 chansons d’une paysanne poitevine », Aguiaine, n° 240, janv-fév. 2004, p. 3-36.

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    l’expression : chorégraphie, musique orale, arts de la parole, scénographie, régie-son ou lumière. Au fil des ans, plusieurs structures se sont dotées d’un équipement (fermes culturelles des Gens de Cherves, ou de Culture populaire et Loisirs à La Cabasse de Vitré ; Centre culturel La Marchoise à Gençay...), et l’UPCP d’un espace administratif collectif, nécessaire à la mise en cohérence de l’ensemble : d’abord à Pamproux, puis sur l’aire autoroutière des Ruralies, aujourd’hui enfin à la Maison des cultures de pays-Mésun André Pacher26, dans le quartier médiéval de La Vau Saint-Jacques à Parthenay. Ce faisant, des spécialisations au sein de l’union se sont fait jour, comme par exemple Métive qui s’est orientée, sous l’impulsion de Jany Rouger, alors président, vers la diffusion culturelle et le spectacle vivant, ou encore le CERDO, Centre d’études et de recherche sur la documentation orale, longtemps animé par Jean-Louis Neveu.
    Une mention particulière doit être faite à la création d’un secteur édition, lancé initialement dans un esprit coopératif, qui se poursuit avec une logique d’entreprise sous forme d’une société anonyme « à directoire et conseil de surveillance » : Geste édition, qui s’est dernièrement dotée en outre d’un Cercle des auteurs. Cette maison d’édition, dirigée par Olivier Barreau, occupe la première place dans la région avec la publication d’une centaine de titres par an : récits de vie, travaux d’histoire, monographies patrimoniales, carnets de voyages. Elle exprime un humanisme fondé sur l’étude des pratiques populaires, les arts et les sciences du langage. Elle développe, parallèlement à son activité éditoriale, un service de diffusion ouvert actuellement à une centaine d’autres éditeurs régionaux. Enfin, associée avec un libraire rochelais, Geste édition cogère une librairie classique à Niort.
    En une quarantaine d’années, des loisirs d’éducation populaire en milieu rural, en direction de la jeunesse, ont donné naissance à tout un secteur professionnel en région : animation culturelle, recherche et gestion d’archives orales, musiques traditionnelles et arts de la parole (formation, enseignement, spectacles vivants), édition (disques, livres) en partenariat avec certaines collectivités (associations, autres éditeurs, laboratoires universitaires, communes, départements, Région, État).

     

    =================================================================


    26. André Pacher (1932-1998), co-fondateur de l’UPCP en fut aussi le premier président de 1968 à 1979. Après son décès, la Maison des Cultures de pays a pris son nom.


    Antiquaires et folkloristes    73
    74    Bulletin n°14
    Bibliographie
    Aguiaine : revue de la société d’ethnologie et de folklore du Centre-Ouest (1962).
    Bulletin de l’association régionaliste poitevine.
    CHARLES-BRUN Jean, Le Régionalisme, Paris, CTHS, 2004 (1re éd. 1911).
    CLOUZOT Henri, « Le grain qui n’a pas levé », Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, t. XIII- n° 2 et 3, 2e et 3e trim. 1966.
    COLLECTIF, Érudits et savants, numéro thématique de la Revue historique du Centre Ouest, t. VII, 1er semestre 2008, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2008.
    COLLECTIF, La Recherche sur les ethnotextes : réflexions pour un programme, Actes de la table ronde du CNRS, La Baume-les-Aix, 13 et 14 oct. 1980, Paris, CNRS, 1984.
    DAVAINE Christian, « Le Centre culturel de la Marchoise », Tradition et innovation culturelle dans le milieu rural, Paris, Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, 1982, p. 42-46.
    DONZAUD Henri, « Ethnologie et culture vivante en milieu rural », Les Cahiers du Centre culturel La Marchoise, n° 8, janv. 1983, p. 1-64.
    DUFLOS-PRIOT Marie-Thérèse, Un siècle de groupes folkloriques en France, Paris, L’Harmattan, 1995.
    DUGUET Jacques, « Parlers et littérature patoisante », Charente–Maritime, Paris, Bonneton, 2001, p. 163-176.
    ELLENBERGER Henri, Histoire de la découverte de l’inconscient (traduit de l’anglais), Paris, Fayard, 1995 (1re éd. en anglais, 1970 ; 1re éd. française, 1974).
    ELLENBERGER Henri, « Le Monde fantastique dans le folklore de la Vienne », Nouvelle revue des traditions populaires, t. I, n° 5, nov.-déc. 1949, p. 406-435 ; t. II, n°1, janv.-fév. 1950, p. 3-26.
    ELLENBERGER Henri, « Relevé des pèlerinages du département de la Vienne », Nouvelle revue des traditions populaires, t. II, n° 4, sept.-oct. 1950, p. 309-330 ; t. II, nov.-déc. 1950, p. 387-415.
    GESTE édition, Catalogue général : les livres de notre région, La Crèche, 2009.
    GUER(R)Y André-Michel, « Sur les usages et les traditions du Poitou », Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères, publiées par la Société royale des antiquaires de France, Paris, Selligue, T. VIII, 1829, p. 451-464, suivies de deux planches de notations musicales (18-19).
    La Boulite poitevine-saintongeaise (1982-1986). LA    RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX    Louis-Marie,    « Notice    du    patois    vendéen »,    Mémoires    de
    l’Académie celtique, t. 3,1809, pp. 227-290 et 370-398.
    Mélusine, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages (1877 - 1912).
    MÉMETEAU Natacha, Histoire des recherches liées au folklore dans les Deux-Sèvres, de la fin du XVIIIe siècle aux années 1940, Poitiers, université de Poitiers (Faculté des sciences humaines, département d’histoire), 1991 (mémoire de maîtrise, multicopié et inédit).
    PACHER André, « Conditions et moyens du développement culturel en milieu rural : l’exemple du Poitou-Charentes », Études rurales, n° 86, avr.-juin, 1982, pp. 43-45.
    PLANCHARD Marie-Christine et VALIÈRE Michel, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée, musée de la Ville de Poitiers et de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1986.
    POITEVIN Francine, Contes et légendes du Poitou, Niort, éd. Corymbe, 1938. REDET Louis, « De quelques établissements industriels fondés à Poitiers au XVe siècle »,
    Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1842, p. 349-367. Revue des traditions populaires du Poitou, n° 1, juin, 1896 (un seul numéro, publié à Niort,
    par la Société du costume poitevin). Revue historique du Centre-Ouest. [Succède au Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest
    et des musées de Poitiers]. ROBERT Catherine, La Prière hétérodoxe en Poitou : étude ethnologique, Paris, École des
    Hautes Études en Sciences Sociales, 1985.
    Tradition en Poitou et Charentes : art populaire, ethnographie, folklore, hagiographie, histoire (La), Congrès de Niort 1896, Société d’ethnographie nationale et d’art populaire, Paris, lib. de la Tradition nationale, 1897.
    VALIERE Michel, Ethnographie de la France : histoire et enjeux contemporains des approches du patrimoine ethnologique, Paris, Colin, 2002.
    VALIÈRE Michel, Le Conte populaire : approche socio-anthropologique, Paris, Colin, 2006.
    VALIERE Michel, « Une institutrice folkloriste : Francine Poitevin », Ethnologie française, n° 3, juil.-sept. 1988, pp. 267-275.

  • Médiathèque de Saint-Junien en Limousin, Samedi 22 Mars 2014, le Printemps des poètes s'ouvre à 17 heures avec le duo Malstrom qui chante Gaston COUTé.

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  • France Culture : émission spéciale langue occitane à Béziers, écouter ici.

    France Culture : émission spéciale langue occitane à Béziers

    Pour sa 8ème étape sur la route des villes en campagne, France Culture avait choisi Béziers vendredi 28 février  2014 pour une émission « Sur la route » entièrement consacrée à la langue occitane. Invités de l’émission, Benjamin Assié et Philippe Hammel (CIRDOC), le groupe Mauresca ainsi que le chanteur Joanda ont livré leur vision de la culture occitane. Une belle émission à écouter ou réécouter en cliquant ici :

    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4806080

    Bonne écoute !

