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chanson de mensonge

  • Chansons de mensonges

    Ref
    Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Amusons nous
    Cela ne durera pas toujours


    1- Je mets ma charrette sur mon dos
    Mes deux bœufs dans ma poche (bis)
    Je m’en fus labourer comme ça
    Où n’y avait point de terre (bis)

    2- Je m’en fus labourer comme ça
    Où n’y avait point de terre (bis)
    Dans mon chemin j’ai rencontré
    Un prunier plein de pouères (bis)

    3- Dans mon chemin j’ai rencontré
    Un prunier plein de pouères (bis)
    Je me suis mis à le secouer
    O n’en jaillit des mèles (bis)

    4- Je me suis mis à le secouer
    O n’en jaillit des mèles (bis)
    Une vieille bonne femme court après moi
    Vous abattez mes figues (bis)

    5- Une vieille bonne femme court après moi
    Vous abattez mes figues (bis)
    Elle lancit son chien après moi
    Sa poule va me mordre (bis)

    6- Elle lancit son chien après moi
    Sa poule va me mordre (bis)
    Elle me mordit au talon
    O saignit à la gorge (bis)

    7- Elle me mordit au talon
    O saignit à la gorge (bis)
    Je m’en fus chez mon médecin
    Qu’est grand sauteur de cordes (bis)


    Nous devons cette chanson à notre rencontre, à Nalliers, avec les deux filles de l’horticulteur, qui déclarèrent tout de go qu’il s’agissait d’une « chanson idiote » et qui cependant… nous la chantèrent.
    Ce genre qui porte volontiers de nos jours l’appellation « chanson de menteries » s’est pratiqué très tôt. Au XIIe et XIIIe siècle, la « fatrasie » utilisait les mêmes ressorts :

    « Un chastiau qui vole
    D’une poire molle
    Recousait un four… »

    Ou bien :

    « Je vis toute mer
    Sur terre s’assembler
    Pour faire un tournoi… »

    (Couplets extraits de « La Lyrique médiévale » de Pierre Bec, 1972).

    Au XVIe et XVIIe les mêmes élucubrations modulées prirent le nom de « coq-à-l’âne ». On dit que Clément Marot lui-même serait à l’origine de cette nouvelle appellation qui a fait florès puisque les recueils de chansons de cette époque en proposèrent à leurs lecteurs (et éventuels chanteurs). En voici un extrait, tiré du « Recueil des plus beaux airs accompagnés de chansons à danser, ballets, chansons folâtres et bacchanales, autrement dits vaudevires, non encore imprimés. Aux quelles chansons l’on a mis la musique de leur chant, afin que chacun les puisse chanter et danser, le tout, à une seule voix. » ( Recueil imprimé à Caen en 1615).

    « Je viens apporter des nouvelles
    Qui sont tout autant bonnes que belles,
    Mais je suis sujet à mentir :
    J’ai vu un limaçon en guerre,
    Qui jetait un lion par terre
    Et dessous lui l’assujettir.

    Ref Qui vient de loin sans flatterie,
    Il n’épargne pas la menterie.

    J’ai vu l’Angleterre en Espagne
    Et l’Italie en Allemagne,
    Et les Alpes de beurre frais.
    J’ai vu deux bœufs et leurs charrues
    Dedans le ventre d’une grue
    Vendre du charbon de rabais

    Ref.

    […] »

    Il s’ensuit quatre autres couplets du même tonneau. Il est aisé de reconnaître une parenté entre le « fatrasie », le « coq-à-l’âne » et « les menteries » du vingtième siècle. Cependant nous mettrons à part les « amphigouris » du XVIIIe siècle tels qu’ils sont présentés dans « l’Anthologie des chansons françaises en quatre volumes » publié en 1765. L’auteur (anonyme) de cette compilation impressionnante n’en propose que deux à ces lecteurs dont nous donnerons ici à notre tour un court extrait (amphigouri en o) :

    « Ino met le domino de Dom Bruno
    Et par un quiproquo dans Jéricho
    Fait revenir I.O. D’un livre in-FOLLO
    Qui fait à CLIO-DODO… ect… »

    Il assortit en outre ces deux échantillons d’un commentaire :

    « Pour n’omettre aucun genre de chanson, voici quelques amphigouris. On sait que l’amphigouri consiste à ne mettre ni liaison ni sens dans des vers comme rassemblés au hasard, mais beaucoup de folies et qu’il y faut surtout des rimes pleines et singulières. C’est un mauvais genre de l’aveu de ceux-mêmes qui s’en sont amusés. »

    Pour revenir à notre vingtième siècle, on sait que le répertoire enfantin répercute un certain nombre d’oeuvrettes dans le même style qui font la joie des tout-petits. Il y a bien sûr la « souris verte » qui devient « un escargot tout chaud », mais aussi « Tous les légumes du clair de lune étaient en train de s’amuser, ils s’amusaient-é-comme ils pouvaient-é-et les passants les regardaient ». « L’araignée qui se tricotait des bottes ». La liste en est longue. En outre des versions plus « canoniques » de menteries ont circulé dans nos « anciennes » colonies de vacances et circulent sans aucun doute encore :

    Je me lève de bon matin (bis)
    Quand le soleil se couche
    Coco l’haricot la la
    Je me lève de bon matin
    Quand le soleil se couche
    Je rencontre un cerisier (bis)
    Qu’était couvert de prunes…

    S’ensuivent quinze couplets. On peut supposer que les enfants, dans ce cadre-là, n’ont pas manqué de se sentir aptes à improviser quelques couplets supplémentaires plus ou moins respectueux qui ont fait la joie de leurs camarades le temps d’une journée de colonie ou quelquefois plus longtemps.
    Les chansons à rallonges ne sauraient en général se terminer -sauf dans celle de Nalliers- sans faire appel par exemple à la mouche ou au rat, témoins aussi familiers qu’indésirables du drôle de drame qui se joue dans la tête folle des compositeurs (anonymes) de ces chansons : la mouche au plafond, le rat dans le grenier se tordent de rire « se pouffinent de rire ».
    Modernité oblige, dans la version « colonie de vacances » le rat, sans doute échappé de la dernière veillée au feu de camp, se trouve « sous le lit à jouir de la guitare ».

    Michèle Gardré-Valière