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étang dethau

  • Dans le Golfe du Lion, l'étang de Thau mérite toute notre attention

    Membre du laboratoire VECT (Voyages, échanges, confrontations, transformations) de l'Université de Perpignan, Via Domitia, Pierre Sécolier, docteur en sociologie, a projeté et appliqué son regard sur le territoire méditerranéen de l'étang de Thau, connu pour ses rapports étroits avec la ville portuaire de Sète (Hérault) et pour la qualité de sa production conchylicole (mytilicole, ostréicole). Il y a observé, avec une démarche ethnographique, mais aussi sociologique, la pêche et les nombreuses activités traditionnelles qu'il qualifie de « petits métiers lagunaires ».

    Tout au cours de l'histoire, les hommes de ce territoire lacustre ont dû se mobiliser pour s'adapter avec ténacité à la mouvance du contexte socio-économique, aux diverses techniques de production, à l'environnement et à ses nouvelles représentations inductrices d'inévitables et compréhensibles conflits d'usage. Pourtant, le territoire de Thau et sa richesse naturelle, dont la beauté n'est pas la moindre, sont confrontés à une crise économique et environnementale sans précédent qui force les hommes à reconsidérer tant leurs modes professionnels que ceux de leur gestion.

    La mobilisation de tous les instants des acteurs sociaux engagés dans un projet de développement local ainsi que les stratégies des politiques territoriales ont fait l'objet d'une observation attentive, certes empirique, qui s'est étendue sur plusieurs années : observation des techniques de travail, mais aussi des pratiques festives et des réjouissances populaires si particulières.  Il a notamment pris en compte les différents  jeux nautiques dont les joutes sétoises qui plongent leurs racines au XVIIe siècle, et qui ne sont pas sans rappeler les tournois équestres d'une époque médiévale des XIVe et XVe siècles.

    Dans un premier temps, Pierre Sécolier situe le territoire de la lagune de l'étang de Thau parmi celles « qui s'étirent sur toute la façade du Golfe du Lion, du nord de la côte catalane à la Camargue », où la présence de l'homme est signalée depuis la fin du Néolithique (- 7000 ans av. J.-C.). Mas conchylicoles et cabanes précaires y sont le cadre de l'activité des gens de mer, celui où le chercheur a réalisé ce que François Laplantine qualifiait d'« observation directe des comportements sociaux à partir d'une relation humaine », le travail de terrain auprès d'un microcosme des professionnels de la  lagune. Ainsi les « petits métiers de l'étang » y sont largement évoqués, autant la pêche que la conchyliculture. Puis l'auteur s'attache aux rôles respectifs des acteurs, ceux des hommes comme ceux des femmes, lesquelles, on le sait, autant sur la lagune sétoise que dans les bassins des Îles du Ponant et de la presqu'île d'Arvert, « ont souffert au plus intime de leur être de l'injustice et de l'incompréhension de leurs partenaires et des législateurs », comme le relatait en 1962 l'anthropologue Paul-Henry Chombart de Lauwe.

    Dans une seconde partie, le chercheur relate la jubilation collective à l'occasion des  manifestations festives, qu'elles soient religieuses, sportives, ou consacrées aux produits de l'étang et à la gastronomie locale. Ainsi se définit l'étang de Thau, site lagunaire, littéralement devenu objet de consommation. En revanche, il en découle des conflits d'intérêt comme des conflits d'usage qui vulnérabilisent l'environnement. Les tensions, les dissensions, les débats et discussions  seront analysés dans une troisième partie qui laisse entrevoir, de par la mobilisation des populations et compte tenu d'initiatives innovantes, une reconstruction identitaire qui fait dire au chercheur qu'il n'y a « qu'à espérer que ces mobilisations perdureront et apporteront à la lagune un second souffle qui lui permettrait de mieux respirer ».

    Si cet auteur a bien ressenti et exposé la problématique du Bassin de Thau, et en particulier sa fragilité comme celle des hommes qui en vivent, dans une quotidienneté incertaine, il apparaît toutefois que, comme la majorité des touristes estivaux qui le fréquentent, il a été sensible aux émotions festives partagées, faites de musiques et des sons aigrelets des hautbois (grailes), des percussions des tambours et tambourins, des rythmes, des odeurs, des saveurs insoupçonnées fleurant l'iode, de la griserie des embruns. Ainsi  Pierre Sécolier, patient ethnographe, sociologue des milieux professionnels peu connus de cette lagune méditerranéenne, nous fournit-il des clefs pour une interprétation d'un environnement naturel et humain, aux prises avec une surconsommation de  l'espace et une avidité héliotropique et sportive de masse. Il se dégage de cette étude un goût amer dans la mesure où il a bien compris que l'avenir de la lagune se trouve entre les seules mains de ceux qui en tirent leurs moyens d'existence, et là on imagine sans peine les difficultés à venir.

    Ajoutons que eux préfaces, la première de Gilles Ferréol, professeur des universités, la seconde de François Commeinhes, maire de Sète et président du Syndicat mixte du Bassin de Thau, viennent heureusement sommer ce passionnant ouvrage d'une ethnographie d'inspiration toute goffmanienne.

    SECOLIER Pierre, Pratiques professionnelles, enjeux territoriaux et changement social : l'évolution et la mutation des petits métiers de l'étang de Thau, Bruxelles-Fernelmont, E.M.E. et Intercommunications, 2009, 199 p.

    Vous pouvez retrouver cet auteur, sa passion sur son blog "Les Temps de Thau" en suivant ce lien : http://www.lestempsdethau.com

    M.V.