  • Du Cordel brésilien aux paños mexicains... A propos d'une exposition à Paris du 11 mars au 198 avril 2014, Galerie Christian Berst.

    Un lecteur , visiteur de notre blog

    nous écrit. merci à lui pour cette interaction

    si appropriée

    (page du vendredi, 09 février 2007, accessible en écrivant "cordel" dans la barrette de recherche, ci-contre à droite )

    Ayant vu votre page intéressante (je cherchais de la documentation sur
    les cordel dont je possède quelques exemplaires achetés au Brésil), je
    me permets de vous transmettre une information susceptible de vous
    intéresser (si vous ne la connaissez pas déjà).
    Bien à vous,
    Patrick Hervé

    La galerie Christian Berst , située à Paris dans le Marais explore les frontières de l'art brut en exposant, du 11 mars au 19 avril, des oeuvres produites en milieu
    carcéral: une cinquantaine de paños mexicains, mouchoirs sur lesquels
    les détenus dessinent à l'encre, emblématiques de la subculture latino
    des prisons de Los Angeles.

    Pour les prisonniers latinos du sud-ouest des Etats-Unis, souvent
    illettrés et condamnés à de longues peines, ces messages aux allures
    d'enluminures adressés à leurs proches sur les paños -- diminutif de
    panuelos (mouchoirs en espagnol) -- représentent l'unique moyen de
    communication avec l'extérieur. Les motifs, réalisés
    à l'encre de stylo bille, suivant une technique transmise d'une
    génération de détenus à l'autre, synchrétisent les icônes du peuple
    mexicain (héros de la révolution, légendes pré-colombiennes...) et
    celles de la culture des gangs latinos (pin up aux formes généreuses,
    grosses cylindrées...). Si ce registre est choisi pour les élues de
    leur coeur, les enfants reçoivent des personnages de cartoons et les
    mères des sujets religieux traditionnels: Vierge de la Guadalupe,
    Jésus en croix, mains jointes sur la Bible...
    Cette correspondance sur étoffe, développée à la fin des années 40,
    est une première affirmation de l'identité chicano en Amérique du
    Nord.

     Galerie Christian Berst. Art brut Paris
    Passage des Gravilliers. 10, rue Chapon Paris 3e
    www.christianberst.com
    Mardi-Samedi de 14 à 19 h

     

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  • Vous suivez ce blog; peut-être aussi l'actualité ethnologique. Alors vous aimerez le catalogue des publications du CTHS...

    Amis lecteurs et visiteurs, ouvrez sans crainte ce lien que l'ami Daniel Schweitz a zeu la bonne idée de communiquer pour l'ethnoblogue. Les collègues et amis du CTHS (commission 7, anthropologie... et langues régionales) apprécieront votre visite et votre intérêt.

    http://cths.fr/_files/ed/pdf/cat14_ethno.pdf

     

    Bonne lecture; bonne découverte !

  • Valençay (Indre), ferme-théâtre de Bellevue, 9 février 2014, Bertrand Duris et Séverin Valière de la Compagnie Chez Mémé chantent Gaston Couté.

    Une soirée avec Gaston Couté
    Adultes : 15 euros - Enfants (5 à 12 ans) : 10 euros - Gratuit moins de 5 ans
     
    Compagnie Chez Mémé. D’après des textes de Gaston Couté.
     
    Avec
     
    Bertrand Duris et Séverin Valière.
     
     

     

    Mêlant lecture et mélodies envoûtantes, Bertrand Duris et Séverin Valière se font les interprètes d’un répertoire qui a sublimé nos campagnes au siècle dernier. Ces deux artistes vous feront partager leur version contemporaine de textes familiers mais aussi plus méconnus du poète libertaire au parcours atypique, et vous emmèneront dans une parenthèse intime et originale.

    Un instant poétique et acoustique à ne pas manquer …
    - Renards Chauves :
    https://www.facebook.com/lesrenardschauves

    - Malstrom :
    https://www.facebook.com/malstromduo

    https://www.facebook.com/malstromduo

     

     

     

     


    Les prochaines dates à la Ferme de Bellevue :

    Le dimanche 9 février 2014 à 15h00

     

     

     

  • Le Cahier n°3 des "Balades culturelles dans la mémoire" autour de Gençay est bien paru en décembre... Et qu'on se le dise !

    Balades:GEnçay-3couv. cahier chansons.jpeg

    De la fin du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, l'administration n'aura de cesse d'accroître les échanges entre le Poitou et le Limousin ainsi que le Périgord. Gençay se trouve traversé par les voies Poitiers-Confolens et Poitiers-Ruffec. A cela s'adjoint des traverses secondaires en direction de Montmorillon, Chauvigny, Couhé, Lusignan...

    Mais tout cemaillage ne va pas sans ses luttes d'influence, ses difficultés financières... sans oublier les accidents de la circulation plus ou moins dramatiques.

    Jean-Jacques et Pierre Chevrier, Henri Donzaud, à partir d'archives et d'observations de cartes et du terrain  évoquent le cheminement de la mise en place du "nœud routier" de Gençay, chef-lieu de canton, (aujourd'hui en voie de restructuration, mais c'est une nouvelle histoire à conter un jour !).

    Centre Culturel-La Marchoise

    tél. 05 49 59 32 68

    contact@cc-lamarchoise.com

    10 €

    ISBN 978-2-9543946-2-6

  • Les Ostensions limousines inscrites au Patrimoine Culturel Immatériel de l'UNESCO...

    Dix-neuf lieux sont concernés par cette inscription et se trouvent dans un territoire qui est historiquement lié au Limousin, s’étendant aujourd’hui sur quatre départements français : Haute-Vienne et Creuse (Limousin), Charente et Vienne (Poitou-Charentes).

    En 2009 des Ostensions se sont déroulées en Haute-Vienne à Aixe-sur-Vienne, Aureil, Chaptelat, Eymoutiers, Javerdat, Le Dorat, Limoges, Nexon, Pierre-Buffière, Rochechouart, Saint-Junien, Saint-Just-le-Martel, Saint-Léonard-de-Noblat, Saint-Victurnien et Saint-Yrieix-la-Perche, dans la Creuse à Crocq, en Charente à Abzac et Esse et dans la Vienne à Charroux.

    Les prochaines Ostensions auront lieu en 2016:

    Les ethnoblogueurs de BELVERT ne manqueront pas de retenir ces dates pour mesurer l'ampleur du phénomène et s'en faire leur propre jugement; par delà les controverses et la polémique qui n'ont pas manqué de ce faire jour ( Voir le § "Polémique" sur le site Wikipedia consacté aux "Ostensions limousines".
     
    Selon le communiqué de presse, le Comité a estimé que :

    « R.1: Les ostensions septennales limousines associent culte religieux, traditions laïques et savoir-faire artisanaux, impliquant l’ensemble de la communauté et rassemblant des praticiens de milieux sociaux variés dans un esprit de cohésion sociale et identitaire, ponctuant leurs vies et rappelant l’histoire de la région;
    R.2: L’inscription sur la Liste représentative pourrait améliorer la visibilité du patrimoine culturel immatériel et la sensibilisation à son importance, et pourrait renforcer le dialogue avec d’autres communautés proches ou éloignées pratiquant le même genre de rituels et de festivités;
    R.3: Les mesures de sauvegarde, marquées par l’engagement de tous les intervenants, comprennent la mise en place d’une stratégie centrée sur la transmission continue des connaissances et des savoir-faire;
    R.4: La communauté du Limousin, en particulier les confréries et les comités qui organisent les ostensions, ont participé activement au processus de candidature et ont donné leur consentement libre, préalable et éclairé;
    R.5: Grâce à la participation de la communauté concernée, les ostensions septennales limousines ont été incluses en 2011 dans l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel français maintenu par le Ministère de la culture et de la communication. »
    Le Comité a « inscrit les ostensions septennales limousines sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. »
    Initiateur, le 15 novembre 2009, et porteur de cette candidature avec le soutien des confréries, des comités ostensionnaires et des collectivités du Limousin (Région, Département de la Haute-Vienne, ville de Limoges, élus, CCI, chambre des métiers..) ainsi que celui du ministère de la culture et de la communication et des autorités ecclésiastiques, Jacques Perot, conservateur général (h) du patrimoine et président de la Fédération des confréries limousines était présent à Bakou, accompagné de membres de la grande confrérie de Saint-Martial de Limoges et des confréries des Saints Côme et Damien de Pierre-Buffière, de Sainte-Valérie et de Saint-Aurélien de Limoges et des Saints Lucius et Emerite d’Abzac (Charente).
    Exprimant sa reconnaissance aux représentants de l’UNESCO, il a dit la fierté et la grande joie des Limousins d’être ainsi reconnus dans l’une des plus anciennes et des plus emblématiques pratiques religieuses et populaires à laquelle ils sont particulièrement attachés. Il a également exprimé sa gratitude à tous ceux qui l’ont aidé à mener à bien ce processus de reconnaissance par l’UNESCO.

    Les Ostensions septennales limousines sont le douzième élément français inscrit sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

    En savoir plus sur Wikipedia: "Ostensions limousines"

  • A Caen, il n'ya pas que des tripes... mais des films pour tous les goûts. Avec le CRECET, dernière semaine de Novembre 2013: Don't eat greedily !!!! mais faites le plein d'images.

    af-2013.jpg

    Une manifestation organisée par le CRéCET, en partenariat avec le Cinéma LUX, avec le soutien de la Région Basse-Normandie, du ministère de la Culture et de la Communication - DRAC, Direction générale des patrimoines (DPRPS) - et de la Ville de Caen.
     Rejoindre la Semaine du cinéma ethnographique sur Facebook
     
    CRéCET
    Centre régional de culture ethnologique et technique de Basse-Normandie
    Nouvelle adresse : Unicité -  Bâtiment E - 14 rue Alfred Kastler - 14000 CAEN
    Tél. : +33 (0)2 31 53 15 45 - fax. : +33 (0)2 31 53 15 54

     

  • Septembre 2013 : Le Dossier n° 5 du CHERCHEUR d'OR, à Saint-Junien en Limousin est paru...

    2Cahier Marguerite.jpg

     

    "... Mis en forme, éclairés par de judicieuses notes et largement illustrés, les Mémoires de Marguerite plongent le lecteur dans le quotidien de la vie à Saint-Junien au début du XXe siècle. Témoignage d’autant plus précieux qu’il est celui d’une femme, d’une femme née dans le milieu des ouvriers les plus modestes, qu’il émane donc de celles et ceux qui ont rarement pris la parole, et moins encore la plume. C’est en outre un témoignage d’une grande sincérité : sincérité de la  langue, celle parlée par les Saint-Juniauds dans la première moitié du XXe siècle, avec ses formules héritées du « patois » et ses tonalités chantantes, au point qu’en lisant Marguerite Delabracherie, on croit l’entendre. Sincérité aussi des sentiments chez cette femme au caractère bien trempé : nul apitoiement, par exemple, dans le récit d’une vie commencée sous le signe de la misère et du malheur.

     

    Mais le plus attachant est sans doute la simple et légitime fierté qu’éprouve Marguerite à raconter sa vie à son petit-fils... "(Extrait de l'avant-propos de présentation par le président de l'association Les Vieilles Pierres, Frank Bernard.

     
    Mémoires de Marguerite, ouvrière saint-juniaude, 1889-1989 / [Marguerite Delabracherie] ; établissement du texte par Bernard Besson ; avec le concours de Jean-René Pascaud et Michel Valière pour les notes, les commentaires, la bibliographie et l'illustration ; [avant-propos de Frank Bernard; texte de Michèle Gardré-Valière].
    Editeur : Saint-Junien : Société des vieilles pierres, 2013. Collection : Les Dossiers du Chercheur d'or ; 5.
    Notes; Bibliogr. p.67-68.

    On peut se  procurer ce Dossier n° 5  à La Maison de La Presse, Rue Lucien Dumas à Saint-Junien (70 pages ; 12 €), ou auprès de la Société des Vieilles Pierres en Ville.

    On peut aussi le lire ou le consulter aux Archives municipales,

    ainsi qu'à la Médiathèque municipale : 843.03  LIM.

  • "Enseigner le Patrimoine Culturel Immatériel ? - Le PCI dans les formations universitaires en Europe" par le CFPCI Séminaire les 5 et 6 septembre 2013 à Vitré (35) .


    Séminaire "Enseigner le Patrimoine Culturel Immatériel ? - Le PCI dans les formations universitaires en Europe" par le CFPCI
    Séminaire qui se tiendra les 5 et 6 septembre 2013 à Vitré (35)
    .
    Séminaire International organisé par le Centre français du patrimoine culturel immatériel.
    Avec le soutien de la Direction générale des patrimoines Département du Pilotage de la Recherche et de la Politique Scientifique Ministère de la Culture et de la Communication.


    Les différentes disciplines relevant du champ du patrimoine culturel immatériel, tel que défini par la Convention adoptée par l'UNESCO en 2003, sont enseignées depuis longtemps dans les Universités européennes (ethnologie, ethnomusicologie...). Certaines de ces formations, par leur dimension pratique, s'intéressent en outre directement à la « sauvegarde » - qui désigne selon la Convention l'ensemble des mesures visant à assurer la viabilité effective des pratiques et des expressions (identification, étude, documentation, transmission, valorisation...).


    Plus récemment, le patrimoine culturel immatériel a émergé en tant que tel au sein de cursus en histoire, en ethnologie ou en arts, soit sous la forme de modules dédiés dans le cadre de formations classiques consacrées au patrimoine jusqu'ici conçu comme matériel, soit sous la forme de nouveaux masters explicitement fléchés « PCI ». Cette évolution témoigne, en même temps qu'elle y participe, de l'effervescence qui accompagne la ratification de plus en plus large de la Convention en Europe : mise en œuvre d'inventaires nationaux et de candidatures pour les Listes de l'UNESCO lui assurant une visibilité de plus en plus importante ; intérêt croissant des collectivités ; multiplication des projets de valorisation à des échelles diverses...


    Si l'on ne peut que se réjouir de ces évolutions et de la prise en compte des spécificités du PCI dans les formations aux métiers du patrimoine, ces initiatives méritent toutefois d'ouvrir la réflexion. Quel est le contenu des enseignements : approche critique des nouveaux champs et modes de patrimonialisation ouverts par la Convention, modalités spécifiques d'inventaire ou de médiation des patrimoines vivants, usage des nouveaux médias et technologies pour la sauvegarde et la valorisation ? Quelle est la corrélation entre les compétences développées d'une part, les besoins qui émergent et seront vraisemblablement amenés à évoluer d'autre part ? Cette mise en perspective permettra de comparer la manière dont le PCI est pris en compte ou nondans les formations universitaires en Europe et ailleurs, en fonction des systèmes éducatifs, de l'appréhension différente de la notion de patrimoine culturel immatériel et des politiques mises en œuvre dans les pays ayant ratifié la Convention. Dans le cadre de ce deuxième séminaire européen du CFPCI, les formations professionnalisantes ayant une dimension européenne seront privilégiées.


    Liste des Participants :


    Nicolas Adell, maître de conférences, responsable du master européen « Patrimoine culturel immatériel », Université de Toulouse II-Le Mirail
    Noriko Aikawa, ancienne directrice de l'Unité du patrimoine culturel de l'UNESCO et professeur invité à l’Institut National des Etudes Politiques de Tokyo (Japon)
    Egil Bakka, Professor and Chair of Programme for dance studies, Academic coordinator of the Erasmus master « Chore omundus », Norwegian University for Science and Technology (Trondheim, Norvège)
    Chiara Bortolotto, chercheur associé à l'Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (CNRS/EHESS)
    Marion Boudon-Machuel, maître de conférences, coordinatrice du master « Patrimoine Culturel Immatériel », Université François Rabelais de Tours (Centre d'Études Supérieures de la Renaissance)
    Séverine Cachat, directrice du Centre français du patrimoine culturel immatériel
    Martine Cocaud, maître de conférences, coordinatrice du master « Médiation du patrimoine en Europe », Université de Rennes II
    Aditya Eggert, chercheur associé, membre du groupe de recherche sur la propriété culturelle, Université de Göttingen (Allemagne)
    David Fiala, maître de conférences, coordinateur du master « Patrimoine culturel immatériel », Université François Rabelais de Tours (Centre d'Études Supérieures de la Renaissance)
    Sylvie Grenet, chargée de mission pour le patrimoine immatériel, Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, Direction générale des patrimoines, ministère de la Culture
    Patricia Heiniger-Casteret, maître de conférences, coordinatrice du master « Cultures et sociétés », Université de Pau et des Pays de l'Adour
    Christian Hottin, conservateur du patrimoine, adjoint au chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, Direction générale des patrimoines, ministère de la Culture
    Françoise Lempereur, maître de conférences, titulaire des cours de patrimoine immatériel à l'Université de Liège (Belgique)
    Luís Marques (à confirmer), professeur, coordinateur du master « Património cultural imaterial », Universidade Lusófona de Humanidades e Tecnologias (Lisbonne, Portugal)
    Anita Vaivade, maître de conférence, Académie de la Culture de Lettonie (Riga, Lettonie)
    Georgiana Wierre-Gore, Professeur, Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand

    Programme (provisoire)


    Jeudi 5 septembre


    9h Accueil
    9h15 Introductions : Séverine Cachat, directrice du CFPCI, et Christian Hottin, adjoint au chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, Direction générale des patrimoines du ministère de la Culture
    9h45 Martine Cocaud, maître de conférences, coordinatrice du master « Médiation du patrimoine en Europe », Université de Rennes 2 (en partenariat avec le master « Patrimoine » de l'Université de Paderborn, Allemagne)
    10h30 Aditya Eggert, chercheur associé, membre du groupe de recherche sur la propriété culturelle, Université de Göttingen (Allemagne)
    11h15 Nicolas Adell, maître de conférences, responsable du master européen « Patrimoine culturel immatériel », Université de Toulouse II (en partenariat avec les Universités de Montpellier III et de Barcelone)
    12h Luís Marques (à confirmer), professeur, coordinateur du master « Património cultural imaterial », Universidade Lusófona de Humanidades e Tecnologias (Lisbonne, Portugal)
    14h30 Marion Boudon-Machuel et David Fiala, maîtres de conférences, coordinateurs du master « Patrimoine Culturel Immatériel », Université François Rabelais de Tours (Centre d'Études Supérieures de la Renaissance)
    15h15 Françoise Lempereur, maître de conférences, titulaire des cours de patrimoine immatériel à l'Université de Liège (Belgique)
    16h Egil Bakka, Professor and Chair of Programme for dance studies, Norwegian University for Science and Technology (Trondheim, Norvège) et Georgiana Wierre-Gore, Professeur, Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, master Erasmus « Choreomundus»
    17h Anita Vaivade, maître de conférence, Académie de la Culture de Lettonie (Riga, Lettonie)
    17h45 Discussion

    Vendredi 6 septembre


    9h-11h30 Table-ronde Europe, Asie et Amériques, animée par Christian Hottin et Séverine Cachat, avec la participation de :
    Sylvie Grenet, chargée de mission pour le patrimoine immatériel, Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, Direction générale des patrimoines, et
    Patricia Heiniger-Casteret, maître de conférences, coordinatrice du master « Cultures et sociétés », Université de Pau et des Pays de l'Adour : projets de recherche et d'enseignement en partenariat avec le ministère français de la Culture, l'Université Laval à Québec et l'Université d'Etat d'Haïti
    Nicolas Adell-Gombert, expériences au Brésil (Université fédérale de Rio Grande do Norte et Université fédérale du Pernambouc/Museu do Homem do Nordeste)
    Noriko Aikawa, ancienne directrice de l'Unité du patrimoine culturel de l'UNESCO et professeur invité à l’Institut National des Etudes Politiques de Tokyo (Japon) : quelques éléments de réflexion concernant l'enseignement sur le PCI au Japon et en Asie
    11h30-12h Chiara Bortolotto, chercheur associé à l'Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (CNRS/EHESS) : présentation du programme de « renforcement des capacités » de l'UNESCO et conclusions.
    Ouvert au public sur inscription : info@cfpci.fr

  • A Châtellerault, en Haut-Poitou, s'exposent les savoir-faire et savoir être de l'ancienne "Manu", au Musée Auto/Moto/Vélo...

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    Un cadre unique, reconquis sur le Patrimoine industriel de cette ville...

  • Sur quelques noms de coiffes anciennes du Centre-Ouest

    Cœurs, caillons ou pantines

    Approche ethnolinguistique des coiffes féminines dans le Centre-Ouest de la France

    Lors de notre toute première enquête ethnographique dans un petit village du Haut-Poitou, au cours de l’automne 1965, nous avons pu entendre Marguerite, une dame d’un âge, à l'époque, fort avancé – nous sembla-t-il alors ! – chanter une ronde dansée qui lui paraissait si niaise qu’elle n’entrevoyait surtout pas l’intérêt de la recueillir ou de la reconstituer, encore moins de l'enregistrer ! Elle commençait ainsi :

    La mère Fanchette qu’arrive,

    La mère Fanchette qu’arrive,

    Avec son caillon

    Lirelirelirelon

    Avec son caillon,

    Lirelon…

    Entrons-y dans la danse… Etc…

    Pourtant c’est ainsi que nous découvrîmes pour la première fois ce petit mot de caillon, que nous avons (ultérieurement et sous d’autres plumes) trouvé noté cayon, pour désigner un couvre-chef rural féminin, dit aussi coiffe ou coefi  dau Poetou. Notre quête de la culture orale sur ce territoire allait se prolonger par une curiosité illimitée sur la culture matérielle, mais aussi et surtout sur l’immatérielle, ce premier petit texte actualisant ces deux volets : chanson, danse, ronde, jeu d’enfant, mais aussi costume et coiffe en particulier. Autant dire que ce banal « appeau » allait nous prendre au piège pour une vie entière. Mais, parlons plutôt « chiffons », disons coiffes !

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    Portrait de femme coiffée d’un caillon sur fond matelassé du Gencéen. © Tous droits réservés.

    Tout le Grand Ouest, du Pays de Caux à l’Aquitaine, a su développer du XIXe siècle jusqu’aux premières décennies du XXe une lingerie spécifique en matière de création et d’entretien de coiffes féminines, prisées dans les milieux ruraux. Les cartophiles, comme les familiers des festivals de folklore savent reconnaître, distinguer et nommer une belle et riche cauchoise normande d’une pimpante sablaise vendéenne, ou d’une austère et monumentale bigouden, souvent considérée comme emblématique de la Bretagne elle-même. Quant à la mothaise qui n’a rien à envier aux hennins des dames de jadis, elle le dispute en élégance  à ses voisines, la malvina de Ménigoute (Deux-Sèvres)  et les pantines de Neuville et Mirebeau (Vienne). Ce patrimoine vestimentaire d’essence féminine est aujourd’hui sous la sauvegarde de Musées de France dont le MUCEM à Paris et ceux de Niort, Châtellerault, Poitiers, Saintes, Thouars. Des musées locaux, associatifs, publics ou privés, grâce à la passion de collectionneurs, présentent régulièrement leurs « trésors » ou lors de manifestations spécifiques qui connaissent de belles affluences. Il en va ainsi à Airvault, Souvigné, Javarzay, Ménigoute, Mauléon, Parthenay, ou encore à Champniers (Musée du Vieux Cormenier à Chez Bernardeau), Cherves, Chauvigny, Loudun, Montmorillon… Ajoutons que plusieurs sites sur la toile présentent des photographies de collections ainsi que des données historiques, descriptives et techniques en matière de restauration des coiffes anciennes.

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    Costume féminin mothais. © Cl. Meyer,tous droits réservés. Paris, 1893. Collection particulière.

    La région du Poitou, des départements de Charente et Charente-Maritime, ainsi que les confins du Berry et du Limousin à l’est, les rives sud de la Loire et nord de la Garonne disposent d’une carte (rééditée en 1923) des aires ethnographiques concernant les coiffes paysannes. Elle fut  dressée et exposée à l’occasion du Congrès de Niort[1] en 1896. Son auteur, Henri Gelin (1849-1923), éminent folkloriste, justifiait son choix méthodologique avec des arguments relevant du postulat de l’École diffusionniste[2] que remettra en vigueur Arnold Van Gennep sous le concept de zone folklorique. Ce premier pas d’ethnocartographie poitevine permet aujourd’hui d’avoir un aperçu synoptique du phénomène du port de coiffes, parfois particulièrement élégantes, entre Basse Loire et Gironde, même s’il nous paraît aujourd’hui un peu risqué de voir, à travers ces aires culturelles dénommées à partir d’un modèle de coiffe, des territoires cohérents et homogènes. En effet, Henri Gelin posait que :

    « La coiffe est un signe d’une haute valeur ethnographique ; car les paysannes qui portent le même costume parlent également les mêmes variétés de patois, avec des intonations et des désinences semblables, se divertissent aux mêmes danses, répètent les mêmes contes aux veillées, modulent sur les mêmes airs les mêmes chansons, et gardent avec une religieuse ténacité des superstitions analogues. »

    Chacun sait bien aujourd’hui que la réalité est beaucoup plus complexe, que la mobilité féminine ne se limitait pas à de telles aires et que les goûts ne se laissaient pas enfermer dans une seule et même routine familiale. Les emprunts à d’autres types de coiffes étaient fréquents et plusieurs témoins nous ont rapporté qu’elles refusaient de porter la coiffe « de leur coin », comprenons celle de leur lignée, leur préférant celles de communes avoisinantes qu’elles trouvaient sans doute plus seyantes, et aussi quelquefois moins encombrantes, empruntant sans état d’âme à la lignée de leur futur époux ou de celle de quelque parent plus ou moins éloigné. D’autre part, le coût prohibitif de certains assemblages ont fait abandonner tel type de coiffe. Ainsi la vaste câline du Thouarsais qui nécessitait beaucoup de matières premières a  peu à peu été délaissée de son aire coutumière laquelle, à la fin du XIXe siècle, s’étendait de  Thénezay à Montreuil-Bellay et de Loudun aux environs de Bressuire.

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    Mariage mothais au début du XXe siècle. © Droits réservés.

     En fait l’œuvre de Gelin nous a permis d’établir un lien entre les périodes qui ne nous étaient pas tout à fait directement accessibles. En effet, si nous avons rencontré en Civraisien, Gâtine et Montmorillonnais nombre de lingères (Mesdames Dechâtre, Durepaire, Fredonnet, Rogeon, pour ne citer que les premières d’entre elles, vers 1965), aucune n’aurait su à elle seule rendre compte de la diversité de la production historique régionale, et surtout des nuances techniques non négligeables au sein d’une même aire. Si nombre d’entre elles ont sombré dans l’anonymat, quelques-unes ont laissé leurs traces dans la mémoire collective. En effet certaines lingères innovatrices, véritables stylistes, dirait-on aujourd’hui, ne nous ont été révélées, en raison de la qualité de leurs œuvres, que par la littérature historique et ethnographique, appuyée sur une renommée légendaire. Il en est ainsi de Malvina Girard en Gâtine ou de Sylvie Boisnègre[3] en Pays civraisien. Nous n’oublions pas toutes celles que l’on nous a citées ou dont nous avons croisé le chemin, à Couhé-Vérac, à la Chaume de Saint-Romain-en-Charroux (Vienne), dans le Châtelleraudais, dans le Pays mothais, dans le Loudunais, à Angles-sur-l’Anglin, etc…

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    Cayon du Civraisien inspiré, semble-t-il par la lingère Sylvie Boisnègre.© Cl. Michel Valière, 1969.

    S’agissant de cette pièce caractéristique et aussi fondamentale du costume féminin, et par là, devenue par la suite emblématique d’un territoire, Gelin en a proposé une définition « technologique », très concrète que d’ailleurs chaque lingère est amenée à prendre en compte, tant au niveau de la confection que d’une éventuelle remise en état (blanchiment, amidonnage, repassage, gaufrage, remontage…) :

    « La coiffe-type du Poitou est le béguin, c’est-à-dire une coiffure formée de l’assemblage de parties distinctes ornées et repassées séparément, qui s’arrangent ensuite et se reploient sur un bonnet formé d’un carton ou d’une étoffe matelassée et piquée, tantôt formant casque, tantôt ayant le fond seulement muni d’un écusson de carton ou d’une armature de fil de fer. »

     

    Le folkloriste, fidèle en cela à sa posture diffusionniste, oppose d’ailleurs point par point ce « type » au barbichet limousin (et du Berry), aux « foulards flottants ou noués » aquitains, aux capotes de l’Auvergne et du Bourbonnais, aux « bonnets transparents » des rives de la Loire, enfin aux coiffes ailées de la Bretagne.

    Précisons que le carton généralement bouilli, en provenance de cartonneries vosgiennes, adopté parce que plat et léger et ne se déformant pas  trop au cours du montage, véritable « château à bâtir », a remplacé pour certaines coiffes (dites « anciennes ») les fonds matelassés et piqués, plus lourds, souvent fabriqués à partir de tissus de réemploi (chemises usagées, tabliers, toiles de draps, toiles écrues de lin, de coton ou de chanvre). Quant aux rubans, plus ou moins longs, moirés ou non, brodés ou non, ce sont les soieries lyonnaises qui ont fourni les plus beaux éléments, notamment pour les coiffes de mariage, dont il nous a été plusieurs fois révélé que leur prix, au début du XXe siècle, était tout à fait comparable à  celui d’une paire de bœufs de labour. Aussi ne faut-il pas s’étonner de témoignages stipulant l’attachement à leur coiffe de certaines personnes âgées qui souhaitaient même se faire inhumer avec.

                Dès les premiers deuils survenus dans les familles, on otait les dentelles et les rubans festifs. Le même support de carton était alors habillé plus sobrement d’un tissu blanc plissé à l’ongle. Ce travail très délicat et long à accomplir était fort redouté des lingères.

     

    Carte coiffes:gelin-jpeg.jpg

     

    Une première lecture de la carte laisse apparaître des zones culturelles  à partir d’appellations de coiffes : cabanière ; mothaise ; marmottes… Gelin dénombre ainsi vingt modèles principaux dont les dénominations ne sont pas rigoureusement coextensives à l’espace délimité par chacun d’entre eux. Toutefois, le dénombrement des termes qui désignent les coiffes en Poitou-Charentes est bien supérieur à la quantité d’aires retenues par cet auteur. Il ne faut pas s’en étonner, tant la polysémie des mots pour désigner les coiffes est importante. Parfois, c’est une partie de la coiffe ici qui sert de nom ailleurs. Tout cela est loin d’être rare en sémantique. D’un autre point de vue, parfois c’est la représentation iconique qui sert même à la dénomination, à l’exemple du cœur, pour désigner une coiffe de Lezay (Deux-Sèvres).

    Au cours de nos observations de terrain dans les années 1965-1985, nous avons noté environ 350 termes, tant dans la littérature ethnographique, muséographique ou folklorique. D’évidence, ce vocabulaire est tout sauf homogène. Il se dégage de l’ensemble une forte présence de termes toponymiques qui invitent à conforter l’idée que la coiffe est bien un marqueur significatif des identités locales (identités internes). D’un autre point de vue (ethnologique), la mention toponymique concourt à dégager des identités externes, dans le dessein de souligner des caractéristiques de groupes humains, dans un souci de distinction, au sens bourdieusien. Parfois des appellations de coiffes se présentent tant à l’oral qu’à l’écrit porteuses d’une mention technique, esthétique et un jugement de valeur. Comment s’organise donc le vocabulaire concernant les noms de coiffes dans le Centre-Ouest ?

     

    Broderie fond de coiffe:Nord-Vienne.jpg

                         Tulle brodé pour fond de coiffe.Cl. Michel Valière, ca 1975.

    L’examen méthodique du corpus que nous avons constitué[4] du point de vue ethno-lexicographique permet de dresser la première typologie suivante : lexies simples ; lexies composées ; lexies complexes fîgées ; lexies variables.

     Rappelons d’abord que la lexie simple est l’unité fonctionnelle significative du discours. Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques échantillons de noms de coiffes que l’on devine plutôt empruntés aux parlers vernaculaires : bagnolet, ballet, ballon ; benaise ; béguin(e) ; bichet ; bichou ; bigote ; bourgnon ; bourrelet ; bridaïe ; câline ; caloron ; cape ;  carrasse ; cayon ; champanais ; cornette ; cuculle ; dormette ; folle ; goubine ; lingette ; marmotte ; mimi ; pantine ; ramponneau ; toquet ; etc… Pour ce qui est des lexies composées, on relève par exemple : grand-ballet ; demi-deuil ; grand -deuil ; Sainte-Hermine.

    Les lexies complexes figéessont de loin les plus nombreuses et relèvent du « métalangage » des ethnographes, muséographes, collectionneurs et folkloristes qui se sont confrontés pour leurs travaux de conservation et de publication à la délicate tâche de la dénomination de tout ou partie des parures féminines. À titre d’illustration et s’agissant des seules coiffes, retenons : bonnet à pompon ; bonnet à ailes de pigeon ; bonnet rond de la Forêt-sur-Sèvre ; bonnet rond de La Ronde ; cagnon de Ceaux-en-Loudun ; caillon de Moncontour ; calotte de Limalonges ; cayon mothais ; coueffi reviré ; malvina de Reffannes ; piote bridée ; etc…

    Enfin, nous avons rassemblé quelques lexies variablesdont on comprend qu’elles sont bâties moins sur des formes autochtones qu’élaborées à des fins didactiques et heuristiques plutôt par des chercheurs et autres exégètes des productions des groupes humains. On trouve ainsi des : coiffes cassées de Chanteloup ; fond de Grisette de Coulonges-sur-l’Autize ; colinette des jours ; colinette des dimanches ; coiffes en tête de faucon ; coiffe de lingère dite « La Folle » Fontenay-le-Comte ; coiffe de deuil de tous les jours dite « La Vieille » Fontenay-le-Comte ; coiffe de pêcheuse dite « Ballon Île-de-Ré » ; coiffe de mariage cabanière Fontenay-le-Comte ; cabanière coiffe de demi-deuil Fontenay-le-Comte ; etc…

     Cette distribution lexicale, certes aléatoire dans les choix d’exemples, donne une idée de la difficulté à cerner un système de dénominations a priori non raisonné ni par les lingères, ni par leurs clientèle qui usent d’appellations vernaculaires sous-tendues par des traditions artisanales, locales et/ou familiales. En revanche et dans l’espoir de dresser des typologies régionales, les folkloristes et ethnographes ont préféré s’appuyer sur la toponymie puis la cartographie, tout en essayant de conserver ce qui peut l’être du « patrimoine linguistique ».

     

    Il nous appartient maintenant de nous essayer à la construction du champ lexical notionnel de la coiffe ou de ce qu l’on veut bien reconnaître comme telle, en quelque sorte nous nous proposons d’organiser le vocabulaire de la coiffe pour l’espace territorial que nous considérons. Il n’est pas pour autant dans notre projet de « résumer le sens d’un mot », ou d’établir ce qu’il connote. Il n’entre pas davantage dans nos préoccupations le traitement diachronique, voire panchronique à partir de quelques étymons hypothétiques, pour la plupart inconnus de nous. Nous allons, au contraire, en nous appuyant sur la redondance d’appellations, ouvrir des champs isotopiques à partir de l’itération d’une même unité lexicale (isotopie de base), que nous considérons comme un terme générateur de noms de coiffes. Dans l’ensemble de notre corpus régional, nous avons dégagé vingt-sept isotopies de base. En les considérant dans un ordre d’importance relative décroissant, on trouve en premier lieu, qui s’en étonnerait ? le terme coiffe et ses expansions :

    - coiffe : coiffe à cornes ; coiffe à grand cul ; haute coiffe de Saint-Varent ; coiffe de Moncoutant, etc…

    Et ainsi de suite, sur le modèle précédent :

    - cayon/caillon : cayon de Vouneuil ; cayon de Saint-Jean-de-Sauves ; caillon rond ; caillon frisé, etc…

    - bonnet : bonnet matelassé ; bonnet monté ; bonnet à peteuil ; petit bonnet de Vasles ; bonnet carré de deuil, etc…

    - capot : capot reviré ; capot à canon ; capot chenu ; capot des mariés ; capot de Marans, etc…

    - câline : câlinette ; câline d’Airvault ; câline de Thouars, etc…

    - bigot(t)e : bigotte de Thouars.

    - corne : cornette ; cornette à bourgnon ; corne de Sainte-Hermine etc…

    - coiffi : coiffi reviri ; coiffi de Nanteuil-en-Vallée, etc…

    - grisette : grisette à pans volants ; grisette de Niort, etc…

    Sur ce modèle isotopie de base suivi d’une expansion, on trouve : ballet ; ballon ; cabanière ; malvina ; mothaise ; maraîchine ; charentaise ; gâtinelle ; hennin (sic ) ; pantine ; piot(t)e ; rampon(n)eau ; saintongeoise ; cayenne ; cayonnaise ; cane ; toquet ; sabot.

    L’examen de ce relevé montre que l’on aurait pu aussi caractériser les appellations à partir d’une base toponymique avec ses expansions comme l’a fait Henri Gelin pour sa cartographie. Nous aurions pu également dégager une base anthroponymique : malvina ; mimi ; garibaldi (sic ). Ou encore une base sociologique : paysanne ; grisette ; cabanière ; saunière. Enfin, proposons, parce qu’autant les lingères elles-mêmes que les observateurs et analystes s’y réfèrent parfois, une base formelle ou technique : béguin à prinques[5] ; bourgnon ; bourrelet ; bridée ; cassée, calotte ; cayon fil de fer ; cœur ; deux rangs ; trois rangs ; passe-carrée ; raclette ; pain de sucre ; pelle de four ; sabot : coiffe en bec d’oiseau etc…

                Noms vernaculaires, déclinaisons diverses à paramètres multiples, tout porte à faire de la distinction à tout prix d’une lingère à une autre, d’une commune à une autre, d’un territoire à un autre. Différences techniques, différences formelles, différences sociologiques également. Tout se passe comme si la synergie entre costumes, coiffes et langage produisait de la différence et des micro-identités territoriales, comme le laisse entendre ce joke poitevin :  « T’es bé coefée, té. T’es de Bllanzay[6] ? »

     

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                                   Cl. 1972. © Droits réservés.

    Bonnet à brides ; costume de travail estival (reconstitution).

    Bibliographie sommaire

    BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement. Paris, Éd. Minuit, 1979.

    BOURDU Daniel, VALIÈRE Michel et al., Poupées d’en France : Coefis dau Poetou, Moncoutant, Kancel, 1999.

    BRANCQ Caroline (sous la dir. de), Les Costumes régionaux d’autrefois, Paris, Archives & Culture, 2003. (Les auteurs du présent article ont rédigé les chapitres concernant Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Vienne).

    CATALOGUE, Exposition rétrospective de costumes et souvenirs du Poitou.Organisée à Poitiers, salle des fêtes de l’Hôtel de Ville du 7 au 20 mars 1934.

    Encyclopédies régionales, éditées par Christine Bonneton à Paris : Aunis-Saintonge (1987) ; Charente (1992) ; Charente-Maritime (2001), Poitou :Deux-Sèvres, Vienne (1983).

    FERRÉOL Gilles et JUCQUOIS Guy ( sous la dir. de), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, Armand Colin, 2003.

    LALANNE Charles-Claude, Glossaire du patois poitevin, Marseille, Laffitte reprints, 1976 (1re éd., 1867, dans les Mémoires de la société des Antiquaires de l’ouest, t. 32, 1re série).

    NIORT, MUSÉES de POITOU-CHARENTES, Costumes, coiffes et parures traditionnelles en Poitou-Charentes, Niort, C.A.E.P, 1980.

    PIOT Michel, LAVAULT Katy, Coiffes et bonnets en Charentes, Poitou, Vendée, Poitiers, Brissaud, 1989.

    PLANCHARD Marie-Christine, VALIÈRE Michel, Francine Poitevin ou l’ethnographie au musée : de la passion à la science, Poitiers,  Musée de la ville de Poitiers, 1986.

    VALIÈRE Michel, Ethnographie de la France : histoire et enjeux contemporains des approches du patrimoine ethnologique, Paris, Colin, 2002.


    VALIÈRE Michel, " Folklore", dans  Pierre-André Taguieff (sous la direction de) Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, Presses universitaires de France, 2013 pp. 686-688.


    WEBLIOGRAPHIE

    http://www.alienor.org/articles/pantine/article.htm

    http://www.coiffesdenormandie.com/preambule.php

    http://www.parole-et-patrimoine.org/coiffes/la-collection.html

    Michèle Gardré-Valière et Michel Valière (2013)


    Tous droits réservés ©



    [1] Ce congrès fut le premier organisé en province par la Société d’ethnographie nationale et d’Art populaire.

    [2] Michel Valière, « Aire culturelle », dans  Gilles Ferréol et Guy Jucquois, Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, Armand Colin, 2003, pp. 1-2.

    [3] Sur cette lingère de Saint-Macoux, en Pays civraisien, voir l’article d’Augustin Bobe, « Blouses et coiffes : leur ancienneté », Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 3ème trim. 1941, pp.715-717.

    [4] La quasi totalité de notre documentation spécifique sur les coiffes, costumes et parures (ouvrages ; cartes postales ; dessins ; photographies ; fichier) a été versée au Musée de la Ville de Châtellerault (Vienne).

    [5] « Prinques » : les trois angles du béguin : le premier, au sommet du front, et les deux autres situés au niveau des tempes.

    [6] « Tu es bien coiffée, toi. Es-tu de Blanzay ? » Blanzay, commune située à huit kilomètres de Civray.

  • A la Mégisserie de Saint-Junien, Une expo du photographe Philippe Brault (Agence VU) consacrée au jeu des 1000... Histoires !

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    Du vendredi 26 juillet au 4 octobre 2013, venez jouer, écouter, découvrir, A La Mégisserie.

    Contacts : 05 55 02 87 98

    www.la-megisserie.fr

    accueil.vienneglane@wanadoo.fr

  • Vous avez dit "modèle suédois" ? Une réponse pédagogique avec l'économiste Emilie BOURDU et une préface de Louis Gallois.

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    Une petite lecture pour nous réconcilier avec l'économie... et nous changer, pendant les vacances estivales à la fraîche, les idées itératives d'ethnographie, de dialectologie, etc...

    Merci Emilie ! Utile surtout à l'heure où le pays s'interroge sur les moyens de renouer avec la croissance et de redresser son industrie... quels sont les ingrédients suédois et quelle en est leur efficacité ?

    Petit livre de 144 p. à 22 euros et pour ISBN : 978-2-35671-048-2 publié aux Presses des Mines et à La Fabrique de industrie.

     

  • L'espace du designer... ou la naissance de l'objet: Une exposition proposée par le Musé du Peigne et de la Plasturgie, à Oyonnax (Ain) du 26 juin au 12 octobre 2013.

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    Un catalogue (ISBN 2-913255-02-7) aussi élégant que passionnant (un véritable collector !) accompagne cette exposition  qui se tient audit musée:

     

    Musée du Peigne et de la Plasturgie

    88 cours de Verdun

    01100 OYONNAX.

  • Pour éclairer avec lucidité débats et controverses d'une actualité parfois brûlante :un "dico" de 1964 pages, paru ce mois-ci, mai 2013.

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    Ouvrage collectif, publié par les Presses universitaires de France, avec le soutien du Centre national du livre. Il comprend 540 articles de la main de 250 auteurs, sous la direction de Pierre-André Taguieff et d'un comité scientifique de douze membres.

    ISBN: 978-2-13-055057-0

    49 €

    Chez votre libraire classique.

  • Migrants et immigrés en Poitou-Charentes... Un nouvel ouvrage aux éditions Le Croît Vif

    Voici un livre susceptible d'intéresser bien de gens en Poitou-Charentes, comme ailleurs, tant il est avéré que nombre d'entre nous descendons de migrations plus ou moins éloignées dans l'espace et le temps. Des auteurs dont certains sont sur la photographie (merci monsieur le journaliste de la Nouvelle République du Centre-Ouest) ont consacré articles et illustrations à des exemples parfois familiaux mais à portée universelle. Ce sont des historiens, des sociologues, des ethnologues, des praticiens du milieu associatif, des journalistes aussi.

     

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     Migrants de l’intérieur, migrants de l’extérieur

    Ce rapprochement constitue l’originalité majeure de l’ouvrage. Il se révèle particulièrement fécond car l’analyse des migrations intérieures, généralement plus anciennes, permet de mieux comprendre le phénomène de l’immigration, au sens le plus commun du mot. Et vice-versa…
    Après un rappel des importantes remues des éleveurs vendéens, de l’arrivée des pêcheurs bretons ou des gemmeurs landoux, ne négligeant nullement les populations déplacées durant les guerres, tout particulièrement belges, ardennaises et mosellanes, l’ouvrage s’attache ensuite aux migrations des deux après-guerres (années 1920-1930 et 1950 à 1990). Périodes gourmandes en main-d’œuvre à cause du manque de bras dû à l’hécatombe de 1914 puis aux besoins de reconstruction et de modernisation du pays pendant les trente Glorieuses. Alimentées par des tensions politiques et surtout par des circuits d’embauche créés par les pouvoirs publics et le monde de l’entreprise, elles sont principalement représentées en Poitou-Charentes par des salariés agricoles, des manœuvres du bâtiment, des travaux publics et des carrières, puis par des ouvriers de l’industrie. Sans oublier les artisans et commerçants présents d’un bout à l’autre de cette histoire, sans négliger non plus la particularité de l’immigration britannique qui marque les années récentes…
    Italiens, Espagnols, Marocains, Portugais, pieds-noirs et harkis, Turcs, Africains et enfin Britanniques, le Poitou-Charentes n’est certes pas une grande région d’immigration (2,5% d’immigrés contre 5,3% au niveau national), mais on y retrouve les caractéristiques et les problématiques existant ailleurs : toutes les origines géographiques y sont représentées, l’intégration générationnelle y est de plus en plus rapide par rapport au début du XXe siècle, surtout au sein des familles migrant vers de petites villes ou en milieu rural, les quartiers difficiles y existent tout autant à partir des années 1990 à cause du développement du chômage et de leur mise à l’écart par les autorités locales, enfin les déchirements identitaires y trouvent leur écho, entretenu par des débats idéologiques sans grand fondement, alors que leur résolution s’effectue plutôt dans le for intérieur de chacun...

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    ©Cl. Jean-Louis Neveu (ca 1990)

     

     Ouvrage avec illustrations de 618 pages.

    Chez votre libraire classique:: 35 € TTC.

    ISBN :: 978-2-36199-388-7 

    ISSN :: 1140-3799

     

  • Un festival sur la famille: Mémoire et transmission, à CAEN (Calvados)

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    Et encore cette petite famille mixte de Mayotte qui aime se présenter ainsi © 2007.Collection particulière: tous droits réservés.

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  • "La vie savante. Formes et récits d'un style"; Colloque à Toulouse les 11 et 12 octobre 2012.

    Colloque (Toulouse 11 et 12 octobre 2012):


    "La vie savante. Formes et récits d'un style"

    Colloque organisé par le LISST-CAS (CNRS, Université Toulouse II - Le Mirail) et l'EHESS,
    en collaboration avec la mission Sauvegarde du patrimoine scientifique et technique de l'Université de Toulouse PRES.

    Muséum d'histoire naturelle de Toulouse

    Auditorium

    35 allées Jules Guesde (entrée par le Jardin des Plantes, près du Grand Rond)

    Inscription obligatoire : http://www.univ-toulouse.fr/node/8686


    Jeudi 11 octobre


    9h - Accueil des participants

    9h30 - Introduction générale du colloque (Nicolas Adell, Université Toulouse II)
     
    9h45-12h45

    Le parti biographique : peut-on raconter une vie savante ?

    sous la présidence de Michel Grossetti, CNRS – Université Toulouse II

    - Caroline Ehrhardt (Institut National de la Recherche Pédagogique – EHESS)

    Trajectoire  et destin posthume d'Evariste Galois: biographie intellectuelle et mémoire collective en  histoire des sciences

    - Laurent Rollet (Université Nancy II)

    Quand un titan modeste meurt : autour de la mort d’Henri Poincaré (1912-2012)

    - Benoît Peeters (écrivain)

    En écrivant Derrida : réflexions d'un biographe

    - Anne Collinot (CNRS - EHESS)

    La biographie scientifique

    14h30-17h30

    Transmissions, filiations, mémoires

    sous la présidence de Jean Guilaine, Collège de France – Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

    - Agnès Fine (EHESS)

    Filiations intellectuelles. Le cas de quelques anthropologues

    - Sylvie Sagnes (CNRS)

    L’archéologue exposé

    - Françoise Waquet (CNRS – Université Paris IV)

    Minima Academica

    - Jean-François Bert (Labex HASTEC « Histoire et Anthropologies des Savoirs et des TEChniques » , EHESS)

    Mauss, un/(in)disciple de Durkheim ?

    - Christian Jacob (EHESS)

    Des maîtres et des disciples


    Vendredi 12 octobre

    Ethnographies du récit de soi savant. Études de cas

    sous la présidence de Christian Jacob, EHESS

    9h-12h
    - Jérôme Lamy (Université Toulouse II)

    Le conatus des astronomes. Ethnographie spinoziste des styles des vies savantes
    - Josselin Tallec (Université Toulouse II)

    Les géographes-bâtisseurs
    - Nicolas Adell (Université Toulouse II)

    Rolande Trempé et les figures de l'histoire
    - Ariela Epstein (Université Toulouse II)

    Max Marty, un ingénieur au pluriel

    14h-15h
    - Michel Grossetti (CNRS – Université Toulouse II)

    Bifurcations. De la conversion scientifique (Toulouse, XXe siècle)
    - Sébastien Plutniak (Université Toulouse II)

    Fouiller. Une exploration de soi (Jean Guilaine)

    15h30
    Conclusions générales  par Nicolas Adell (Université Toulouse II)

    Télécharger le programme :  http://www.univ-toulouse.fr/sites/default/files/Flyer-4pages-Vie%20savanteHD-1.pdf

     

  • Sigila : une publication transdisciplinaire consacrée à la figure du secret...

    ...Et d'abord dans la langue de Fernando Oliveyra et de l'auteur des Luisiades, Luis de Camoens :

    Os proxímos números de Sigila, revista transdisciplinar luso-francesa sobre o segredo, publicada pela Maison des Sciences de l'Homme de Paris, serão consagrados aos temas seguintes :

    N° 31 : A enigma, Março 2013 (prazo outono 2012)
    N° 32 : Bestiários, Outubro 2013 (prazo primavera 2013)
    N° 33 : O nu, Março 2014 (prazo outono 2013)
    Contactos e proposta de publicação : sigila@club-internet.fr

    Sigila é uma revista semestral transdisciplinar consagrada à análise das figuras do segredo

    O segredo, tema (ou motivo) inesgotável da literatura, das ciências humanas e exactas, da história, do direito, da arte, bem como da vida quotidiana, é inerente e consubstancial a toda e qualquer cultura. Sendo franco-portuguesa desde a sua criação, Sigila está todavia aberta a outras áreas e domínios culturais, enriquecendo-se com os contributos de outras línguas (com resumos em francês).

    Sigila tem como objectivo suscitar e divulgar abordagens pluridiscipinares do segredo, pondo em relevo as convergências e divergências decorrentes das problemáticas expostas através do confronto entre sensibilidades, metodologias e domínios, senão diferentes, pelo menos, diversos.

    Trata-se, por exemplo, de procurar desvendar os mecanismos que levam à ocultação de determinados acontecimentos históricos, políticos, económicos, científicos ou literários, e de definir o valor de uma cultura do segredo face à pressão exercida pelos media ou, pelo contrário, de seguir as suas possíveis derivas. Procura-se, deste modo, delinear fronteiras, perscrutar relações, intercâmbios e interferências entre o segredo, o enigma, o mistério, a dissimulação, a mentira, o íntimo, o silêncio, o mutismo, a confissão, a denegação…

    Cada número é dedicado a um aspecto específico do segredo. Para além dos estudos críticos, a revista inclui textos de ficção e ensaios de vários tipos, integrando também poemas que progressivamente vão construindo uma pequena “antologia do segredo”. O conjunto destas produções torna, por si só, manifesta a riqueza e variedade deste campo semântico.

    A revista publica igualmente informações regulares sobre a actualidade do segredo: recensões de obras, colóquios, exposições, filmes, artigos de imprensa, etc. Não pretendendo ser exaustivos, estes dados poderão, no entanto, vir a constituir uma fonte documental de elevado e singular interesse para o nosso conhecimento do segredo.

    Saber mais sobre a revista : http://www.sigila.msh-paris.fr


    ***

    ... Et, pour mieux partager ce secret, dans la langue de la Francophonie :

    Les prochains numéros de Sigila, revue transdisciplinaire franco-portugaise, éditée par la Maison des Sciences de l'Homme de Paris, seront consacrés aux thématiques suivantes :

    N° 31 : L'énigme, mars 2013 (délais automne 2012)
    N° 32 : Bestiaires, octobre 2013 (délais printemps 2013)
    N° 33 : Le Nu, mars 2014 (délais automne 2013)
    Contact et propositions de publication : sigila@club-internet.fr

    Sigila, publication semestrielle transdisciplinaire consacrée à l'analyse de la figure du secret

    Sigila  a pour objectif de prendre en compte et de susciter des approches pluridisciplinaires du secret, et de mettre en lumière, grâce à la confrontation entre divers domaines, des convergences ou des écarts entre les problématiques exposées.

    Il s’agit, par exemple, de chercher à dégager les mécanismes d’occultation de certains événements historiques, politiques, économiques, scientifiques ou littéraires, et à définir la valeur d’une culture du secret face à la pression des médias ou, au contraire, ses dérives possibles. On s’attache à esquisser les frontières, les relations, les échanges et les interférences entre le secret, l’énigme, le mystère, la dissimulation, le mensonge, l’intime, le silence, le mutisme, l’aveu, le déni... 

    Le secret, thème inépuisable de la littérature, des sciences humaines et exactes, de l’histoire, du droit, de l’art, de la vie quotidienne, est inhérent à toute culture. Franco-portugaise depuis sa création, Sigila est ouverte aux autres aires culturelles et accueille des contributions en différentes langues – avec des résumés en français.

    Chaque numéro est consacré à un aspect spécifique du secret. Outre les études critiques, la revue inclut des textes de fiction ou des essais de tous genres, ainsi que des poèmes – qui composent une « anthologie du secret ». L’ensemble manifeste la richesse et la variété de ce champ sémantique.

    La revue publie des informations régulières sur l’actualité du secret : recensions d’ouvrages, colloques, expositions, films, presse, etc. Sans être exhaustives, elles pourront constituer une source de documentation d’un grand intérêt, sans équivalent, à notre connaissance.
    Plus d'information sur la revue : http://www.sigila.msh-paris.fr

    (Info communiquée par Cyril Isnart ; qu'il en soit remercié)

  • Au Pays des moules et des huîtres: Le Bassin de Thau: Mèze, Bouzigues, Balaruc, Sète....

    Les pilotes du Blog Belvert, attaché désormais au Limousin entre Parc et Monts de Blond, ont le plaisir de vous annoncer l'imminente publication de l'ouvrage du sociologue Pierre Sécolier, intitulé "Femmes d'étang : Paroles et portraits de femmes du Bassin de Thau", en collaboration avec la photographe Sylvie Goussopoulos et préfacé par l'ethnologue Christian Jacquelin.

    Vous pourrez le trouver en librairie dès la semaine prochaine ou le commander auprès de l'association Les Temps de Thau :

    lestempsdethau@gmail.com

    (18 €  ;   ISBN 978-2-84135-794-9)

     

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    Réalisé en s'appuyant sur des enquêtes de terrain, ce travail ethno-photographique met en lumière le rôle des femmes, la diversification des compétences dans les domaines halieutiques et conchylicoles du Bassin de Thau.